Mehdi Aref, pilote de ligne et chasseur : « La chasse, c’est le seul endroit où je retrouve cette adrénaline »

Pilote de ligne installé à Dubaï, Mehdi Aref est aussi un passionné de chasse depuis une vingtaine d’années. Du petit gibier à ses débuts au grand gibier aujourd’hui, il a construit sa passion au fil des rencontres et des voyages. Chasseur à l’approche comme au poste, amateur de parcours de chasse et grand voyageur, il nous raconte comment il concilie son métier exigeant avec sa passion, ce que la chasse lui apporte au quotidien et pourquoi la sécurité reste au cœur de sa pratique.

LS : Vous êtes pilote de ligne et chasseur. Comment cette passion pour la chasse est-elle née ?

Mehdi Aref : Je suis arrivé assez tard à la chasse. Quand j’étais petit, un ami de mon père nous avait emmenés faire un tour lors d’une chasse à la tourterelle. Je m’étais dit que ça avait l’air passionnant et que ça pourrait être une activité formidable. Cette envie est restée quelque part dans un coin de ma tête, même si elle s’est un peu endormie pendant plusieurs années. Je m’intéressais déjà aux armes et au tir sur cible avec une petite carabine à air comprimé, et je lisais beaucoup sur le sujet. Puis, après deux ans de travail, j’ai effectué un stage professionnel auprès d’une unité spécialisée, l’équivalent du GIGN, pour comprendre comment se déroulaient certaines interventions en milieu aéronautique. Au fil des discussions, le responsable m’a expliqué qu’il était chasseur et m’a proposé de l’accompagner. C’est là que tout a commencé. Cela fait maintenant une bonne vingtaine d’années.

LS : Vous avez commencé par le petit gibier avec des chiens. Comment êtes-vous ensuite venu au grand gibier ?

MA : J’ai ai eu plusieurs chiens, notamment un braque allemand et des épagneuls bretons issus de très bonnes lignées. Nous avons passé quatre ou cinq années formidables ensemble. Quand j’ai perdu ces chiens, j’ai arrêté la chasse du petit gibier devant soi. J’ai ensuite découvert la battue au grand gibier. Je trouve cette chasse superbe, mais c’est surtout le sanglier qui est devenu ma passion numéro un. J’ai toujours comparé l’adrénaline ressentie à la chasse à celle que l’on peut éprouver dans un avion de chasse, lorsque l’on est plaqué dans son siège à pleine accélération. C’est une sensation indescriptible. Et le seul endroit où je retrouve quelque chose d’approchant, c’est au poste, en attendant que les animaux arrivent, seuls ou en compagnie. C’est extraordinaire.

LS : Au-delà du prélèvement, qu’est-ce qui vous plaît autant dans la chasse ?

MA : C’est avant tout la rencontre. Le prélèvement représente l’aboutissement d’un séjour, mais tout commence bien avant. La chasse m’a permis de rencontrer des personnes avec lesquelles j’ai noué des amitiés très fortes, parfois plus durables que certaines relations construites dans le monde professionnel. Il y a aussi la gastronomie, les bons vins, la découverte de nouveaux territoires et de nouveaux paysages. On ne connaît jamais aussi bien son pays que lorsqu’on le parcourt pour chasser. J’ai chassé en France la majeure partie du temps, mais j’ai également beaucoup voyagé, notamment en Argentine, en Hongrie, en Pologne et en Italie. La chasse permet de découvrir des endroits et des cultures que l’on ne connaîtrait pas forcément autrement.

LS : Vous pratiquez également le ball-trap. Comment êtes-vous venu à cette discipline ?

MA : Au départ, ce n’était pas une activité qui m’attirait particulièrement. Je vivais à Dubaï, avec la chaleur et des conditions qui ne rendaient pas forcément la pratique agréable. Je n’avais pas non plus facilement accès à mon fusil. Puis une grande compétition a été organisée à Dubaï et plusieurs amis chasseurs sont venus y participer. J’ai découvert le parcours de chasse et je me suis dit que cela avait l’air intéressant. Mais le véritable déclic est arrivé lors d’une chasse au grand gibier. Un voisin de poste a eu un problème avec son fusil et m’a proposé de prendre sa place. Un grand tireur m’a alors observé et m’a expliqué que je tirais bien, mais que j’avais un défaut de positionnement de l’épaule. Il m’a conseillé d’aller voir Frédéric Perret, au Paris Shooting Club, pour corriger cela. J’y suis allé et j’ai finalement attrapé, moi aussi, la fièvre du ball-trap. Je continue à essayer de progresser.

LS : Comment conciliez-vous un métier aussi exigeant que celui de pilote de ligne avec une passion qui demande du temps et des déplacements ?

MA : J’ai la chance d’avoir un métier qui me permet de consacrer du temps à la chasse et qui me fait comprendre l’importance de cette passion. Le métier de commandant de bord est particulièrement exigeant : il demande beaucoup d’attention, de concentration et implique une vraie pression. Je dis toujours à mes stagiaires et à mes copilotes qu’il faut avoir une passion en dehors de l’aviation, parce que sinon, le métier finit par vous absorber. Les horaires sont difficiles et on ne voit pas toujours l’envers du décor. La chasse me permet de trouver un équilibre physique et mental. J’essaie de regrouper mes congés pendant la période de chasse, tout en gardant du temps pour ma famille. Je ne chasse pas l’été, par exemple, afin de pouvoir me consacrer pleinement à mes proches. Et lorsque c’est possible, j’emmène ma femme avec moi pendant mes voyages de chasse. Cela permet de découvrir d’autres pays et d’autres cultures ensemble.

LS : Lorsque vous partez travailler dans un nouveau pays, vous intéressez-vous à sa faune et à ses pratiques cynégétiques ?

MA : Oui, je suis un grand lecteur et je me renseigne beaucoup. Avant de partir dans un pays, je regarde quelles espèces on peut y rencontrer et quels types de chasse y sont pratiqués. Cela fait partie de ma curiosité. Cette connaissance des animaux m’est aussi utile dans mon métier. Je me souviens notamment d’un vol de nuit à Jaipur, en Inde. Alors que nous roulions sur la piste pour nous aligner au décollage, j’ai aperçu plusieurs chacals à proximité. Leur comportement m’a semblé inhabituel, car ils étaient regroupés. J’ai prévenu le contrôleur aérien, qui a envoyé un véhicule pour vérifier la zone. Les animaux avaient disparu lorsque la voiture est arrivée, mais j’ai signalé qu’ils risquaient de traverser notre axe. C’est effectivement ce qui s’est produit au moment où nous accélérions. Nous avons interrompu le décollage. Un animal dans un réacteur peut provoquer de gros dégâts. Ma connaissance du comportement animal a donc permis d’éviter un incident qui aurait pu coûter cher à la compagnie. J’ai aussi le souvenir d’un vol à Sanaa, au Yémen, où j’avais repéré onze lièvres sur la piste, alors que mon copilote n’en avait vu aucun. Être chasseur m’a appris à observer les animaux et à anticiper certains de leurs comportements, ce qui peut aussi être précieux dans l’aviation.

LS : Parmi tous vos voyages de chasse, quels sont les souvenirs qui vous ont le plus marqué ?

