Conçu pour la chasse en Afrique au début du XXe siècle, le 9,3×62 continue aujourd’hui encore de séduire les chasseurs européens. Derrière cette cartouche légendaire se cache une histoire mêlant safaris africains, grands cervidés, sangliers massifs et efficacité redoutable sur le terrain. Plus de 120 ans après sa naissance, ce “vieux cheval de bataille” n’a rien perdu de sa superbe.
Une cartouche née pour l’Afrique
Le 9,3×62 voit le jour autour de 1905 sous l’impulsion de l’armurier berlinois Otto Bock. À l’époque, les colons allemands installés en Afrique recherchent une munition capable de tout faire : protéger les plantations, repousser les fauves, assurer le ravitaillement quotidien en viande et affronter les grands animaux du continent. Les calibres alors couramment utilisés, comme le 8x57I ou le 360/8x57R, montrent rapidement leurs limites face à certains gibiers africains particulièrement robustes. L’idée de Bock est simple : créer une cartouche puissante, fiable et accessible, capable d’être chambrée sans difficulté dans les célèbres carabines Mauser 98 qui commencent déjà à bâtir leur réputation à travers le monde.
Contrairement aux lourds express britanniques réservés à une clientèle fortunée, le 9,3×62 se veut pratique, robuste et polyvalent. Avec un étui exploitant au maximum les capacités du boîtier Mauser 98, Otto Bock donne naissance à une munition nettement plus puissante que les cartouches militaires de l’époque. Les premiers chargements proposés par DWM utilisent des projectiles demi-blindés de 19 grammes, soit environ 293 grains, propulsés à environ 650 à 660 m/s dans de longs canons de 65 à 70 cm. Des performances modestes selon les standards modernes, mais qui vont rapidement bâtir la réputation de la cartouche sur le terrain.
Une réputation forgée sur les grands gibiers africains
Très vite, le 9,3×62 acquiert une réputation d’efficacité et de fiabilité exceptionnelle en Afrique. Il devient l’un des calibres les plus employés du continent, bien au-delà des seules colonies allemandes. Le célèbre chasseur et auteur britannique John Pondoro Taylor, pourtant réputé peu tendre avec les munitions continentales européennes, le considérait comme l’un des meilleurs calibres polyvalents jamais conçus pour l’Afrique. Dans son ouvrage African Rifles and Cartridges, Taylor écrit notamment : « Je n’ai jamais entendu aucun reproche à son sujet. Sa pénétration est adéquate pour tous les gibiers (…) malgré l’arrivée des magnums, le 9,3 reste le choix de nombreux chasseurs expérimentés. »
Une reconnaissance loin d’être anodine lorsqu’elle émane d’un homme ayant passé sa vie à chasser les grands animaux africains avec pratiquement tous les calibres existants de son époque. Le Kenya, premier pays africain à imposer un calibre minimum de type .375 H&H pour la chasse des Big Five, accordera même une dérogation spéciale aux utilisateurs du 9,3×62. Une preuve supplémentaire du respect qu’inspirait déjà cette cartouche. De nombreux guides professionnels africains l’utiliseront durablement, notamment en Angola ou en Afrique australe, aussi bien pour accompagner les chasseurs que pour assurer leur propre sécurité face aux animaux dangereux.
Une puissance parfois jugée démesurée… mais rassurante
Lorsqu’on connaît son passé africain, on peut légitimement se demander si le 9,3×62 n’est pas un peu “trop” pour nos sangliers européens et nos cervidés français. Après tout, cette cartouche a été utilisée contre des animaux pouvant dépasser largement les 800 kilos, voire plusieurs tonnes. Mais c’est justement là toute la philosophie du 9,3 : offrir une marge de sécurité considérable. Comme le résument souvent ses adeptes : “qui peut le plus peut le moins”. Et force est de constater que, sur le terrain, cette vieille munition allemande continue d’inspirer confiance à énormément de chasseurs.
Les chargements lourds : la tradition du 9,3
Le chargement emblématique du 9,3×62 reste la balle de 18,5 grammes, standard historique partagé depuis plus d’un siècle avec le 9,3x74R. Avec ces projectiles lourds, même les balles les plus simples suffisent à venir à bout de pratiquement tous les gibiers de la planète, à l’exception peut-être des pachydermes et des très gros buffles africains. Et contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas toujours nécessaire d’utiliser des munitions extrêmement sophistiquées pour nos chasses européennes. Une simple PPU Partizan de 18,5 g permet déjà d’abattre sans difficulté les plus gros sangliers ou cervidés français. Évidemment, les projectiles premium comme les Nosler Partition, Norma Oryx, Sako Hammerhead, Swift A-Frame ou Brenneke Uni Classic ont largement prouvé leur efficacité sur les gibiers les plus lourds et les plus dangereux du globe.
Des projectiles modernes parfaitement adaptés à la battue
Pour la battue européenne moderne, beaucoup de spécialistes considèrent toutefois que les balles de 15 à 16,5 grammes représentent aujourd’hui le meilleur compromis. Norma Oryx, Norma Tipstrike, Vulkan, RWS Driven Hunt, Geco Zero ou encore GPA françaises offrent des performances particulièrement intéressantes sur sangliers et grands cervidés. Ces projectiles plus légers gagnent entre 40 et 80 m/s par rapport aux traditionnelles 18,5 g, tout en générant un recul légèrement plus modéré.
Les balles monolithiques en alliage cuivreux séduisent également de plus en plus de chasseurs. Hornady propose désormais sa ECX spécifiquement pensée pour le marché européen, tandis que les GPA françaises bénéficient aujourd’hui de plus de 25 ans de retour d’expérience sur le terrain. Pour les chasseurs recherchant davantage de polyvalence ou souhaitant allonger les distances de tir, les RWS Speed Tip Pro et Norma Tipstrike de 16,2 g apparaissent comme des solutions particulièrement cohérentes. Quant aux amateurs de montagne ou d’approche plus tendue, des chargements comme les Evo Green ou Ecostrike de 11,9 g donnent presque des allures de .270 Winchester à cette vieille cartouche allemande.
Une cartouche plus moderne qu’elle n’en a l’air
Malgré son âge, le 9,3×62 reste étonnamment moderne dans sa philosophie. Sa vitesse modérée et ses projectiles lourds limitent souvent les dégâts sur la venaison par rapport à certains magnums rapides, à condition bien sûr d’éviter les balles trop fragiles. Bien entendu, aucun chasseur n’a réellement besoin d’un 9,3×62 pour prélever un sanglier de 60 kg ou une biche de 100 kg. Pas plus qu’un .300 Winchester Magnum d’ailleurs. Mais cette cartouche apporte autre chose : une forme de sérénité.
Elle offre une marge de manœuvre appréciable lorsque les angles deviennent compliqués, lorsque les grands cervidés sont au rendez-vous ou lorsqu’un vieux solitaire surgit au mauvais endroit. Même les Américains, longtemps restés assez indifférents au 9,3×62, redécouvrent aujourd’hui ses qualités depuis les années 1990 grâce notamment aux carabines CZ et aux munitions Norma ou Nosler. Et certains n’hésitent plus à le qualifier de “munition polyvalente par excellence”.
Une légende toujours bien vivante
Plus de 120 ans après sa création, le 9,3×62 continue donc de traverser les générations sans prendre une ride. Des savanes africaines aux battues françaises, cette vieille cartouche allemande a survécu à toutes les modes, à tous les effets marketing et à toutes les révolutions balistiques. Et au fond, les mots de Pondoro Taylor résument peut-être encore mieux que tous les essais techniques ce qu’est réellement le 9,3×62 : « Tout ou presque a déjà été dit sur lui depuis des décennies. Et si tant de grands chasseurs lui ont accordé leur confiance pendant plus d’un siècle, c’est probablement qu’il existe de très bonnes raisons.»












Laisser un commentaire