Permis de chasser à l’arc : la France s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire

Longtemps attendu, souvent évoqué, parfois repoussé, le permis de chasser à l’arc va enfin devenir une réalité en France. Dès la rentrée de septembre prochain, une voie spécifique permettra aux passionnés d’archerie d’entrer dans le monde de la chasse sans passer par les armes à feu. Une évolution majeure, portée depuis des années par la Fédération Nationale des Chasseurs et la Fédération Française des Chasseurs à l’Arc, qui marque une reconnaissance officielle d’un mode de chasse en pleine expansion.

Pendant longtemps, les chasseurs à l’arc ont dû suivre le même parcours que les chasseurs à tir, en passant un permis incluant fusil et carabine. Une exigence parfois éloignée de leur pratique réelle. Dans plusieurs pays scandinaves, un permis spécifique existe déjà depuis des années. En France, l’évolution des attentes, le besoin de renouer avec des pratiques plus proches de la nature et l’intérêt croissant pour l’archerie ont progressivement fait évoluer les mentalités. Même certaines figures publiques, comme Mark Zuckerberg, ont contribué à remettre cette pratique sur le devant de la scène, en incarnant un retour assumé vers des formes de chasse plus primitives et immersives.

Car la chasse à l’arc, loin d’être marginale, s’inscrit dans une histoire ancienne, aujourd’hui en pleine transformation. Longtemps associée à une pratique solitaire, tournée vers l’approche ou l’affût, elle s’est peu à peu intégrée à la culture cynégétique française, notamment dans les battues. Une évolution que souligne Éric de Lavenne, président de la Fédération Française des Chasseurs à l’Arc, pour qui cette discipline « s’inscrit dans une continuité logique, celle d’un mode de chasse structuré depuis plusieurs décennies et désormais bien identifié en France ». Selon lui, la singularité française réside précisément dans cette capacité à mêler tradition de l’arc et culture de la battue, du chien et du collectif.

Cette reconnaissance institutionnelle intervient à un moment charnière. La chasse à l’arc attire aujourd’hui un public spécifique, souvent sensible à la discrétion, à la technicité et à l’immersion dans la nature. Elle répond aussi à une quête plus large, celle d’un rapport renouvelé au territoire et au gibier. Éric de Lavenne y voit d’ailleurs une opportunité d’ouverture : « certaines personnes souhaitent découvrir la chasse uniquement à travers l’arc, pour son exigence technique et son lien direct avec le terrain ».

Au-delà de l’attractivité, c’est aussi un levier de renouvellement pour le monde de la chasse. Dans un contexte où la transmission des pratiques devient un enjeu majeur, la chasse à l’arc offre une alternative crédible, capable de séduire de nouveaux pratiquants tout en redynamisant les parcours existants. Elle permet d’envisager la chasse autrement, dans une logique d’apprentissage, de précision et de proximité.

Sur le plan réglementaire, le futur permis de chasser à l’arc reprendra les grandes lignes du permis actuel. Comme l’explique Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs, il reposera sur « un examen théorique identique avec par des questions spécifiques liées à la sécurité de l’arc ». À cela s’ajoutera une épreuve pratique, structurée autour de différents ateliers, notamment le longbow et l’arc à poulies, afin de garantir une maîtrise technique minimale avant toute mise en situation réelle.

L’encadrement restera assuré par l’Office français de la biodiversité, garantissant ainsi un cadre officiel, rigoureux et conforme aux exigences de sécurité déjà en vigueur pour la chasse à tir. Ce point n’est pas anodin : il inscrit pleinement ce nouveau permis dans la continuité du système existant, tout en reconnaissant ses spécificités. Ce permis sera exclusivement dédié à l’arc. Il ne permettra pas l’usage des armes à feu, marquant ainsi une distinction claire entre les deux pratiques. Cette spécialisation répond à une attente précise : offrir une alternative complète à ceux qui souhaitent pratiquer uniquement la chasse à l’arc, sans passer par le circuit traditionnel.

La force de cette discipline réside également dans sa diversité. Tous les types de gibier peuvent être concernés et toutes les générations peuvent s’y retrouver.  La mise en place est annoncée pour septembre prochain. Si les derniers ajustements techniques restent à finaliser, le projet apparaît aujourd’hui solidement structuré. Les autorités compétentes devront désormais orchestrer son déploiement, en s’appuyant sur l’expérience accumulée depuis plusieurs décennies par les acteurs de la discipline. L’arrivée du permis de chasser à l’arc ne constitue pas seulement une évolution réglementaire. Elle traduit une transformation plus profonde du paysage cynégétique français. Bravo à nos instances! 

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Rédacteur en chef, SoChasse

4 réponses à “Permis de chasser à l’arc : la France s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire”

  1. Navarro Thierry

    Bonjour
    Très intéressante initiative.
    Cela fait longtemps que certains pays pratiquent la chasse à l arc ,la chasse à l arbalète.
    Je ne comprends pas pourquoi l arbalète n est pas aussi autorisé.
    Dans ce domaine la France a toujours un wagon de retard.
    Dommage.

  2. Philippe Lavallart

    Enfin…. !
    Celà fait plus de 20 ans que j’avais engagé des discussions avec la FNC et le Ministère de tutelle pour cette réforme.
    Il suffit de prendre exemple sur les différents permis de conduire (petites motos, grosses motos, VL, PL, SPL, transports en communs)
    A quand la même réforme pour les autoursiers, veneurs, paloumayres, etc… encore obligé de passer le permis de chasser « classique » alors qu ‘ils n ‘utilisent pas d’ arme à feu ??

  3. Sébastien Maltot

    C’est une évolution positive pour la chasse à l’arc. Toutefois, il me semble essentiel de renforcer les exigences liées au passage des JFO que l’on connait aujourd’hui, en y intégrant un véritable examen. Notre pratique requiert rigueur et responsabilité, or certains nouveaux pratiquants abordent aujourd’hui cette étape avec trop de légèreté « la fleur dans le carquois » avant de se retrouver rapidement en situation de chasse.
    Cette approche peut conduire à des comportements inadaptés et à des prises de liberté qui nuisent à l’image de la chasse à l’arc, patiemment construite par nos aînés pour en obtenir la reconnaissance légale.
    Je suis convaincu depuis longtemps que l’autorisation de chasser à l’arc devrait être conditionnée par la réussite à un examen éliminatoire, garantissant un niveau de compétence et d’engagement à la hauteur des enjeux de cette pratique.

  4. jp.ramon

    La jfo continuera t’elle d’exister? Y aura t’il une passerelle entre les 2 permis?

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