Chasse à l’approche : pourquoi choisir la balle Hornady ELD-X ?

Figure suivie par de nombreux passionnés de chasse et de montagne sur les réseaux, Simon Demard, créateur de la page La Tanière du Trappeur a construit son expérience pas à pas, dans les pentes, les cailloux et les longues heures d’observation dans les Hautes-Alpes. Après notre entretien consacré à son parcours et à sa vision de la chasse de montagne, nous lui avons demandé de revenir sur une munition qu’il utilise régulièrement : la Hornady ELD-X.

SC : Simon, pourquoi utilises-tu la Hornady ELD-X lors de tes sorties ?

Simon Demard : L’ELD-X s’est imposée naturellement dans mon choix de munition. Je cherchais une munition pour la chasse à l’approche, avec une trajectoire assez tendue et un pouvoir d’arrêt à moyenne et longue distance. J’ai donc fait mes recherches sur différents sites, j’ai comparé les balistiques, demandé à des amis chasseurs qui l’utilisaient déjà, et l’ELD-X est ressortie. Hornady a eu l’intelligence d’observer ce que peu de fabricants mesuraient réellement : le comportement d’un projectile en vol, après sa sortie du canon. Grâce au radar Doppler, la marque a mis en évidence un phénomène important. Les pointes polymères classiques se déforment sous l’effet de la chaleur aérodynamique. Elles ne fondent pas au sens strict, mais elles perdent suffisamment leur forme pour dégrader le coefficient balistique en cours de trajectoire. Autrement dit, le projectile qui quitte le canon n’est plus tout à fait le même lorsqu’il arrive à 300 ou 400 mètres. C’est de ce constat qu’est née la pointe Heat Shield. Cette pointe brevetée résiste à la chaleur, conserve son profil du départ jusqu’à l’impact et maintient ainsi le coefficient balistique. À longue distance, ce détail change beaucoup de choses. Un coefficient balistique stable offre une trajectoire plus prévisible. Et sur le terrain, cette prévisibilité peut séparer un tir propre d’un animal blessé que l’on ne retrouvera pas.

9,3 x 62 mm

La géométrie du projectile va dans le même sens : ogive sécante, boat-tail optimisé, chemise AMP très régulière. Tout concourt à tendre la trajectoire, limiter la prise au vent et conserver de l’énergie. En montagne, lorsqu’un animal se présente à 200 ou 300 mètres avec un vent de travers, on apprécie une balle qui dérive peu. Ce qui m’a convaincu, c’est aussi son comportement à l’impact. À courte distance, avec une vitesse élevée, l’ELD-X s’ouvre progressivement sans éclater. L’anneau InterLock maintient le noyau dans la chemise et permet de conserver une bonne partie de la masse initiale, autour de 50 à 60 %. À plus longue distance, quand la vitesse résiduelle chute, la chemise plus fine à l’avant déclenche tout de même l’expansion. En clair, le projectile travaille sur une large plage de distances. C’est exactement ce que je recherche. Hornady a développé une gamme très large, avec de nombreux calibres, du .243 Winchester au .338 Lapua Magnum. On retrouve les grands classiques comme le 6.5 Creedmoor, le .270 Winchester, le .30-06 Springfield, le .308 Winchester, le 7 mm Remington Magnum ou encore le .300 Winchester Magnum, mais aussi des références plus spécialisées pour les chasseurs qui cherchent des configurations précises.

SC : Avec quelles armes as-tu pu utiliser cette munition ?

SD : Je l’utilise principalement dans une Weatherby Mark V Backcountry Guide en 6.5 Creedmoor. J’ai choisi ce calibre parce qu’il reste tendu, précis et agréable à tirer, avec un recul modéré. Pour mes approches en montagne, je voulais une arme légère et un calibre capable de garder une belle régularité à distance. Un ami m’avait auparavant fait essayer le 6.5 Creedmoor dans une Blaser K95, avec ses propres rechargements. J’ai immédiatement accroché. Peu de recul, une trajectoire propre, une efficacité réelle sur le terrain : le calibre m’a parlé tout de suite.

SC : Quel résultat as-tu obtenu pour tes groupements ?

SD : J’ai eu la chance de tester une grande partie de la gamme Hornady avec ma Weatherby. Pour chaque munition, j’ai réalisé des séries à 100 mètres sur chevalet, avec cinq balles espacées d’environ trois minutes afin de laisser le canon refroidir correctement. J’avais évidemment l’ELD-X en tête, mais je voulais comparer sérieusement avant de trancher. Au final, c’est cette ogive qui s’est détachée. Le groupement était très propre, avec une belle régularité d’une série à l’autre. Comme je connaissais déjà son efficacité en chasse, le choix s’est confirmé assez vite. J’ai bien sûr testé d’autres munitions pour faire mon choix. La Hornady Match groupe aussi très bien, mais son ogive moins typée chasse m’a laissé sceptique. La Norma Oryx me donne aussi de bons résultats de groupement, mais pas aussi précis que ceux de l’ELD-X.

SC : Peux-tu nous donner les principales données techniques ?

