Pendant des années, l’interdiction de la chasse dans les parcs nationaux a été présentée comme une avancée majeure pour la protection de la biodiversité. Mais dans le parc national de Doñana, en Espagne, cette vision se heurte aujourd’hui à une réalité beaucoup plus complexe. La prolifération des sangliers menace désormais plusieurs espèces d’oiseaux protégées, au point que les scientifiques parlent d’une véritable urgence écologique.
Un sanctuaire devenu un cas d’école
Situé en Andalousie, Doñana est considéré comme l’un des espaces naturels les plus importants d’Europe. Ses marais accueillent chaque année des milliers d’oiseaux migrateurs et abritent de nombreuses espèces protégées. C’est précisément pour préserver cet écosystème exceptionnel que les organisations écologistes ont longtemps défendu l’interdiction de la chasse dans ce type de territoire. À l’époque, des associations comme Ecologistas en Acción ou SEO/BirdLife voyaient dans la suppression de toute activité cynégétique un moyen de renforcer la protection de la faune sauvage. Mais plusieurs années après l’entrée en vigueur de ces mesures, les conséquences observées sur le terrain sont loin de correspondre aux objectifs affichés.
Des sangliers devenus les principaux prédateurs des nids
Privées de toute régulation cynégétique et en l’absence de grands prédateurs capables de limiter efficacement leur expansion, les populations de sangliers ont fortement augmenté dans certaines parties du parc. Omnivores et particulièrement opportunistes, les suidés s’attaquent désormais massivement aux nids d’oiseaux installés dans les marais. Les chercheurs ont constaté des taux de destruction atteignant parfois 70 à 80 % des nids sur certains secteurs. Parmi les espèces concernées figurent notamment le morito común, la garza imperial, la gaviota picofina, la cigüeñuela, le fumarel cariblanco ou encore la canastera. Pour ces espèces pourtant placées au cœur des politiques de protection, les conséquences sont particulièrement lourdes avec des échecs de reproduction observés dans plusieurs colonies.
Quand l’idéologie se heurte à la gestion de terrain
La situation actuelle alimente un débat de fond sur la gestion des espaces naturels protégés. Les mêmes mesures qui devaient favoriser la biodiversité contribuent aujourd’hui à fragiliser certaines espèces emblématiques du parc. La Fédération andalouse des chasseurs n’a d’ailleurs pas caché son agacement face à cette situation, rappelant que « les mêmes qui se sont battus pour obtenir l’interdiction de la chasse dans les parcs nationaux, subissent maintenant les conséquences ». Au-delà de la prédation sur les oiseaux, les sangliers modifient également les habitats en retournant les sols, favorisant parfois la progression de plantes invasives. Leur présence croissante à proximité des zones agricoles et habitées entraîne également des dégâts matériels et un risque accru de collisions routières.
Une urgence écologique qui relance le débat sur la régulation
Face à l’ampleur du phénomène, les scientifiques de l’Estación Biológica de Doñana ont lancé plusieurs alertes. Certains parlent désormais d’une véritable « urgence écologique ». Des solutions alternatives ont été testées, notamment l’installation de clôtures électriques destinées à protéger les zones de nidification. Mais les résultats obtenus restent insuffisants face à l’adaptabilité des sangliers et à la rapidité de leur expansion. L’exemple de Doñana démontre ce que le monde de la chasse sait et affirme depuis longtemps : protéger la nature ne consiste pas toujours à laisser faire cette nature. Dans des territoires profondément transformés par l’homme et où les grands prédateurs ont disparu ou sont absents, la gestion des populations animales demeure parfois indispensable pour préserver les équilibres écologiques. Pour de nombreux chasseurs, cette situation illustre ce qu’ils défendent depuis longtemps : la régulation de certaines espèces n’est pas incompatible avec la protection de la biodiversité. À Doñana, ce sont aujourd’hui les oiseaux que l’on voulait préserver qui en paient le prix.












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