À 32 ans, Justine incarne une génération de chasseurs pour qui la transmission, l’éthique et l’exigence technique ne sont pas des mots vides de sens. Initiée dès l’enfance par son père et son grand-père maternel, elle a découvert dans la chasse bien plus qu’un loisir : une école de patience, de responsabilité et de respect du vivant. Pour So Chasse, elle revient sur ses débuts, ses premiers prélèvements, sa place en tant que femme dans cet univers, et livre sa vision d’une chasse moderne, exigeante et responsable
BSL : Justine, comment est née votre passion pour la chasse ?
JA : Cette passion m’a été transmise très tôt par mon père et mon grand-père maternel, alors que je n’avais que dix ans. À cet âge-là, je les accompagnais sans réellement comprendre le plaisir qu’ils évoquaient. J’entendais parler de moments forts, de communion avec la nature, de partage entre générations, mais je ne mesurais pas encore toute la profondeur des valeurs qui se cachaient derrière ces mots. Le véritable déclic est survenu lorsque mes parents ont décidé d’accueillir un Golden Retriever à la maison. À travers lui, j’ai découvert le travail du chien, sa discipline, son intelligence et le lien presque invisible qui l’unit à son maître. J’ai alors accompagné mon père à une chasse aux pigeons. Ce fut une révélation. Observer le chien à l’œuvre, recevoir les conseils de mon père, comprendre les gestes, les règles, l’éthique, tout cela a constitué un moment fondateur. Ce n’était plus seulement une activité, c’était une transmission.

BSL : Vous avez commencé jeune. Comment se sont déroulés vos premiers pas officiels dans la chasse ?
JA : J’ai débuté la chasse accompagnée à quinze ans. Cette période a été déterminante : elle m’a permis d’apprendre sans pression, d’observer, d’écouter. Juste avant mes seize ans, j’ai passé le permis de chasser, que j’ai obtenu. Je me souviens encore de l’émotion ressentie ce jour-là : c’était une étape symbolique, presque un rite de passage. Ma première chasse au fusil s’est déroulée dans les plaines et les bosquets de la Champagne-Bérichonne. Mais le souvenir le plus marquant reste celui de ma première sortie avec ma propre carabine. Je venais de m’équiper d’un Express en calibre .30 Air Blaser, muni d’un point rouge. Nous étions dans la Nièvre, entre amis, pour chasser le chevreuil et le sanglier.
Trois chevreuils sont remontés la plaine en plein travers. J’étais à poste fixe, concentrée, portée par les encouragements des rabatteurs. J’ai tiré et j’ai prélevé. Ce moment reste gravé en moi, non pour la performance, mais pour l’intensité que cela représentait.
BSL : Vous évoquez vos premiers prélèvements. Que retenez-vous de ces expériences ?
JA : Avant d’avoir ma propre carabine, j’ai eu la chance d’être soutenue par un président de chasse qui me prêtait volontairement la sienne. C’est avec cette arme que j’ai prélevé mon premier sanglier. Ce fut un moment très fort. J’avais déjà vécu plusieurs journées de chasse sans avoir l’occasion de tirer. L’attente crée une tension particulière. Le jour venu, l’adrénaline était à son comble. Les aboiements des chiens résonnaient, la battue était vivante, intense. J’ai vu l’animal monter vers moi. Tout s’est accéléré, puis figé en une fraction de seconde. Lorsque je suis allée voir l’animal, l’émotion a laissé place à un éclat de rire. Il n’était pas très beau, avec des soies blanches jaunâtres et une silhouette un peu maigrichonne. Ce souvenir, presque tendre, me rappelle que la chasse est aussi faite d’imprévus et d’humanité.

BSL : En tant que femme, comment avez-vous été accueillie dans le monde de la chasse ?
JA : De manière générale, j’ai toujours été bien accueillie. Lors de mes premières années de permis, mon jeune âge suscitait une forme de bienveillance. Beaucoup prenaient le temps de m’expliquer, de partager leur expérience. Cette générosité m’a énormément apporté. Avec le temps, certaines remarques ont néanmoins surgi. Des questions du type : « Ah bon, vous chassez ? » ou encore « Vous êtes accompagnatrice aujourd’hui ? ». Ce sont des réflexions qui traduisent parfois des habitudes ancrées. Je dois avouer qu’il m’est arrivé d’esquisser un sourire intérieur lorsque, après un tir précis, mes voisins de battue comprenaient que je n’étais pas là par hasard. Je reste convaincue que la compétence et l’engagement finissent toujours par parler d’eux-mêmes.
BSL : Quel type de chasse vous attire le plus aujourd’hui ?
JA : J’apprécie la chasse au petit gibier, mais j’ai une préférence marquée pour le grand gibier en battue. L’adrénaline y est particulièrement intense. Les animaux sont rusés, d’une intelligence remarquable. Il faut faire preuve de patience, d’humilité et de rigueur, quelles que soient les conditions climatiques. Chaque battue est différente. Rien n’est jamais acquis. Cette incertitude, cette nécessité d’être pleinement concentrée, m’attirent profondément.
BSL : Vous parlez souvent de respect. Que représente-t-il pour vous dans la pratique de la chasse ?
JA : Le respect est central. Respect de l’animal, d’abord, à travers un tir maîtrisé et responsable. Respect du tableau ensuite, des honneurs rendus, des fanfares parfois sonnées. Ces traditions ne sont pas de simples formalités : elles rappellent que tuer n’est jamais anodin. La chasse est riche de valeurs, de savoirs et de savoir-faire. Pourtant, elle est parfois mal comprise. Les images de tableaux excessifs partagés sur les réseaux sociaux nuisent à notre image. Elles ne reflètent pas la réalité de la majorité des chasseurs, attachés à l’équilibre et à la gestion durable. Je crois aussi que certaines pratiques initiales se perdent. Nous devons rester vigilants pour préserver l’essence même de notre activité.
BSL : Comment améliorer, selon vous, l’image de la chasse aujourd’hui ?
JA : Il me semble essentiel de renforcer la synergie entre les différents acteurs du territoire : les chasseurs, l’Office national des forêts, l’Office français de la biodiversité, les fédérations départementales et bien d’autres encore. Une prise de conscience écologique doit être encouragée au sein même de la communauté des chasseurs. Nous sommes des acteurs de terrain. De l’autre côté, une meilleure compréhension des enjeux économiques et ruraux par les décideurs politiques serait tout aussi nécessaire. Trouver un équilibre est sans doute ambitieux, presque idéaliste. Mais ce serait regrettable de ne pas tenter d’y parvenir.
BSL : Avez-vous un rêve cynégétique particulier ?
JA : Je n’ai pas de rêve cynégétique précis. Ce que je souhaite avant tout, c’est transmettre cette passion à mes enfants, comme elle m’a été transmise. Partager avec eux, avec mes proches, des journées de chasse toujours plus belles, toujours plus riches de sens. Et surtout, pouvoir continuer à vivre ces moments le plus longtemps possible.











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