Après la chute mortelle d’un chasseur de 90 ans dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’association animaliste FUTUR réclame l’interdiction pure et simple de la chasse à partir de 80 ans et une visite médicale annuelle dès 70 ans. Une revendication spectaculaire, assumée comme telle par son porte-parole. Mais lorsqu’on confronte cette proposition aux circonstances du drame et surtout aux chiffres officiels de l’Office français de la biodiversité, une question s’impose : où sont les données démontrant que les chasseurs âgés seraient plus dangereux que les autres ?
Un chasseur de 90 ans meurt… après une chute
Le point de départ choisi par FUTUR est le décès, le 13 septembre dernier, d’un chasseur âgé de 90 ans à Saint-Paul-sur-Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence. L’homme participait à l’ouverture de la chasse lorsqu’il a chuté d’environ cinq mètres dans un secteur difficile d’accès. Malgré l’intervention des secours, il est décédé de ses blessures. C’est un drame. Mais il faut tout de même rappeler une évidence : ce chasseur n’a tué personne avec son arme. Il n’a pas confondu un promeneur avec un sanglier. Il n’a provoqué aucun accident de tir. Il est tombé. Et ce détail est loin d’être anodin. Pour l’OFB, un accident de chasse est précisément défini comme une blessure corporelle consécutive à l’emploi d’une arme de chasse. La chute de cet homme de 90 ans ne rentre donc même pas dans l’accidentologie officielle des accidents de chasse. S’il avait fait exactement la même chute pendant une randonnée, en cherchant des champignons ou simplement en se promenant en montagne, aurait-on réclamé l’interdiction de la randonnée après 80 ans ? La question mérite d’être posée.
FUTUR veut un couperet à 80 ans
L’association demande pourtant une mesure radicale : interdiction totale de chasser à partir de 80 ans et contrôle médical annuel dès 70 ans. Elle souhaite également transformer la remise à niveau décennale existante en véritable évaluation du maniement des armes et de la sécurité. Que l’état de santé puisse influer sur la capacité à chasser en sécurité est une évidence. La vue, l’audition, les réflexes, l’équilibre ou les capacités cognitives comptent lorsqu’on manipule une arme. Mais cela ne répond pas à la vraie question : pourquoi fixer arbitrairement ce couperet à 80 ans ? Car les données disponibles ne montrent justement pas que le grand âge soit, en lui-même, un facteur de risque particulier à la chasse.
L’OFB écrit exactement le contraire
Le dernier bilan de l’accidentologie publié par l’Office français de la biodiversité est particulièrement intéressant sur ce point. Depuis 2003, les chasseurs âgés de 75 ans et plus représentent 14 % de la population actuelle des chasseurs utilisée comme référence par l’OFB, mais seulement 9 % des auteurs d’accidents recensés. Chez les 65-74 ans, ils représentent 23 % de la population des chasseurs contre 20 % des auteurs. L’OFB accompagne son propre graphique d’une conclusion difficilement plus claire : « L’âge n’apparait pas comme un facteur de risque ». Cela ne signifie évidemment pas qu’un chasseur de 85 ans est nécessairement aussi apte qu’un homme de 30 ans. Pas davantage qu’un homme de 30 ans serait nécessairement en meilleure condition physique qu’un autre de 70. Cela signifie simplement qu’à ce jour, les statistiques officielles ne permettent pas de désigner l’âge comme facteur particulier d’accident. C’est tout de même gênant lorsqu’on veut précisément interdire une activité sur le seul critère de l’âge.
Quatre morts, tous chasseurs, lors de la dernière saison
Il faut également remettre le débat dans les proportions de l’accidentologie réelle. Lors de la saison 2025-2026, l’OFB a recensé 92 accidents de chasse avec arme, faisant 92 victimes. Quatre ont été mortels. Il s’agit du chiffre le plus bas jamais enregistré depuis que cette série statistique existe. Et ces quatre personnes décédées étaient toutes des chasseurs. Aucun non-chasseur n’a été tué dans un accident de chasse au cours de cette saison. Cela ne rend évidemment aucun décès acceptable et le monde cynégétique doit continuer à travailler pour réduire encore l’accidentologie. Mais cela remet tout de même en perspective l’image d’une activité qui nécessiterait soudain d’écarter autoritairement les personnes âgées pour protéger la société.
Et sur la route ?
La comparaison mérite également d’être faite avec une activité infiniment plus courante : la conduite automobile. En 2025, 3 263 personnes ont perdu la vie sur les routes de France métropolitaine et environ 247 000 ont été blessées, dont près de 16 800 gravement. Ces chiffres ne permettent évidemment pas de dire que conduire serait « 800 fois plus dangereux » que chasser. Les populations concernées, le nombre d’heures d’exposition et les conditions de pratique sont totalement différents. Mais ils permettent de poser une question. En France, le titulaire ordinaire d’un permis B n’est pas soumis à une visite médicale périodique simplement parce qu’il atteint 70, 75 ou 80 ans. Des contrôles médicaux existent lorsque certaines pathologies ou situations particulières le nécessitent, mais pas de contrôle systématique lié à l’âge pour tous les automobilistes. Le Conseil national de la sécurité routière avait même estimé qu’une visite médicale obligatoire systématique à partir d’un certain âge n’avait pas démontré son efficacité, préférant le repérage individuel des situations à risque, l’auto-évaluation et les remises à niveau. Alors pourquoi faudrait-il appliquer à la chasse un couperet automatique que l’on ne juge pas pertinent pour la conduite automobile ?
