Pourquoi un champion de tir à l’arc peut échouer à la chasse?

Pourquoi un champion de tir à l’arc peut-il se retrouver en difficulté dès ses premières sorties à la chasse ? Derrière une apparente proximité entre les deux disciplines se cachent en réalité des différences techniques, mentales et balistiques considérables. Stress du face-à-face avec le gibier, tir en conditions dégradées, réglage des lames de chasse ou encore lecture des angles de tir la chasse à l’arc impose des exigences bien éloignées du tir sur cible. Vincent Lalande, expert en archerie, nous éclaire sur la réalité balistique de la chasse à l’arc et démonte plusieurs idées reçues tenaces dans le monde des archers.

So Chasse : Vincent, on imagine spontanément qu’un excellent tireur sportif ferait naturellement un bon chasseur à l’arc. Vous semblez dire que c’est tout l’inverse ?

Vincent Lalande : Pas tout à fait l’inverse, mais presque. Et cela surprend toujours mes interlocuteurs. La vérité, c’est que le tir sportif et la chasse à l’arc sont deux disciplines qui n’ont presque rien en commun, à part l’arc dans la main et la flèche qui en sort. Le reste — le geste, le matériel, l’état d’esprit — diffère radicalement. D’ailleurs beaucoup d’archers de très haut niveau ne comprennent pas leurs échecs dès qu’ils chassent, c’est un signal révélateur.

SC : Qu’est-ce qui les distingue à ce point ?

VL : En tir sportif, vous tirez sur une cible immobile, à une distance connue, avec tout votre temps pour vous concentrer. Vous savez exactement où votre flèche doit aller, vos muscles sont échauffés, votre posture est étudiée, votre respiration est maîtrisée. Tous vos tirs sont réalisés en conditions idéales, vous n’avez plus qu’à gérer mentalement votre analyse de la situation et éventuellement votre stress en compétition.

BSL : Et en chasse, ces conditions disparaissent ?

VL : Toutes, sans exception. Vous devrez résister au choc émotionnel brutal quand le gibier apparaît dans votre champ visuel, puis au stress dès que vous sentirez que le moment décisif du tir approche. Le gibier peut fuir à n’importe quel instant, vous serez donc tenté de précipiter votre tir alors qu’il faut au contraire prendre le temps d’analyser la trajectoire de la flèche à l’intérieur des organes en fonction de l’angle du corps du gibier (on ne vise jamais un point en surface, contrairement au tir sur cible). Il faut également surveiller l’attitude du gibier, la présence ou non de branches ou d’obstacles, tout reprendre à zéro s’il fait le moindre mouvement. Sans oublier que vous devrez souvent tirer en conditions de faible luminosité, de fatigue après une longue approche ou en étant transi de froid après une longue durée d’affût. C’est indéniable : en conditions de chasse réelle, il est impossible de gérer son tir avec autant de facilité qu’en conditions de tir sportif, même pour les plus grands champions. 

SC : Je crois également qu’une lame de chasse peut changer le réglage d’un arc ?

VL : Une lame à l’avant d’une flèche, mécaniquement, c’est comme si vous mettiez des plumes à l’avant : ça dévie votre tir si votre matériel n’est pas parfaitement au point. C’est pour ça que certains archers sont très précis sur leur cible, mais ratent un gibier en parfaites conditions à 15 mètres : si vous réglez votre matériel avec les techniques utilisées habituellement, même par les tireurs de niveau international, alors vous risquez des tirs déviés de 20 à 50 centimètres à 20 mètres par rapport à votre point d’impact habituel, autant avec un arc compound qu’un arc traditionnel. Aucun compétiteur n’est jamais confronté à cette réalité.

SC : Donc la précision pure ne suffit pas ?

VL : Non. Et c’est même la première leçon que doit intégrer un chasseur à l’arc. La vraie question n’est pas « est-ce que je tire bien sur cible ? », mais « est-ce que mon matériel est capable de faire voler une flèche équipée d’une lame de chasse exactement comme une pointe cible ? » Dans la grande majorité des cas, la réponse est non — parce que ce travail-là est extrêmement technique et qu’il est trop souvent mal réalisé.

SC : Quelles qualités faut-il alors, pour bien chasser à l’arc ?

VL : Il faut d’abord être un bon chasseur. Comprendre le gibier, savoir lire ses réactions, anticiper ses déplacements, choisir le bon moment pour tirer. La précision du geste vient en complément, jamais en première ligne. Un chasseur expérimenté qui apprend l’arc progressera bien plus vite qu’un archer sportif qui découvre la chasse.

SC : C’est plutôt rassurant pour vos lecteurs : pas besoin d’être un crack du tir pour s’y mettre ?

VL : Exactement. La chasse à l’arc, c’est avant tout une affaire de patience, d’observation et de bon sens. Le tir n’est que l’aboutissement de tout ce travail. Si vous avez déjà l’œil du chasseur, vous avez déjà l’essentiel : il vous restera à apprendre à utiliser correctement votre arc — et à exiger un matériel parfaitement préparé.

Vincent Lalande
Optimisation des arcs et coaching
Téléphone: 06 89 12 21 87
Mail: [email protected]

Partager cet article


Rédacteur en chef, SoChasse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut