Contacté par une journaliste de Quotidien pour participer à un futur reportage consacré à l’alimentation et aux modes de vie en France, Pépé Lescourège a d’abord pris le temps d’échanger avec la production. Mais au fil des discussions, le créateur de contenu ami de notre média a eu le sentiment de reconnaître une mécanique qu’il estime avoir déjà vue à l’œuvre dans certains reportages consacrés au monde de la chasse, de l’agriculture ou de la ruralité. Convaincu que le regard porté sur son univers risquait davantage de chercher le décalage que la compréhension, il a préféré décliner l’invitation. Une décision qu’il a expliquée dans un message largement relayé sur les réseaux sociaux.
Le scénario est devenu presque classique. Une rédaction parisienne découvre une personnalité rurale qui rencontre du succès sur les réseaux sociaux. Les premiers contacts sont chaleureux. Les compliments abondent. On explique que son quotidien est « inspirant », que son témoignage est « important », que son histoire mérite d’être racontée. Puis vient la question que beaucoup se posent désormais avant d’accepter : pour raconter quoi, exactement ?
C’est précisément la réflexion menée par Pépé Lescourège lorsqu’il a été contacté par une journaliste travaillant pour Quotidien dans le cadre d’un reportage consacré à la place de la nourriture dans les récits culturels et sociaux français. Sur le papier, rien de polémique. Au contraire. Mais à force d’observer la manière dont certains médias traitent les chasseurs, les agriculteurs ou les habitants des campagnes, beaucoup ont appris à regarder au-delà des formules séduisantes. Car la méfiance n’est pas née par hasard. Combien de reportages ont présenté le monde rural à travers ses caricatures les plus faciles ? Combien de séquences tournées dans les salons de la chasse ont davantage cherché le sourire moqueur du téléspectateur que la compréhension d’une passion ? Combien de montages ont transformé quelques secondes d’échange en démonstration à charge ?
Les chasseurs connaissent parfaitement le procédé. Une journée entière de tournage peut se résumer à quelques images soigneusement sélectionnées. Une centaine d’interventions peuvent disparaître au profit de deux ou trois déclarations plus spectaculaires. Une musique bien choisie, une voix off légèrement ironique et le portrait est déjà dessiné avant même la diffusion.
Le problème n’est pas la critique. Le problème est lorsque le sujet est écrit avant même la rencontre. Dans son message publié sur les réseaux sociaux, Pépé Lescourège explique qu’il refuse désormais de servir de « mise en bouche médiatique », quelle que soit la visibilité promise. Il rappelle surtout un fait souvent oublié dans certaines rédactions : les habitants des campagnes ont appris à reconnaître les regards sincères de ceux qui viennent simplement confirmer leurs propres préjugés. Son texte vise notamment cette forme de condescendance sociale que beaucoup de ruraux dénoncent depuis des années.
Une condescendance qui consiste à observer la France périphérique comme une curiosité sociologique. À filmer les traditions comme des vestiges du passé. À présenter les chasseurs, les agriculteurs ou les habitants des villages comme les figurants d’une France supposément dépassée. Pourtant, ce regard semble de moins en moins fonctionner. Les réseaux sociaux ont profondément changé les règles du jeu. Les ruraux disposent désormais de leurs propres canaux d’expression. Ils racontent eux-mêmes leur quotidien, leurs difficultés, leurs passions et leurs réussites. Ils ne dépendent plus exclusivement des grands médias nationaux pour exister dans le débat public. C’est sans doute ce qui explique le succès de personnalités comme Pépé Lescourège. Son audience ne repose pas sur un personnage fabriqué en salle de montage mais sur une authenticité que ses abonnés jugent crédible. Au fond, la réponse adressée à Quotidien dépasse largement son cas personnel.
Elle pose une question simple aux médias qui souhaitent traiter du monde rural : viennent-ils pour comprendre ou pour illustrer une idée déjà construite ? Car les chasseurs, les agriculteurs et les habitants des campagnes ne demandent pas de traitement de faveur. Ils demandent simplement ce que tout journaliste devrait considérer comme une évidence : être décrits avec honnêteté. Comme l’écrit Pépé Lescourège dans sa réponse devenue virale, les ruraux ne maîtrisent peut-être pas tous les codes des plateaux télévisés ou des rédactions parisiennes. Mais ils sont parfaitement capables de reconnaître lorsqu’on les respecte. Et surtout lorsqu’on ne les respecte pas. Bravo et merci Pépé!












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