Mon père avait choisi d’arrêter
Je vais me permettre ici de quitter quelques instants le « nous » habituel de So Chasse pour employer le « je ». Mon père est mort en 2014, à près de 94 ans. Il avait été chasseur pendant une grande partie de sa vie. Pourtant, dès 1996, à l’âge de 76 ans, il avait décidé de raccrocher définitivement son fusil. Personne ne le lui avait imposé. Il constatait simplement que sa vue baissait, que ses réflexes n’étaient plus ceux qu’il avait connus et il avait estimé lui-même qu’il était temps d’arrêter. C’est aussi cela, la responsabilité d’un chasseur. Mon père n’avait pas attendu qu’une association décide qu’à 79 ans et 364 jours il serait encore capable de chasser et que, le lendemain matin, son quatre-vingtième anniversaire le transformerait administrativement en personne dangereuse. Il avait fait ce que fait l’écrasante majorité des chasseurs : il avait jugé ses propres capacités et pris sa décision.
Et puis il y a Milou, 81 ans et toujours derrière ses chiens
À l’autre bout du spectre, il y a mon ami Milou. Milou a fêté ses 81 ans le 1er septembre dernier. Chaque saison, il parcourt encore des kilomètres dans la Double, parfois 20 dans la journée (!), derrière ses chiens d’arrêt pour lever les bécasses. Et les semaines précédentes, lorsque vient l’ouverture de la caille des blés, il avale déjà les kilomètres dans les cultures. Cette année, il a prélevé cinq cailles le jour même de cette ouverture. À 81 ans, cet homme chasse, marche et suit ses chiens avec une condition physique que bien des hommes sensiblement plus jeunes pourraient lui envier. Et FUTUR voudrait lui dire qu’il n’a désormais plus le droit de pratiquer sa passion. Pas parce qu’il a commis une faute. Pas parce qu’un médecin l’aurait déclaré incapable de manipuler une arme. Pas parce qu’il aurait provoqué un accident. Simplement parce qu’il a 81 ans. C’est précisément là que le principe d’une interdiction automatique montre ses limites : deux hommes du même âge peuvent avoir des aptitudes radicalement différentes.
FUTUR est une association anti-chasse
Il faut enfin préciser qui porte cette revendication. FUTUR se présente elle-même comme un mouvement militant de « la cause animale » , « contre l’élevage, la chasse, la corrida » et d’autres formes qu’elle considère comme relevant de « l’exploitation animale ». Ce positionnement ne retire évidemment (ou malheureusement) pas à l’association le droit de participer au débat public ni de proposer des mesures de sécurité. Mais il constitue une information essentielle pour comprendre cette campagne. FUTUR n’est pas un organisme public chargé d’étudier l’accidentologie à la chasse. C’est une organisation qui revendique son opposition à la chasse et qui annonce vouloir porter ses propositions auprès de responsables politiques et d’autres associations animalistes. Son représentant reconnaît d’ailleurs lui-même que la proposition d’une interdiction à 80 ans constitue « un petit peu » un coup de communication. Les chasseurs sont donc parfaitement fondés à demander sur quelles données repose ce seuil.
La sécurité mérite mieux qu’un chiffre rond
Sur un point, FUTUR pose une vraie question : contrairement à certaines activités, il n’existe pas aujourd’hui de visite médicale périodique systématique imposée à tous les chasseurs âgés. Le candidat au permis doit en revanche fournir lors de son inscription un certificat attestant que son état physique et psychique est compatible avec la détention d’une arme. Il existe également un examen pratique portant notamment sur la sécurité, une remise à niveau obligatoire tous les dix ans et des contrôles réalisés par l’OFB. Cette formation décennale est d’ailleurs considérée par l’Office comme un facteur positif dans la prévention des accidents. Discuter de l’amélioration de ces dispositifs est parfaitement légitime. Mais interdire automatiquement la chasse à partir de 80 ans suppose autre chose qu’un fait divers tragique et un chiffre rond choisi pour frapper les esprits. Cela suppose de démontrer que les chasseurs de cet âge représentent effectivement un risque particulier. Et pour l’instant, le bilan officiel de l’OFB dit exactement ceci : l’âge n’apparaît pas comme un facteur de risque. Mais, nous le savons tous, les gens de la mouvance animaliste sont mus par une haine viscérale de la chasse et des chasseurs et tout leur est bon pour tenter de nuire à notre passion et nos traditions, même instrumentaliser un drame humain.











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