Comme nous vous le révélions hier, avec 1 015 429 sangliers prélevés durant la saison 2025-2026, la France vient de franchir un seuil historique. Mais derrière ce record national se cachent de fortes disparités territoriales. Onze départements dépassent les 20 000 animaux prélevés, avec un trio de tête composé du Gard, du Loir-et-Cher et de l’Ardèche. Tour d’horizon des territoires où les chasseurs ont réalisé les tableaux les plus importants.
Le Gard, champion de France des prélèvements
Le bilan établi par le réseau Ongulés sauvages, associant l’Office français de la biodiversité (OFB), la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et les fédérations départementales, permet de mesurer l’ampleur des prélèvements de sangliers dans chaque département français. Avec 37 544 animaux prélevés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, le Gard occupe la première place nationale, devant le Loir-et-Cher, qui totalise 31 348 sangliers. L’Ardèche complète ce podium avec 28 035 animaux, confirmant l’importance des prélèvements dans les départements du sud de la France. Ces trois territoires présentent pourtant des caractéristiques différentes. Le Gard et l’Ardèche possèdent d’importantes surfaces boisées, des secteurs de garrigue et des reliefs offrant de nombreux refuges aux suidés. Le Loir-et-Cher, quant à lui, associe de vastes massifs forestiers, notamment en Sologne, à des espaces agricoles particulièrement favorables à l’espèce. Au total, onze départements ont dépassé les 20 000 prélèvements au cours de la dernière saison. Voici le classement national :
| Département | Sangliers prélevés |
|---|---|
| 1. Gard | 37 544 |
| 2. Loir-et-Cher | 31 348 |
| 3. Ardèche | 28 035 |
| 4. Cher | 25 199 |
| 5. Hérault | 24 821 |
| 6. Dordogne | 23 944 |
| 7. Meuse | 23 301 |
| 8. Côte-d’Or | 22 370 |
| 9. Loiret | 22 058 |
| 10. Aisne | 21 357 |
| 11. Seine-et-Marne | 20 281 |
Ce classement met en évidence la diversité des territoires concernés. Si les départements méridionaux occupent une place importante, les grandes régions forestières et agricoles du Centre, du Nord et de l’Est enregistrent également des prélèvements considérables.
Des progressions parfois spectaculaires
Au-delà des volumes absolus, le bilan 2025-2026 révèle des augmentations particulièrement importantes dans plusieurs départements. Seize d’entre eux enregistrent une progression supérieure à 25 % par rapport à la saison précédente. Les Alpes-Maritimes arrivent largement en tête avec une hausse de 74 %, suivies du Val-de-Marne (+ 66 %) et des Deux-Sèvres (+ 62 %). La Saône-et-Loire connaît également une forte progression (+ 48 %), devant la Seine-et-Marne (+ 41 %), le Cher et la Vendée (+ 40 % chacun). Le Loir-et-Cher, déjà deuxième au classement national, voit ses prélèvements bondir de 38 %. Le Loiret et le Haut-Rhin affichent chacun une augmentation de 34 %, suivis du Rhône (+ 33 %). Les Bouches-du-Rhône, la Manche et la Sarthe progressent pour leur part de 32 %, tandis que le Vaucluse (+ 31 %) et l’Aveyron (+ 30 %) complètent cette liste. À l’inverse, certains départements enregistrent un recul de leurs tableaux, notamment le Maine-et-Loire et le Lot. Ces disparités montrent que la progression des prélèvements ne concerne pas uniformément l’ensemble du territoire national.
Une expansion qui ne date pas d’hier
Le million de sangliers prélevés constitue un record historique, mais s’inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs décennies. En vingt ans, le nombre d’animaux prélevés par les chasseurs français a plus que doublé. Plusieurs facteurs contribuent à expliquer cette évolution, à commencer par l’extraordinaire capacité de reproduction de l’espèce. Une laie adulte peut donner plusieurs fois par naissance à une portée de cinq ou six marcassins, parfois davantage selon son état physiologique et les ressources alimentaires disponibles. Les conditions climatiques jouent également un rôle déterminant. Des hivers moins rigoureux limitent la mortalité naturelle, notamment chez les jeunes animaux, tandis que les automnes favorables à la production de glands et de faînes améliorent les conditions alimentaires. La diversité des paysages agricoles et forestiers offre par ailleurs au sanglier d’excellentes possibilités de refuge et de nourrissage. Autant de facteurs qui contribuent à expliquer pourquoi les chasseurs doivent maintenir une pression de prélèvement importante dans de nombreux départements.
Des tableaux qui ne disent pas tout
Si les chiffres publiés par l’OFB témoignent d’une mobilisation considérable des chasseurs, ils ne constituent pas à eux seuls une mesure exacte des populations présentes. Le nombre de sangliers prélevés dépend également de l’effort de chasse, des possibilités réglementaires, des caractéristiques des territoires et des conditions météorologiques. Aurélie Barboiron, administratrice du réseau Ongulés sauvages au sein de l’OFB, souligne d’ailleurs l’existence de fortes disparités entre les départements. Contrairement à d’autres espèces de grand gibier, le sanglier n’est généralement pas soumis à un plan de chasse fixant des attributions minimales et maximales. Sa gestion repose notamment sur les dispositifs réglementaires et les décisions prises au niveau départemental, en concertation avec les différents acteurs concernés. La progression des prélèvements doit donc être appréciée en tenant compte de l’ensemble de ces paramètres.
Jusqu’à 100 millions d’euros de dégâts agricoles
Derrière les performances cynégétiques se cache également une réalité économique particulièrement préoccupante. Selon la Fédération nationale des chasseurs, les dégâts agricoles occasionnés par les sangliers représentent désormais de l’ordre de 90 à 100 millions d’euros par an. Une charge financière considérable, puisque le financement de l’indemnisation des dommages agricoles imputables au grand gibier repose principalement sur les structures cynégétiques et les contributions des chasseurs. Les conséquences de la forte présence des sangliers dépassent d’ailleurs largement le seul monde agricole. La SNCF a ainsi recensé quelque 1 400 collisions entre des trains et des sangliers en 2025, soit une augmentation de 27 % par rapport à 2024. Face à cette situation, les possibilités de chasse de l’espèce ont progressivement été étendues au cours des dernières années. Selon les départements et les modalités réglementaires applicables, les interventions peuvent désormais s’inscrire dans une période allant du 1er juin au 31 mai suivant. Avec plus d’un million de sangliers prélevés en une seule saison, les chasseurs français démontrent une nouvelle fois l’ampleur de leur engagement dans la régulation de l’espèce. Mais les fortes progressions enregistrées dans de nombreux départements rappellent également que cette mission de gestion est loin d’être achevée. Le sanglier continue de bénéficier de conditions favorables à son développement, imposant une mobilisation durable du monde cynégétique pour contenir les dommages qu’il occasionne.












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