SD : L’ELD-X signifie “Extremely Low Drag eXpanding”. C’est une balle pensée pour la chasse « à distance », avec une idée simple : associer un coefficient balistique élevé à une expansion fiable sur une large plage de vitesses. Sur ma Weatherby Mark V Backcountry Guide en 6.5 Creedmoor, j’utilise la 143 grains. Elle affiche un coefficient balistique G1 de 0,625, ce qui reste excellent pour la montagne. Cela signifie que la balle conserve bien sa vitesse, résiste mieux au vent et garde une trajectoire tendue. Sur les distances que je m’autorise en chasse, généralement entre 100 et 300 mètres, c’est très précis. La pointe Heat Shield joue un rôle central. Contrairement aux anciennes pointes polymères, elle ne se déforme pas sous l’effet de la chaleur aérodynamique. Le projectile conserve donc son profil et sa trajectoire jusqu’à l’impact. L’expansion est annoncée sur une plage comprise entre 1 600 et 3 000 pieds par seconde. En pratique, cela permet à la balle de travailler aussi bien sur un tir rapproché, avec une vitesse élevée, que sur un tir plus lointain, lorsque la balle a ralenti.

Côté grammages, on retrouve notamment :
6.5 Creedmoor : 143 gr
.308 Winchester : 178 gr
.30-06 Springfield : 178 gr et 200 gr
7 mm Remington Magnum : 162 gr
.300 Winchester Magnum : 200 gr et 212 gr

La construction InterLock et la chemise renforcée à l’arrière favorisent la rétention de masse. Cela évite une fragmentation excessive et assure une pénétration suffisante, même sur un animal présenté avec un angle imparfait. Pour moi, c’est une balle destinée aux chasseurs qui prennent le temps de construire leur tir. En montagne, c’est exactement l’état d’esprit qu’il faut adopter.

SC : Quel retour peux-tu faire sur les résultats au tir, les réactions des animaux et le travail de la balle ?

SD : Après plusieurs saisons avec l’ELD-X, j’ai observé un comportement très régulier. Les entrées de balle restent propres et nettes, sans déchirure excessive en surface. Les sorties sont franches. Pour moi, c’est le signe d’une balle qui travaille correctement, sans exploser prématurément. Sur les vidéos au ralenti, l’onde de choc à l’impact apparaît nettement. Le résultat dépend évidemment du placement. Si la balle rencontre l’os, l’effet est foudroyant et l’animal tombe généralement sur place. Si elle traverse les poumons sans toucher la charpente osseuse, la mort intervient par hémorragie très rapidement. L’animal que j’ai récupéré le plus loin de l’anschuss avait parcouru environ 50 mètres après une balle de poumon. Concernant la venaison, tout dépend du placement. Si l’on tire haut dans l’épaule, on abîme forcément de la viande. Mais c’est vrai avec n’importe quelle balle efficace. Personnellement, j’assume mon choix : je préfère une balle qui tue net, quitte à sacrifier un peu de venaison, plutôt qu’un projectile qui traverse sans transmettre assez d’énergie et laisse partir un animal blessé. En montagne, cette question devient encore plus importante. Un chamois blessé dans des barres rocheuses peut devenir irrécupérable. Pour moi, c’est inacceptable. Je cherche donc une munition qui allie précision, expansion et pouvoir d’arrêt.

SC : À quel chasseur conseillerais-tu l’ELD-X ?

SD : Je serais très clair : l’ELD-X n’est pas une balle universelle. Et c’est très bien ainsi. Elle a été conçue pour un usage précis. Employée dans les bonnes conditions, elle devient redoutable. Je la conseille avant tout pour l’approche et l’affût. Son coefficient balistique, sa pointe Heat Shield, sa trajectoire tendue et sa plage d’expansion prennent tout leur sens quand le chasseur dispose du temps nécessaire pour construire son tir. Il faut être posé, stable, sûr de son appui, capable d’analyser l’angle, la distance et l’environnement. En battue, ce n’est pas la philosophie que je recherche. Sur un sanglier lancé à 30 mètres dans les ronces, avec un angle difficile et très peu de temps pour décider, je choisirais une balle plus adaptée à ce contexte, plus agressive à courte distance. En revanche, à l’approche ou à l’affût, l’ELD-X se trouve dans son élément. Sur un chamois à 250 mètres ou un chevreuil posé en lisière au petit matin, elle délivre exactement ce que j’attends : précision, régularité et efficacité.

SC : Avec quel type d’arme cette balle prend-elle tout son sens ?

SD: Si l’on chasse à l’approche ou à l’affût, l’arme doit suivre la même logique : légèreté, compacité, précision. Un kipplauf basculant, mono ou double canon, correspond très bien à cette approche. C’est une arme simple, légère, fiable, sans mécanisme superflu. En montagne, chaque gramme compte. Un seul coup bien placé suffit, et l’ELD-X donne confiance dans ce premier tir. Les carabines linéaires conviennent aussi très bien. Elles permettent un réarmement rapide, conservent souvent une belle stabilité et gardent le tireur dans l’optique si un second coup devient nécessaire. Le verrou d’approche reste, selon moi, une référence. Ma Weatherby Mark V Backcountry Guide correspond parfaitement à ce programme : légère, rigide, précise, avec un fût synthétique stable face à l’humidité et aux variations de température. En revanche, je ne vois pas beaucoup d’intérêt à associer cette balle à une semi-automatique de battue. Non pas parce que la munition serait mauvaise, mais parce que l’ensemble manque de cohérence. On choisit l’ELD-X pour ses qualités balistiques à distance. En battue, on ne les exploite presque jamais.

SC : Quel serait ton mot de la fin ?

SD: Il faut rappeler une chose essentielle : la balle parfaite n’existe pas. Chaque projectile représente un compromis entre distance, vitesse, expansion, pénétration, gibier visé et angle de tir. L’ELD-X est une excellente munition, mais aucune balle au monde ne corrigera un mauvais placement. C’est le chasseur qui fait le travail. La munition ne fait qu’achever ce que la préparation, la lecture du terrain, la maîtrise de l’arme et la décision de tirer ont commencé.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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