Face aux évolutions réglementaires françaises et européennes concernant les armes civiles, plusieurs acteurs majeurs du tir sportif, du ball-trap, du biathlon et de l’armurerie ont décidé d’unir leurs forces. C’est dans ce contexte qu’est né le Comité Héraclès, une structure destinée à défendre les intérêts des détenteurs légaux d’armes et des professionnels du secteur. Mais quels sont ses objectifs réels, son rôle auprès des pouvoirs publics et les enjeux qu’il entend porter dans les années à venir ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré deux figures de cette nouvelle organisation : Yvan Pham, président du Comité Héraclès, et Bertille Seive, secrétaire générale, qui reviennent sur la genèse du projet, ses ambitions et les défis auxquels le secteur est confronté aujourd’hui.
Qu’est-ce que le Comité Héraclès ?
Créé en 2025, le Comité Héraclès rassemble plusieurs organisations représentatives des usages civils et sportifs des armes à feu en France. Parmi ses membres fondateurs figurent le SNAFAM, qui représente les professionnels de l’armurerie, la FFTir pour le tir sportif, la FFBT pour le ball-trap et la Fédération Française de Ski à travers sa section biathlon. L’objectif affiché est de parler d’une seule voix auprès des institutions françaises et européennes afin de défendre les pratiques légales liées aux armes, qu’il s’agisse du tir sportif, du ball-trap, de certaines disciplines olympiques ou encore des activités économiques de la filière armurière. Le comité entend également intervenir dans le débat public afin de lutter contre les amalgames entre délinquance armée et détention légale d’armes, tout en participant aux discussions sur les futurs textes réglementaires susceptibles d’impacter plusieurs centaines de milliers de pratiquants en France.
Interview
BSL : Yvan Pham, pourquoi avez-vous eu l’idée de créer Héraclès ?
YP : Au SNAFAM, nous représentons à la fois les armes de chasse et les armes de tir. Nous estimions que la chasse était déjà bien défendue, notamment par la Fédération nationale des chasseurs, mais que le tir sportif l’était beaucoup moins. Plusieurs acteurs partageaient ce constat, notamment la Fédération Française de Tir et la Fédération Française de Ball-Trap. Nous avons donc décidé de créer une nouvelle structure capable de défendre efficacement les intérêts du tir sportif, du ball-trap, du biathlon et de la filière armurière. L’objectif est de disposer d’un véritable outil d’affaires publiques capable de dialoguer avec les administrations et les décideurs.
BSL : Pourquoi avoir intégré la Fédération Française de Ski à travers le biathlon ?
YP : C’est un choix stratégique, mais pas seulement de notre part. La Fédération française de ski estimait également que les problématiques liées aux armes, essentielles pour le biathlon, n’étaient pas suffisamment entendues par les administrations. Le biathlon est une discipline olympique extrêmement populaire, qui apporte une dimension sportive forte et une image très positive auprès des ministères et des administrations. En unissant nos forces, nous avons pu porter plus efficacement nos sujets communs. Aujourd’hui, nous ne sommes plus simplement perçus comme des armuriers ou des chasseurs, mais également comme des acteurs du sport de haut niveau.
BSL : D’autres fédérations pourraient-elles rejoindre le Comité Héraclès à l’avenir ?
YP : Je l’espère. J’aimerais voir rejoindre le comité d’autres acteurs importants du secteur. Pourquoi pas l’UFA, pourquoi pas la Fédération nationale des chasseurs lorsque les circonstances le permettront. Plus nous serons nombreux à défendre les usages légitimes des armes, plus nous serons efficaces.

BSL : Pourquoi avoir choisi le nom « Héraclès » ?
YP : Nous avons étudié plusieurs pistes. Nous voulions un nom fort, symbolique, qui évoque l’histoire, la puissance et les armes sans être clivant. Après différentes réflexions menées avec nos conseils, le choix s’est porté sur Héraclès.
BSL : Quels ont été les premiers dossiers traités par le comité ?
YP : Le premier grand sujet a été celui de l’interdiction du plomb. Nous avons participé aux discussions avec de nombreux acteurs. La position française a finalement contribué à faire évoluer le calendrier européen. C’est un dossier important qui montre que lorsqu’on travaille ensemble, on peut obtenir des résultats concrets.
BSL : Sur quels autres sujets travaillez-vous actuellement ?
YP : Nous travaillons notamment sur l’affiliation des clubs aux fédérations sportives. Aujourd’hui, certains clubs accueillent du public sans être soumis aux mêmes contraintes réglementaires que les structures affiliées. Nous souhaitons que tous les acteurs respectent un cadre cohérent. Nous travaillons également sur les questions liées à la sécurisation des armureries et sur plusieurs dossiers réglementaires concernant les armes.
BSL : Les relations entre les armuriers et les fédérations sportives ont-elles évolué ?
YP : Oui, clairement. Au départ, il existait parfois une certaine méfiance réciproque. Aujourd’hui, nous travaillons ensemble et chacun comprend mieux les contraintes de l’autre. Notre message est simple : nous ne sommes pas des ennemis. Nous sommes là pour travailler ensemble. L’avenir du tir sportif passe aussi par des investissements et des infrastructures performantes, et les armuriers ont un rôle à jouer.
BSL : Bertille Seive, concrètement, qu’est-ce qui a rendu nécessaire la création d’une nouvelle structure comme Héraclès ?