MA : L’Argentine reste l’un de mes plus beaux souvenirs. Nous étions arrivés vers trois ou quatre heures du matin et les guides nous attendaient avec les cuissardes prêtes. Nous étions un groupe de Français et, lorsqu’on nous a demandé qui savait monter à cheval, j’ai répondu que je pouvais le faire. Je suis donc parti à cheval, en cuissardes, avec le fusil en bandoulière, dans l’eau. Le réveil du marais aux premières heures du jour était absolument extraordinaire. C’est une image que je garderai toute ma vie. La Biélorussie m’a aussi beaucoup marqué, notamment une chasse dans une forêt primaire entre la Pologne et la Biélorussie. Le décor était tellement féerique que j’avais presque l’impression qu’un elfe ou un troll allait surgir entre les arbres. Le lendemain, nous avons chassé dans un marécage où l’eau nous arrivait à la taille. Le guide nous avait dit qu’il n’y avait rien, et pourtant des sangliers et un cerf sont sortis. Cela m’a rappelé qu’il faut toujours faire confiance aux gens du pays : ils connaissent leurs territoires mieux que nous. Enfin, je garde un souvenir très fort d’une chasse en Pologne, en octobre. J’entendais des animaux avancer dans les feuilles et, à un moment, j’ai réalisé que le bruit que j’entendais dans mon casque était celui de mon propre cœur. C’était une montée d’adrénaline incroyable.

LS : Vous avez également chassé en Afrique. Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

MA : Je n’y suis allé qu’une fois et j’aimerais beaucoup y retourner. Je ne suis pas attiré par l’idée de chasser un félin. Ce qui m’intéresse, c’est avant tout l’approche, la rencontre avec l’animal et le fait de réaliser un beau prélèvement. En Afrique du Sud, j’ai notamment chassé un springbok. L’approche et le tir ont été très beaux. Je suis ensuite rentré à Dubaï avec environ huit kilos de filet. Mes amis, qui ne sont pas chasseurs, ont goûté la viande et m’ont dit qu’ils n’avaient jamais mangé quelque chose d’aussi bon. Ils m’ont même demandé de les prévenir lors de mon prochain voyage en Afrique du Sud. C’est aussi cela que j’aime dans la chasse : pouvoir partager le résultat de cette expérience avec des personnes qui ne connaissent pas forcément cet univers.

LS : Votre métier vous oblige à prendre rapidement des décisions tout en maîtrisant les risques. Cette culture de la sécurité influence-t-elle votre manière de chasser ?

MA : Absolument. J’applique à la chasse une sorte de checklist comparable à celle que j’utilise dans l’avion. Lorsque j’arrive au poste, je réfléchis au vent, à la direction dans laquelle mon odeur va partir, à la position de mes voisins et aux mouvements possibles des animaux. J’essaie de me placer de manière à avoir les meilleures chances de rencontre, tout en restant discret. Les animaux nous voient souvent bien avant que nous les apercevions. Et surtout, il m’arrive de renoncer à un tir lorsque les conditions ne sont pas bonnes. Même si l’animal est là et que je pourrais tirer, je ne le fais pas si je considère que le risque est trop important. Pour moi, la sécurité passe avant tout. La vie d’un être humain ne peut pas être mise en danger pour prélever un animal. Cette prudence fait partie intégrante de ma conception de la chasse, comme elle fait partie de mon métier de pilote.

LS : Vous avez chassé dans de nombreux pays. Quel regard portez-vous sur la chasse française par rapport à ce que vous avez découvert ailleurs ?

MA : Je pense sincèrement que la France est l’un des plus beaux pays de chasse. J’ai beaucoup voyagé et découvert des pratiques très différentes. L’Espagne est magnifique, la Hongrie possède aussi une culture cynégétique remarquable, mais je trouve que la France a une richesse et une diversité exceptionnelles. C’est une culture de chasse que je retrouve difficilement ailleurs, même si chaque pays a ses particularités. En matière de sécurité, en revanche, nous avons toujours des choses à apprendre des autres. Il faut rester ouvert, observer les pratiques et chercher à progresser.

LS : Si vous deviez choisir aujourd’hui entre une très belle journée de chasse, une compétition de ball-trap ou un vol vers une destination exceptionnelle, que choisiriez-vous ?

MA : La chasse, sans hésiter. Une très belle journée de chasse reste ce que j’aurais le plus de mal à sacrifier. C’est une passion qui réunit énormément de choses : l’adrénaline, l’observation, les rencontres, les paysages et les moments partagés. Même après une vingtaine d’années, je continue à y trouver la même envie et le même plaisir.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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