Morbihan : un trail annulé pour une battue demandée par la SNCF

Collision train avec des sangliers

Le Trail de la Ria d’Etel, qui devait se dérouler les 10 et 11 octobre à Nostang, dans le Morbihan, n’aura finalement pas lieu. En cause, une battue administrative qui entraînera la fermeture de la RN 165 et le détournement de milliers de véhicules par le bourg. Mais contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture trop rapide de l’affaire, les chasseurs ne sont pas à l’origine de cette opération par simple convenance cynégétique. Selon les organisateurs, elle répond à une demande de la SNCF afin de sécuriser les voies face à la présence de sangliers.

Jusqu’à 3 000 véhicules par heure dans Nostang

La 23e édition du Trail de la Ria d’Etel devait réunir marcheurs et coureurs le temps d’un week-end autour de Nostang. Les organisateurs ont finalement annoncé son annulation en raison d’une battue administrative nécessitant la fermeture de la RN 165. Le trafic routier sera alors reporté vers le bourg, avec une prévision spectaculaire pouvant atteindre 3 000 véhicules par heure. Dans ces conditions, les traversées de rues nécessaires au déroulement des épreuves ne peuvent évidemment plus être sécurisées. La battue n’a donc pas été programmée pour permettre à quelques chasseurs de profiter tranquillement d’un dimanche de chasse. L’objectif annoncé est tout autre : intervenir sur des sangliers présents à proximité des infrastructures ferroviaires et qui constituent un risque pour les circulations. Ce type d’opération est d’ailleurs loin d’être inédit dans ce secteur du Morbihan.

Entre RN 165 et voie ferrée, des zones refuges pour les sangliers

En octobre 2025 déjà, la préfecture du Morbihan avait organisé une battue administrative entre Brech et Landévant, avec le concours de SNCF Réseau, de la Direction interdépartementale des routes de l’Ouest et de la Fédération départementale des chasseurs du Morbihan. L’État expliquait alors que les parcelles enclavées entre la RN 165 et la voie ferrée étaient difficiles à chasser dans des conditions normales de sécurité et pouvaient ainsi devenir de véritables zones refuges pour les sangliers et les chevreuils. Le phénomène est suffisamment sérieux pour que les services de l’État indiquent que le Morbihan est depuis plusieurs années le département breton le plus touché par les collisions avec la grande faune. Entre routes et voies ferrées, leur nombre avait été multiplié par trois en une dizaine d’années. Une précédente battue administrative organisée en 2023 entre Landévant et Brandérion répondait déjà au même problème.

Plus de 2 500 animaux heurtés par les trains en un an

Les chiffres nationaux de la SNCF permettent surtout de comprendre pourquoi le gestionnaire du réseau prend la question très au sérieux. En 2024, 2 562 collisions avec des animaux sauvages ont été recensées sur le réseau ferroviaire français, contre 1 236 en 2015. Le nombre de heurts a donc plus que doublé en moins de dix ans. Le sanglier est de très loin l’un des principaux responsables de ces perturbations. SNCF Réseau estime qu’il représente à lui seul 43 % des collisions avec la faune. En moyenne, quatorze trains par jour sont retardés à la suite d’un choc avec un sanglier et, pour la seule année 2024, plus de 5 000 trains ont été retardés ou supprimés pour cette raison.

Plus de 300 000 minutes de retard et des millions d’euros

Les conséquences ne se limitent pas à quelques minutes de retard. Selon les chiffres publiés par le groupe SNCF, les collisions avec les animaux ont entraîné 302 343 minutes perdues sur le réseau en 2024. Leur coût global en matériel et main-d’œuvre s’est élevé à 2,17 millions d’euros, et encore ce montant ne comprend-il pas les TGV. Lorsqu’un grand animal comme un sanglier ou un cervidé est percuté, les dégâts peuvent être considérables. La SNCF indique qu’une collision avec un grand animal peut coûter jusqu’à 150 000 euros et entraîner plusieurs heures de perturbations. En Bretagne, TER BreizhGo rappelle de son côté qu’un simple choc avec un sanglier occasionne déjà en moyenne plusieurs milliers d’euros de réparations. Ce phénomène n’a rien de nouveau. Dès 2022, les collisions avec la faune sauvage avaient affecté 10 328 trains en France et provoqué 265 289 minutes de retard. SNCF Réseau les classe parmi les facteurs extérieurs pesant le plus lourdement sur la régularité ferroviaire.

Des chasseurs sollicités pour résoudre le problème

La SNCF ne se contente d’ailleurs pas d’installer des clôtures ou des dispositifs anti-intrusion. Elle travaille également avec les fédérations de chasseurs et dispose de régulateurs spécialisés dans la gestion de la faune sauvage aux abords des voies. Dans plusieurs régions, des conventions existent entre SNCF Réseau et les fédérations des chasseurs afin d’identifier les zones à risque et de réduire le nombre de collisions. L’annulation du Trail de la Ria d’Etel est évidemment une mauvaise nouvelle pour les organisateurs et les participants. Mais faire porter la responsabilité de cette annulation sur « la chasse », comme l’ont fait certains de nos confrères de la presse locale, est particulièrement réducteur. À Nostang, les chasseurs et les lieutenants de louveterie interviennent dans le cadre d’une opération de régulation destinée à sécuriser des infrastructures routières et ferroviaires confrontées à la présence de grande faune. Et au regard des chiffres de la SNCF, le problème est tout sauf anecdotique.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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