Sangliers : les Pyrénées-Orientales multiplient les tirs de régulation

Sangliers

Battues administratives, tirs de nuit et restrictions d’accès à certains secteurs : dans les Pyrénées-Orientales, plusieurs communes doivent prendre des mesures exceptionnelles pour faire face aux sangliers. De Llupia à Rodès, les interventions se succèdent, illustrant un phénomène qui dépasse largement les frontières du département et touche désormais une grande partie de la France.

À Llupia, une battue administrative le 25 octobre

La municipalité de Llupia, petite commune située à proximité de Thuir, dans les Pyrénées-Orientales, vient d’annoncer l’organisation d’une battue administrative aux sangliers le dimanche 25 octobre 2026, de 7 heures à midi. L’intervention se déroulera dans le secteur du Cami de la Foun. La mairie a officiellement prévenu les habitants que l’accès à cette zone était « fortement déconseillé » pendant toute la durée de l’opération. Un arrêté municipal prévoit également la fermeture du chemin à la circulation. Des barrières seront installées par les services techniques afin de matérialiser cette interdiction et de sécuriser le périmètre. Ces dispositions illustrent les contraintes nécessaires lorsque des opérations de régulation doivent être organisées à proximité de zones fréquentées par la population. À Llupia, les autorités ne se contentent donc pas de constater la présence de sangliers : elles organisent leur régulation dans un cadre administratif spécifique.

À Rodès, les sangliers seront tirés de nuit

À quelques dizaines de kilomètres, la commune de Rodès est confrontée à une autre situation particulièrement révélatrice. Après plusieurs mois de dégâts répétés, la municipalité a décidé d’autoriser un lieutenant de louveterie à intervenir de nuit afin de prélever les sangliers responsables des dégradations. Les tirs pourront donc être effectués en dehors des horaires habituels de la chasse, dans le cadre des autorisations administratives applicables. L’arrêté précise notamment les conditions de sécurité de ces opérations. Le recours à un modérateur de son n’est pas imposé, ce qui signifie que des détonations pourront être entendues par les riverains. Pour la commune, la situation est devenue suffisamment problématique pour justifier de telles mesures. Et Rodès est loin de constituer un cas isolé.

Un département confronté à une pression croissante

Les sangliers sont désormais régulièrement signalés dans les villages, les zones résidentielles et les secteurs périurbains des Pyrénées-Orientales. Le phénomène concerne notamment le Vallespir, l’agglomération de Perpignan et la Côte Vermeille. À Port-Vendres, une importante battue avait déjà été organisée en 2024 pour réguler les animaux présents dans le secteur de la Mauresque. Mais d’autres interventions administratives ont également été autorisées ces derniers mois. En août 2026, la préfecture a notamment pris plusieurs arrêtés permettant des tirs de jour comme de nuit, avec recours possible à des sources lumineuses, sur différentes communes. À Llo, les mesures répondaient à des dégâts constatés sur des propriétés privées. À Amélie-les-Bains et Arles-sur-Tech, les risques pour la sécurité publique étaient expressément invoqués. D’autres autorisations ont concerné Cases-de-Pène, Espira-de-l’Agly, Opoul-Périllos, Tautavel et Vingrau, après des signalements de dégâts dans les vignobles. L’accumulation de ces décisions montre que les difficultés ne se limitent plus à une ou deux localités. Elles concernent aussi bien des secteurs agricoles que des espaces habités.

Quand les sangliers investissent les villages

Le sanglier possède une capacité d’adaptation remarquable. Opportuniste, omnivore et doté d’un important potentiel reproducteur, il peut trouver dans les espaces périurbains des conditions particulièrement favorables. Jardins, pelouses, potagers, cultures, friches et déchets alimentaires constituent autant de ressources susceptibles de l’attirer. Une compagnie peut retourner plusieurs dizaines de mètres carrés de terrain en une seule nuit, provoquant des dégâts considérables dans les propriétés privées. Les agriculteurs sont également confrontés à la destruction de leurs cultures, notamment les semis, les céréales, le maïs et les prairies. À ces dégradations s’ajoute le risque de collisions routières, particulièrement préoccupant lorsqu’un animal de plusieurs dizaines de kilos traverse brutalement une chaussée. Et lorsque les sangliers s’installent dans des zones où la chasse ordinaire devient difficile, voire impossible pour des raisons de sécurité, la régulation exige des interventions administratives spécifiques. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui dans plusieurs communes des Pyrénées-Orientales.

