Le chien de la famille sauve un enfant de 6 ans d’une attaque d’ours
Une scène digne d’un film s’est déroulée le 4 juillet dernier dans le Connecticut, aux États-Unis. Alors qu’un ours s’était
Lire la suiteEntre la fin juillet et la mi-août, le comportement des chevreuils change radicalement. Les brocards deviennent beaucoup plus mobiles, poursuivent les chevrettes et peuvent se montrer en pleine journée alors qu’ils sont habituellement bien plus discrets. C’est le rut du chevreuil, une période particulièrement intéressante pour l’observateur comme pour le chasseur à l’approche. Mais derrière cette agitation estivale se cache surtout l’une des particularités les plus étonnantes de la reproduction des mammifères : la chevrette fécondée en plein été ne donnera naissance à ses faons qu’au printemps suivant.
Contrairement au cerf élaphe, dont le brame annonce l’automne, le chevreuil connaît sa période de rut au cœur de l’été. De la fin juillet à la mi-août, les brocards se mettent activement à la recherche des chevrettes réceptives. L’activité augmente, les poursuites se multiplient et certains animaux habituellement très prudents deviennent soudain beaucoup plus visibles. Le mâle peut suivre longuement une femelle, parfois dans une véritable course-poursuite ponctuée de changements brusques de direction. Cette effervescence explique aussi pourquoi on peut apercevoir des chevreuils à des heures inhabituelles, parfois en pleine journée.
Ces poursuites estivales laissent parfois derrière elles une signature bien connue des chasseurs et des naturalistes : les « ronds de sorcière ». Lorsqu’un brocard poursuit une chevrette réceptive, les deux animaux peuvent tourner à plusieurs reprises autour d’un arbre, d’un buisson ou d’une petite zone de végétation. À force de passages, ils couchent les herbes et dessinent au sol une sorte de cercle plus ou moins régulier. Une trace particulièrement caractéristique du rut du chevreuil. Pour celui qui sait lire les indices laissés sur le terrain, découvrir un rond de sorcière permet donc de comprendre qu’un couple a probablement vécu ici quelques-uns de ces moments très particuliers de l’été.
Le rut intervient également alors que la chasse d’été du chevreuil est toujours possible dans les territoires où elle a été autorisée. Le Code de l’environnement fixe en effet au 1er juin la date la plus précoce à laquelle le chevreuil peut être chassé. Avant l’ouverture générale, cette chasse doit obligatoirement être pratiquée à l’approche ou à l’affût, après autorisation préfectorale délivrée au détenteur du droit de chasse et dans le respect des conditions fixées localement. Dans les départements et territoires où le tir d’été du brocard est pratiqué, le rut constitue donc une période particulièrement recherchée des amateurs d’approche. Le mâle est davantage en mouvement, couvre son territoire à la recherche des femelles et peut momentanément abandonner une partie de sa méfiance habituelle. Cela ne transforme évidemment pas l’approche en promenade de santé. Il faut toujours tenir compte du vent, avancer silencieusement, savoir observer et, bien souvent, accepter de rentrer sans avoir pu conclure son approche. C’est aussi tout l’intérêt de cette chasse individuelle : passer de longs moments à observer un animal et son comportement avant même d’envisager un tir.
Mais le phénomène le plus extraordinaire commence après l’accouplement. Chez la plupart des mammifères, la fécondation marque le début d’un développement embryonnaire qui se poursuit jusqu’à la naissance. Pas chez le chevreuil. Après la fécondation et les premières divisions de l’œuf, le développement de l’embryon s’interrompt. Il reste ainsi pendant plusieurs mois dans ce que les scientifiques appellent une « diapause embryonnaire ». Ce n’est qu’à la fin du mois de décembre ou au début du mois de janvier que son développement reprend véritablement. Ainsi, une chevrette fécondée pendant le rut de juillet ou d’août peut attendre près de dix mois avant de mettre bas, alors que la gestation véritable, une fois le développement embryonnaire relancé, ne dure qu’environ cinq mois.
Cette extraordinaire adaptation permet au chevreuil de résoudre un problème saisonnier. Le rut peut avoir lieu en été, lorsque les animaux disposent de bonnes conditions physiques, sans que les faons viennent au monde au cœur de l’hiver. Grâce à la diapause, les naissances sont repoussées jusqu’au printemps, lorsque la végétation offre à nouveau une nourriture abondante et de grande qualité à la chevrette qui doit allaiter ses jeunes. Les travaux menés sur les populations de chevreuils de Trois-Fontaines ont d’ailleurs montré une remarquable synchronisation des naissances : environ 80 % se produisent sur une période de seulement trois semaines, avec une date médiane située autour du 16 mai sur ce territoire d’étude. Le mécanisme est si fortement ancré dans la biologie de l’espèce que l’OFB souligne que la durée de cette diapause varie très peu en fonction des conditions environnementales.
Cette capacité fait du chevreuil une espèce vraiment à part. La diapause embryonnaire existe chez plusieurs mammifères, mais elle constitue une particularité exceptionnelle chez les grands mammifères herbivores. L’évolution a ainsi permis à la chevrette d’être fécondée dès l’été tout en synchronisant l’arrivée de ses jeunes avec la période printanière la plus favorable. Voilà pourquoi l’agitation que nous observons actuellement dans les bois, les lisières et les cultures ne produira ses véritables conséquences que dans neuf mois environ. Les courses effrénées d’un brocard derrière une chevrette au mois d’août préparent déjà les naissances du mois de mai suivant.
Le rut possède enfin une conséquence beaucoup moins réjouissante. Absorbés par la recherche d’un partenaire ou lancés dans leurs poursuites, les chevreuils peuvent momentanément être moins attentifs à leur environnement. Ils se déplacent davantage et peuvent traverser brutalement une route sans adopter leur prudence habituelle. En cette période de rut, une vigilance particulière s’impose donc aux automobilistes à proximité des bois, des lisières et des secteurs régulièrement fréquentés par les chevreuils. Car pendant quelques semaines, le discret petit cervidé de nos campagnes change complètement de comportement. Pour le chasseur à l’approche comme pour le simple amoureux de la nature, c’est l’un des meilleurs moments de l’année pour découvrir une autre facette de cette espèce. Et derrière les courses et les fameux ronds de sorcière se joue déjà, grâce à l’incroyable diapause embryonnaire de la chevrette, l’arrivée de la prochaine génération.
Partager cet article
Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.