Photo : Philippe Riedinger
Alors que l’association One Voice attaque en justice l’arrêté préfectoral autorisant, en Moselle, le tir de nuit des sangliers avec dispositifs lumineux et thermiques, la polémique s’intensifie. Présentée par ses opposants comme une « chasse militaire » et un « massacre organisé », cette mesure est pourtant loin de faire l’unanimité, y compris au sein du monde cynégétique. Interrogé par TF1 la semaine dernière, Pierre Lang, président de la Fédération des chasseurs de la Moselle expose ici sa position officielle. S’il ne rejette pas, par principe, les technologies de vision nocturne, il met en garde contre les dérives, le braconnage, et surtout contre un mode de décision qu’il estime à la fois dangereux et opaque.
Baudouin de Saint Leger – One Voice a attaqué l’arrêté sur le tir de nuit avec thermique en Moselle. Quelle est votre réaction ?
Pierre Lang
Franchement, One Voice… il y a beaucoup de mots pour pas grand-chose. Nous ne nous associons évidemment pas à One Voice. Leur papier est truffé de confusions, notamment sur le rôle de la louveterie. Ils mélangent tout, comme d’habitude.
Ils avaient déjà procédé ainsi il y a quelques années, lorsqu’il y avait des sangliers dans le cimetière militaire américain. Le préfet avait pris un arrêté, que j’avais soutenu, afin d’intervenir dans le cimetière. Puis, quand il y a eu des chevreuils, il a demandé qu’ils soient capturés et relâchés à l’extérieur, ce que j’avais également approuvé. One Voice avait alors prétendu qu’on allait massacrer les chevreuils et en racheter pour les relâcher… ce sont des conneries monumentales.
BSL – On vous a entendu sur TF1 dire que vous étiez plutôt contre l’usage généralisé des thermiques. Pourquoi ?
PL
Je suis totalement opposé à l’usage généralisé, oui. Non pas à l’outil en lui-même, mais à la manière dont on entend l’encadrer. Mon véritable sujet, ce n’est pas le sanglier. Le sanglier dispose d’une capacité de reproduction telle que, même si l’on en prélève trop une année, on corrige l’année suivante. Je ne nourris aucune inquiétude quant à l’avenir du sanglier.
Mon inquiétude, c’est le cerf. Nous avons déjà constaté du braconnage de cerfs dans le Massif de la Canner, vers Thionville. Plusieurs animaux ont été retrouvés tués. Et là, le risque devient considérable : vous prenez un chasseur à l’éthique moyenne, il entend un cerf bramer la nuit, il sort sa lunette thermique, se rend sur une place de brame et tire. Là, on bascule dans le braconnage pur. Or le cerf n’est pas le sanglier. Quand une population de cerfs est mise à terre, il faut dix ans pour la reconstituer. Une biche, c’est un petit par an, à partir de deux ans seulement. Cela ne remonte pas vite.
BSL – Vous dites aussi que le cœur du problème est administratif ?
PL
Oui. Ce qui m’exaspère le plus dans l’arrêté préfectoral, c’est qu’il subordonne l’autorisation d’utiliser une lunette thermique à l’avis des lieutenants de louveterie. Je conteste formellement leur compétence en la matière. Ce sont eux qui vont trancher : qui a le droit, qui ne l’a pas. C’est une usine à gaz, et une porte grande ouverte au copinage.
BSL – Vous parlez clairement de copinage dans la louveterie en Moselle.
PL
Oui, et je le dis sans détour. Chez nous, la présidente de l’amicale des lieutenants de louveterie a été élue à 8 voix contre 7. Elle entretient des relations très fortes avec la DDT et c’est elle, avec l’administration, qui établit les listes. Quel que soit l’avis de la Fédération des chasseurs, c’est leur liste qui est entérinée par le préfet.
J’ai rencontré l’ancien préfet, M. Touvet, puis le nouveau. Rien n’a évolué. Je vais donc solliciter mes anciens collègues parlementaires, notamment Bruno Retailleau, afin de proposer une évolution législative. Il faut que les lieutenants de louveterie soient nommés sur proposition conjointe du préfet et de la Fédération des chasseurs, et non sur la seule mécanique administrative.
BSL – Vous avez constaté des abus concrets ?
PL
Oui. Des abus graves. Des lieutenants de louveterie qui se rendent chez des agriculteurs en leur disant : “vous avez beaucoup de dégâts, on va vous aider”, pour obtenir ensuite des autorisations de tir. Certains prélèvent jusqu’à 150 sangliers par an pour alimenter leur entreprise de traiteur. J’en connais un qui a été condamné trois fois pour agrainage abusif.
J’ai aussi le témoignage d’un ancien responsable de chasse de l’ONF, aujourd’hui maire, qui a surpris à plusieurs reprises des lieutenants tirant la nuit, probablement au thermique, en ciblant systématiquement les plus grosses laies, avec des marcassins autour. Ils tuent les mères et laissent les petits. C’est désastreux.
BSL – Donc votre opposition au thermique est surtout liée à ce système ?
PL
Exactement. Si un agriculteur a des sangliers dans son champ et qu’on prélève un ou deux animaux pour les dissuader, pourquoi pas. Mais confier le pouvoir de décision à des lieutenants de louveterie, sans contre-pouvoir, c’est créer les conditions mêmes des dérives.
La Fédération des chasseurs, elle, dispose de techniciens. Ils connaissent les territoires, les sociétés de chasse, les zones sensibles, et les personnes fiables. Ce sont eux qui devraient instruire les demandes. Lorsqu’un chasseur organise des battues tous les dix jours et fait le travail, il n’y a aucune raison d’envoyer des louvetiers la veille, au risque de transformer cela en safari nocturne.
BSL – En résumé, vous n’êtes pas opposé à l’outil, mais au système qui l’entoure ?
PL
C’est exactement cela. La thermique n’est pas le diable. Le problème, c’est l’absence de contrôle, le copinage, et un dispositif administratif qui confère trop de pouvoir à des personnes sans véritable contrepoids. Tant que ce point ne sera pas corrigé, je demeurerai très réservé.












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