900 000 sangliers prélevés en France

Ce qui se passe dans les Pyrénées-Orientales n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Dans de nombreux départements français, les chasseurs doivent faire face à des populations de sangliers importantes, entraînant des dégâts agricoles, des intrusions dans les propriétés et des problèmes de sécurité. Les chiffres nationaux permettent de mesurer l’ampleur du phénomène. Selon le dernier bilan établi par le réseau Ongulés sauvages, animé par l’Office français de la biodiversité et la Fédération nationale des chasseurs, 881 372 sangliers ont été prélevés en France au cours de la saison 2024-2025 et les 900 000 ont été dépassés lors de la saison dernière. Plus révélateur encore, le nombre de sangliers prélevés a doublé en vingt ans. Ces chiffres ne constituent pas un recensement direct des populations, mais ils témoignent de l’importance considérable prise par cette espèce dans la gestion cynégétique française. Les conséquences économiques sont également majeures. Les indemnisations des dégâts de grand gibier aux cultures représentent chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros, les sangliers étant responsables de l’immense majorité des dommages. Et il ne s’agit là que des dégâts agricoles entrant dans les dispositifs d’indemnisation, sans compter les jardins ravagés, les aménagements publics endommagés et les autres préjudices supportés par les particuliers.

Les chasseurs en première ligne

Face à cette situation, un constat s’impose : sans l’action quotidienne des chasseurs, les difficultés seraient autrement plus importantes. Chaque année, ils assurent l’essentiel des prélèvements nécessaires à la régulation des sangliers, aussi bien dans le cadre de la chasse ordinaire que lors d’opérations particulières. Battues collectives, affûts et interventions des lieutenants de louveterie constituent les principaux moyens employés pour contenir localement les populations. Il faut également rappeler que les chasseurs supportent une part essentielle du financement de l’indemnisation des dégâts agricoles, par l’intermédiaire de leurs fédérations départementales. Une situation paradoxale : alors que la chasse est régulièrement contestée par les mouvements animalistes, les collectivités font précisément appel aux compétences de chasseurs expérimentés et de lieutenants de louveterie lorsque les sangliers deviennent trop nombreux ou provoquent des dégâts répétés. La réalité du terrain finit ainsi par s’imposer aux discours idéologiques déconnectés du réel. Il ne suffit pas de proclamer son attachement à la faune sauvage pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les agriculteurs et les habitants. La régulation des sangliers exige des connaissances, des moyens humains, une organisation rigoureuse et des prélèvements adaptés aux particularités de chaque territoire.

Réguler avant de devoir intervenir en urgence

Les exemples de Llupia, Rodès et des autres communes des Pyrénées-Orientales illustrent surtout les difficultés auxquelles les autorités sont confrontées lorsque les sangliers occupent des espaces devenus incompatibles avec les modalités habituelles de chasse. Dans ces situations, les battues administratives et les tirs de nuit permettent d’intervenir là où les dégâts ou les risques rendent une action nécessaire. Mais ces opérations ponctuelles ne peuvent, à elles seules, remplacer une politique cohérente de gestion des populations à l’échelle des territoires. La maîtrise du sanglier suppose de maintenir une pression de chasse suffisante, de faciliter les interventions dans les secteurs sensibles et de donner aux chasseurs les moyens d’agir efficacement, dans le respect des règles de sécurité. À travers toute la France, les mêmes difficultés se retrouvent, avec des intensités variables selon les départements. Certaines communes subissent même des situations particulièrement critiques, où les dégâts agricoles et les intrusions en milieu habité deviennent récurrents. Les Pyrénées-Orientales offrent aujourd’hui une nouvelle illustration de cette réalité. Et ceux qui persistent à présenter la chasse comme une activité dont la société pourrait aisément se passer devraient méditer les décisions de ces municipalités : lorsque les sangliers deviennent ingérables, ce sont bien les compétences des chasseurs et des lieutenants de louveterie que les pouvoirs publics mobilisent pour protéger les habitants et leurs biens.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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