Bertille Seive : Pendant longtemps, les différents acteurs du secteur se parlaient finalement assez peu. Certains dossiers auraient pu être réglés très simplement avec davantage d’échanges. C’est ce constat qui nous a conduits à organiser d’abord des réunions régulières entre fédérations et professionnels, puis à franchir une étape supplémentaire en créant Héraclès. Aujourd’hui, notre première mission est presque interne : mieux partager les informations, anticiper les conséquences réglementaires et construire des positions communes avant même d’aller défendre nos dossiers à l’extérieur.
BSL : Quel est l’intérêt du biathlon à participer à cette démarche ?
YP : Le biathlon est concerné par toutes les questions liées au transport des armes, à leur détention et à leur utilisation. Ses représentants étaient souvent isolés sur ces sujets. Aujourd’hui, ils peuvent faire entendre leurs problématiques au sein d’un collectif et participer directement aux échanges avec les pouvoirs publics.
BSL : Peut-on imaginer demain un représentant officiel du monde de la chasse au sein du comité ?
YP : Bien sûr. Nous serions ravis d’accueillir un représentant de la Fédération nationale des chasseurs. Il existe déjà des échanges réguliers et une bonne coopération sur plusieurs dossiers. Dès qu’un sujet important concerne les chasseurs et les tireurs sportifs, nous avons vocation à travailler ensemble.
BSL : Les préoccupations des chasseurs et des tireurs sportifs sont-elles aujourd’hui similaires ?
YP : Pas toujours. Les problématiques ne sont pas les mêmes selon les dossiers. En revanche, certaines réglementations touchent l’ensemble des détenteurs légaux d’armes. Dans ces cas-là, il est logique de travailler ensemble.
BSL : Le Comité Héraclès défendra-t-il également les intérêts des chasseurs sur certains dossiers européens ?
YP : Évidemment. Une grande partie de la filière armurière travaille pour la chasse. Sur des sujets comme le plomb ou les réglementations européennes, les conséquences concernent directement les chasseurs. Nous travaillons donc naturellement avec eux lorsqu’il y a des intérêts communs à défendre.
BSL : Selon vous, les principales menaces pour les détenteurs légaux d’armes viennent-elles aujourd’hui de l’Europe ?
YP : Les réglementations européennes représentent effectivement un enjeu majeur. Mais les contraintes peuvent aussi venir de la France, qui choisit parfois d’aller plus loin que ce qui est demandé au niveau européen. Il faut donc être vigilant sur les deux fronts.
BSL : Bertille, comment comptez-vous faire entendre la voix d’Héraclès auprès des décideurs publics ?
Bertille Seive : Notre approche consiste avant tout à expliquer notre univers plutôt qu’à nous opposer systématiquement. Beaucoup de décideurs connaissent mal les réalités du tir sportif, du ball-trap, du biathlon ou de la filière armurière. Nous souhaitons donc développer un travail de pédagogie auprès des parlementaires et des administrations afin qu’ils disposent d’une vision concrète des pratiques, des contraintes réglementaires et des enjeux économiques du secteur. Notre objectif est d’être force de proposition et de construire un dialogue durable avec les pouvoirs publics.
BSL : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le Système d’Information sur les Armes (SIA) ?
YP : Nous avons toujours soutenu le principe du SIA. Sa mise en place a été complexe, mais à terme c’est un outil qui simplifie énormément les démarches. Les délais administratifs sont réduits, certaines procédures sont automatisées et les échanges avec les préfectures deviennent plus fluides. Une fois pleinement opérationnel, ce sera un véritable progrès.
BSL : Pensez-vous que le modèle du SIA pourrait inspirer d’autres pays européens ?
YP : Oui, clairement. Plusieurs pays observent ce qui se fait en France. À terme, il serait même souhaitable d’aller vers une certaine harmonisation européenne afin de simplifier les démarches pour les chasseurs, les tireurs sportifs et les professionnels.
BSL : Le Comité Héraclès travaille-t-il avec des organisations européennes ?
YP : Oui. Le SNAFAM est fortement impliqué au sein de l’IEACS, l’organisation européenne de la filière. Le SNAFAM en porte actuellement la présidence. Nous travaillons également avec plusieurs fédérations et organismes internationaux. L’idée est simple : nous sommes confrontés aux mêmes défis partout en Europe. Il faut donc dialoguer et construire des positions communes.
BSL : Quel est finalement l’objectif à long terme du Comité Héraclès ?
YP : Rassembler plutôt que diviser. Nous sommes tous confrontés à des attaques ou à des restrictions qui concernent les usages légitimes des armes. Plus nous serons capables de travailler ensemble, plus nous aurons de poids auprès des décideurs. Le but du Comité Héraclès est de devenir un lieu de dialogue et d’action au service de tous les détenteurs légaux d’armes.
BSL : Au-delà du travail institutionnel, Héraclès a-t-il également vocation à mener des actions pédagogiques ?
Bertille Seive : Oui, clairement. Notre rôle n’est pas seulement de dialoguer avec les administrations. Nous voulons aussi accompagner les clubs de tir et les professionnels en mettant à leur disposition des outils concrets : fiches pratiques, webinaires, informations réglementaires et retours d’expérience. Nous constatons une forte demande sur ces sujets. L’objectif est d’aider les acteurs de terrain à mieux comprendre les évolutions réglementaires et à professionnaliser certaines pratiques, afin que toute la filière progresse dans le même sens.












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