La chasse à l’arc pourrait bientôt sortir de l’illégalité au Maroc. Longtemps cantonnée aux marges du droit cynégétique, cette pratique fait aujourd’hui l’objet de discussions officielles au plus haut niveau de l’État. En coulisses, un groupe d’experts européens a été mobilisé pour poser les bases d’un futur cadre réglementaire. Parmi eux, Vincent Lalande, référence française de l’arc de chasse, raconte comment, en deux missions successives au cœur du Moyen-Atlas, la légalisation est passée du simple projet à une phase de préparation concrète.
Vincent, quelle est aujourd’hui la situation juridique de la chasse à l’arc au Maroc ?
La chasse à l’arc n’est pas autorisée. Et le problème va plus loin, puisque la chasse à l’approche et la chasse à l’affût sont elles aussi interdites. Or ce sont précisément les deux modes de chasse sur lesquels repose la pratique de l’arc. On se retrouve donc avec une discipline qui, par nature, ne rentre pas dans le cadre réglementaire actuel.
Pourquoi ce dossier reste-t-il aussi verrouillé d’un point de vue institutionnel ?
La question centrale, c’est la sécurité. Le Maroc est extrêmement strict sur tout ce qui touche aux armes et à la pratique de la chasse. On l’a vécu très concrètement lors de nos deux déplacements, en mai et en décembre 2025. La première fois, arriver dans le pays avec des arcs dans un contexte de chasse a posé de vrais problèmes à l’aéroport marocain. Pourtant, les arcs entrent régulièrement pour le tir sportif ou le loisir, mais dès que le mot chasse est associé, les contrôles deviennent beaucoup plus lourds.
En décembre, la situation avait déjà évolué. Sans qu’aucune décision officielle n’ait été prise, on sentait que des consignes avaient circulé. Le passage en douane s’est fait beaucoup plus facilement, ce qui montre que le travail engagé dès le mois de mai avait déjà commencé à produire des effets.
Dans quel cadre officiel se sont déroulées vos interventions au Maroc ?
Nous étions quatre consultants bénévoles invités par les autorités marocaines à l’occasion de la fête de la chasse de Béni Mellal, dans le Moyen-Atlas. Pendant plusieurs jours, nous avons enchaîné réunions, ateliers et échanges avec l’ANEF, l’Agence Nationale des Eaux et Forêts, mais aussi avec les principaux organisateurs de chasses touristiques du pays. Il y avait même un représentant ministériel, ce qui montre à quel point le sujet est pris au sérieux.
L’objectif n’était pas d’arriver avec un modèle clé en main, mais de présenter ce qui se fait en Europe, d’expliquer comment la chasse à l’arc est encadrée ailleurs, et surtout d’écouter les contraintes marocaines. Tout devait s’inscrire dans leur propre culture cynégétique et leur cadre légal.

Quels profils composaient ce groupe d’experts ?
Nous étions quatre lors des deux sessions. Anders Gejer (Suède), président de l’European Bowhunting Foundation, qui chapeaute toutes les fédérations européennes de chasse à l’arc. Thierry Fécomme, guide de chasse français installé au Maroc depuis plus de vingt ans, spécialisé dans la chasse à l’arc à travers le monde. Errol Benstead (France), rédacteur en chef du magazine Charc, très connu pour ses chasses à l’arc traditionnel sur grands gibiers et gibiers de montagne. Et moi, Vincent Lalande, pour toute la partie matériel et mise en œuvre pratique.
En décembre, un cinquième expert nous a rejoints, Franck Magistrini, vice-président de la Fédération française des chasseurs à l’arc, afin de travailler spécifiquement sur la question de la formation des futurs chasseurs à l’arc marocains, en s’inspirant du modèle français.
Comment les discussions ont-elles évolué entre les sessions de mai et de décembre ?
En mai, nous étions surtout dans une phase de réflexion générale. On parlait de faisabilité, de philosophie, de compatibilité avec le droit marocain. En décembre, on est clairement passé à autre chose. Là, les autorités voulaient du concret. Nous avons travaillé sur la réglementation, la sécurité, l’accueil des chasseurs étrangers, mais aussi sur le cadre à poser pour les chasseurs marocains.
Le Maroc a déjà une vraie culture de chasse. Ils chassent beaucoup au chien d’arrêt, ils organisent de grandes battues au sanglier, avec 7 000 à 8 000 animaux prélevés chaque année. Mais l’approche et l’affût étant interdits, il a fallu réfléchir à des adaptations spécifiques pour que l’arc puisse trouver sa place.
Sur quels leviers réglementaires précis avez-vous travaillé avec les autorités ?
Sur des règles simples et applicables. Comment importer les arcs dans un cadre chasse, comment les utiliser, quelles pointes autoriser, comment contrôler les pratiques, comment garantir la sécurité. L’idée était de donner aux autorités une vision claire et réaliste de ce que pourrait être la chasse à l’arc au Maroc, sans remettre en cause leur exigence sécuritaire.

Avez-vous également participé à des expérimentations de terrain ?
Oui, et c’était très important pour eux. Le dernier jour, nous avons été conviés à une chasse expérimentale. Le matin, sur un étang, nous avons tiré sur un envol de canards. Les responsables marocains voulaient voir de leurs propres yeux comment une flèche pouvait tuer un oiseau en vol. Ils avaient du mal à croire qu’une pointe plate puisse traverser. J’ai eu le plaisir de prélever un canard en vol, les officiels ont tous vu le tir, la flèche traverser complètement et l’animal tomber net : un résultat concret qui a définitivement convaincu les plus septiques.
Dans l’après-midi, nous avons participé à une chasse aux sangliers dans un parc, puisqu’en territoire ouvert ce n’est pas encore autorisé. J’ai pu tirer un vieux mâle de barbarie, un animal très différent de nos sangliers européens, plus fin, plus long et beaucoup plus résistant.
À quel stade en est aujourd’hui le processus de légalisation ?
Nous sommes désormais dans une phase de travail très avancée. L’ANEF, notamment le responsable du développement des chasses touristiques, nous a demandé plusieurs rapports techniques pour les aider à rédiger le futur cadre réglementaire. Rien n’est encore officiellement signé, mais tous les voyants sont au vert. Entre la session de mai et celle de décembre, on a senti que le terrain avait été sérieusement préparé. Si juridiquement et politiquement c’est possible, alors la chasse à l’arc au Maroc verra le jour à court ou moyen terme.
Pour aller plus loin avec Vincent Lalande
Depuis plus de quarante ans, Vincent Lalande met son savoir-faire unique au service des passionnés d’archerie. Ses méthodes exclusives sont reconnu dans le monde entier : elles permettent une amélioration immédiate et flagrante des résultats, que ce soit pour les néophytes ou pour les archers les chevronnés, pour la chasse à l’arc ou le tir sportif.
Son expertise ne s’arrête pas au matériel : il enseigne aussi une méthode de tir alternative, développée spécialement pour la chasse mais adaptable à toutes les disciplines de parcours. Simple, efficace, accessible à tous, elle permet d’exploiter pleinement la capacité personnelle de chaque archer dès sa première mise en application.
Quel que soit votre niveau ou votre matériel, le travail de Vincent Lalande vous ouvre les portes d’une progression immédiate, tangible, et durable. Pour découvrir l’ensemble de ses prestations et entrer en contact : https://vincent-lalande.fr/












Laisser un commentaire