Avec la RMS, Steyr entre à son tour sur le marché des carabines linéaires
Le segment des carabines à réarmement linéaire accueille un nouveau venu avec la Steyr RMS, présentée cette année au Game Fair.
Lire la suiteDans une vidéo publiée par A.C.L. Armureries, à Crouzilles en Indre-et-Loire, un armurier présente un Manufrance Robust 221 en calibre 12/70. Une arme sans luxe tapageur, dont la simplicité mécanique et la solidité expliquent une longévité exceptionnelle. Pour l’auteur de ces lignes, ce fusil possède également une saveur particulière : c’est avec un Robust 222 en calibre 16/70 qu’il a appris à chasser le petit gibier.
L’armurier d’A.C.L. prévient immédiatement les amateurs de gravures profondes et de bois somptueux : le Robust présenté dans la vidéo n’est pas une arme de prestige. Il n’a jamais été conçu pour rivaliser avec les plus beaux fusils artisanaux ou avec l’Idéal, son élégant cousin sorti des ateliers stéphanois. Son nom résume en réalité tout son programme. Il devait être robuste, simple à entretenir, fiable sur le terrain et suffisamment solide pour accompagner un chasseur pendant toute sa vie. « Il fallait que ça fonctionne, que ce soit fiable et réparable. Et aujourd’hui, on sait toujours les réparer », souligne l’armurier en démontant rapidement le devant et en montrant la simplicité de la mécanique. L’histoire de la « Manu » commence officiellement le 17 octobre 1885, lorsqu’Étienne Mimard et Pierre Blachon rachètent pour 50 000 francs la Manufacture française d’armes et de tir. L’entreprise devient ensuite la Manufacture française d’armes de Saint-Étienne, avant d’adopter le nom de Manufrance en 1911. Le Robust apparaît dans les catalogues deux ans plus tard, en 1913.
Dans le catalogue de 1913 évoqué par l’armurier, le prix du Robust se situait entre 110 et 140 francs selon sa configuration. Une somme considérable pour un salarié de l’époque. Acheter un fusil ne constituait donc pas un achat anodin ou impulsif. Le chasseur choisissait une arme destinée à le suivre pendant des décennies, puis à être transmise à un fils, un petit-fils ou un neveu. Plus d’un siècle après son lancement, de très nombreux Robust fonctionnent encore. Certains ont passé davantage de temps dans les bois, les champs et les marais que nombre de chasseurs actuellement en activité. Ils portent parfois les traces de plusieurs générations de mains, mais continuent de fermer correctement et de percuter sans faiblesse. Ce succès ne fut pas confidentiel. Plus de 800 000 Robust auraient été fabriqués jusqu’à la fin des années 1970, ce qui en fait l’un des fusils de chasse français les plus diffusés de l’histoire.
Le Robust est un fusil juxtaposé à chiens intérieurs reposant sur une mécanique de type Anson et Deeley. Le mécanisme est directement logé dans la bascule, contrairement aux armes à platines dont les pièces sont installées sur les côtés. L’ouverture s’effectue à l’aide d’une clé placée sur le dessus de la poignée et l’arme reçoit généralement deux détentes. Sur le Robust 221 présenté par A.C.L. Armureries, le devant est simplement maintenu par un dispositif à ressort. Une pression bien placée permet de le désolidariser des canons, sans commande complexe. Cette simplicité ne signifie pas fragilité. La réputation des Robust les plus emblématiques repose notamment sur leur verrouillage, qui associe un verrou inférieur à des prises supérieures venant renforcer la fermeture de l’arme. La bascule en acier et l’architecture relativement dépouillée du mécanisme facilitent également les réparations et le remplacement des pièces usées.
Le Robust n’a pas existé sous une seule forme. Manufrance l’a constamment fait évoluer, avec des dizaines de références correspondant à des niveaux de finition, des longueurs de canons, des calibres ou des équipements différents. Le modèle 221 présenté dans la vidéo appartient aux dernières décennies de production. Commercialisé au cours des années 1970, il constitue une version simplifiée afin de conserver un prix de vente accessible. Il se distingue notamment du 222 par un verrouillage moins élaboré et une construction des canons simplifiée. Le 221 reste néanmoins un fusil de chasse solide, parfaitement conforme à la philosophie générale de la gamme. Le 222 demeure probablement la version la plus connue. Fabriqué après la Seconde Guerre mondiale et décliné pendant plusieurs décennies, il fut proposé notamment en calibres 12 et 16, avec différentes longueurs de canons et différents chambrages. C’est précisément un Robust 222 en calibre 16/70 que je possède encore aujourd’hui. Il est équipé de l’un des dispositifs les plus célèbres de Manufrance : la bretelle automatique intégrée à la crosse. Une petite ouverture pratiquée dans la partie arrière de la crosse laisse sortir une fine bretelle de cuir. Après utilisation, celle-ci s’enroule automatiquement à l’intérieur de la crosse. Ce système ingénieux, déjà proposé en option avant-guerre puis largement diffusé après 1949, permettait de disposer d’une bretelle sans qu’elle reste constamment pendante sous le fusil.
Les premières versions du Robust portaient de simples numéros, du modèle 1 jusqu’aux variantes 30, 32 ou 36. À partir des années 1930 apparaissent notamment les 202, 208, 214, 220, 226, 232 et plusieurs versions équipées d’éjecteurs. Après la guerre, la gamme comprend entre autres les Robust 222, 228, 234 et 240. Le 234 bénéficie d’éjecteurs automatiques, tandis que d’autres références proposent des gravures plus travaillées, des canons longs ou des configurations particulières. Le 224 sera notamment associé au calibre 12 Magnum, tandis que certaines versions portant la lettre « S » disposent d’un canon droit rayé « Supra », destiné à produire une gerbe plus dispersante pour les tirs à courte distance. Manufrance commercialisera également des Robust-Idéal, numérotés notamment 268, 274, 280, 286 et 292, combinant des éléments des deux familles d’armes. Dans les années 1990, une tentative de relance donnera naissance aux Robust 322, 324 Magnum et 326 Bécassier. Une version Express à canons rayés, la 450, sera également proposée.
Pour moi, le Robust n’est pas seulement un morceau du patrimoine industriel français. Il reste mon premier fusil de chasse. C’est avec mon 222 en calibre 16/70 que j’ai appris à chasser le petit gibier, à épauler un juxtaposé, à choisir la bonne détente et à respecter cette mécanique simple dont le fonctionnement devient rapidement instinctif. Et, je l’utilise encore, notamment en palombière ou avec ses chokes Full et demi , il m’offre une palette de possibilités de tir parfaitement adaptée. Il existe aujourd’hui des fusils plus légers, plus modernes et techniquement plus sophistiqués. Pourtant, reprendre un Robust procure une sensation particulière. Son équilibre, sa clé d’ouverture, ses deux canons juxtaposés et le petit bruit de sa bretelle automatique réveillent immédiatement des souvenirs. L’armurier d’A.C.L. résume finalement parfaitement ce que représente cette arme : « La tradition, elle est là. Elle est d’acheter quelque chose de fiable, de robuste et que l’on peut transmettre de génération en génération. ». Le Robust n’était peut-être pas conçu pour devenir une pièce de musée. Il était destiné à chasser. C’est précisément parce qu’il a si bien rempli cette mission qu’il est devenu une légende.
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Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.