Bergara Cima CF: carbone, précision, légèreté pour chasser au sommet

Bergara Cima CF

J’avais essayé des carabines Bergara de chasse et de tir lorsqu’elles sont arrivées en France. Vantées pour leur extraordinaire précision, elles m’avaient laissé un peu sur ma faim. Pour moi ces carabines se situaient dans la moyenne, bien oui, mais sans plus. Pour ne pas mourir encore plus idiot j’ai emprunté une Cima CF en calibre 308 Winchester à un de mes amis pour une série de tirs et de chasses en montagne. Allons aux résultats.

Description et particularités

La Bergara Cima CF est une carabine de chasse légère basée sur un type de mécanique éprouvé dont, que ça plaise ou pas, l’héritage remonte au Mauser 88 puis 98 et à toutes ses simplifications, de la Winchester 70 à la Remington 700. Ce type d’armes simples, fiables, solides, intemporelles reste une valeur sure pour l’usage cynégétique et sportif. La Bergara ressemble, bien sur, plus à une Remington 700 qu’à un Mauser 98 mais le principe de fonctionnement reste le même.

La carabine est armée et à la sécurité comme le montre l’indicateur d’armement au rouge et la sureté en arrière et sur le blanc. La sureté n’interdit pas l’ouverture de la culasse.

L’alimentation de la chambre et l’extraction de la munition tirée se fait en trois mouvements. Ce type de carabine est très « américain » ce qui est normal lorsqu’on sait que ce marché avale environ 75% de la production de carabines de tir et de chasse. Si on ajoute Canada, Australie et Afrique du sud on comprend tout l’intérêt de ce type d’armes robustes et éprouvées. L’armurier le plus proche est souvent à plusieurs heures de route et pour beaucoup d’utilisateurs la carabine est un outil de tous les jours.

La Cima est prête à faire feu. Si une cartouche est chambrée une pression sur la queue de détente fera partir le coup

Boitier culasse: une base solide au design éprouvé

La mécanique de la Cima CF s’articule sur l’ensemble boîtier-culasse cylindrique B14² de Bergara et un canon « carbone ». Réalisé en inox 410 (norme US) le groupe boitier culasse est disponible en deux tailles: short, pour cartouches de type 308 Winchester et long, pour cartouches jusqu’au 300 PRC. La Cima de l’essai est donc basée sur le boitier court. Il existe une version Premier des boitiers Bergara avec une tête de culasse amovible un peu comme chez Savage. On le retrouve sur les séries Cima Pro. Le boitier cylindrique, « à la Remington 700 », permet d’employer pratiquement tous les accessoires et crosses conçus pour cette dernière. Le tenon de recul, de bonnes dimensions, goupillé, est fermement maintenu en place par un usinage de la face avant du boitier. En regardant vite on pourrait croire qu’il est usiné dans la masse. Le boitier est revêtu d’un traitement Cerakote couleur « Sniper Grey ».

Les cannelures de la culasse sont assez profondes. Elles réduisent le frottement sans nuire à la rigidité. La manœuvre est extrêmement fluide digne de certaines customs

La culasse en acier inox elle aussi est usinée avec des cannelures hélicoïdales comme la Franchi Horizon. Ce type de finition réduit un peu le poids sans altérer la solidité de la pièce. En limitant les surfaces de frottement il améliore la fluidité du mouvement. Sur le terrain les cannelures plutôt profondes peuvent aussi « stocker » les crasses qui pourraient freiner le mouvement de la culasse. A tout ça s’ajoute un petit côté esthétique et « image de marque » qui différencie Bergara des clones de Rem 700. Les tenons de verrouillage à 180° permettant une ouverture à 70° et la forme du levier autorisent le montage d’optiques bas. La cuvette de tir contient un éjecteur à piston. L’extracteur est une petite griffe incluse dans le tenon droit. Les deux font le boulot. On se rappelle que la culasse est de type « push feed »  comme son inspiratrice d’Ilion et qu’elle n’assure pas une alimentation contrôlée. On peut s’en passer vu que ces carabines ne sont pas destinées aux Big Five. La noix de culasse possède un indicateur d’armement visible et tactile. Le boitier est bien entendu percé et taraudé pour monter une optique. Les normes sont du type Rem 700, boitier long ou court. Aucun souci pour les embases et rails qui sont pléthoriques sur le marché de l’accessoire, la Cima étant livrée sans.

En acier inox type 410 le boitier de la Cima reçoit un traitement Cerakote couleur Sniper Grey. Ca ne s’invente pas. A l’arrière du boitier le poussoir de l’arrêtoir de culasse ne possède aucune aspérité pouvant s’accrocher ou blesser un doigt

Le canon

Sur la Cima d’essai le canon est dit « carbone ». Bien entendu il n’est pas réalisé que dans ce matériau. La base est un canon en acier au chrome molybdène de diamètre plutôt réduit sur lequel est enroulé un treillis de fibres de carbone solidarisées par une résine. Ce système permet théoriquement d’obtenir les performances d’un canon lourd en acier de diamètre équivalent mais à moindre poids. Depuis que ce type de canons existe en série (environ 35 ans) la technologie a évolué car on s’est rapidement rendu compte qu’il y avait de petits soucis. Entre autres de précision lorsque les tubes chauffaient en raison des coefficients de dilatation différents entre aciers et carbones (au pluriel). Sur la Cima, Bergara utilise un canon dénommé Cure qui est sensé supprimer ou du moins réduire de façon conséquente ce problème. Les fibres sont, selon Bergara, alignées de façon directionnelle dans l’axe du canon. La technologie Cold Bore doit réduire considérablement la température du canon et donc la dispersion lors de tirs de plusieurs cartouches d’affilé. Nous verrons plus loin.

Bergara affiche fièrement sa garantie de précision sub-moa. Je l’ai vérifiée avec 3 munitions différentes

Pour réduire le poids on peut aussi raccourcir le tube. Bergara emploi les deux techniques. Le canon de notre carabine, de calibre 308 Win, mesure 21,5mm de diamètre pour 51 cm annoncé, en fait un tout petit peu plus de 50cm. Cette longueur convient bien au 308 Win. Bergara l’emploi aussi pour ses Cima CF en 6,5 Creedmoor et 6,5 PRC qui mériteraient bien 5cm de plus. Un frein de bouche, dénommé Omni, fait passer la longueur du canon à 56cm. Le filetage est aux normes US de 5/8x24tpi. Avec un silencieux léger de type « télescopique » la longueur de l’ensemble n’est pas augmentée de beaucoup par rapport à la longueur avec frein de bouche. Intelligemment Bergara a choisi un pas de 10 pouces (254mm) pour son canon. Il permet de stabiliser pratiquement toutes les balles du marché y compris les monolithiques courantes qui souvent oscillent et frappent parfois en travers avec un pas de 12 standard et canon court. Les Cima CF en 270 Win, 7 PRC, 300 Win Mag et 300 PRC possèdent des tubes de 56cm hors frein de bouche.

 Le frein de bouche Omni réduit considérablement le recul modeste du 308 Win

On remarque, et je le regrette, l’absence de calibres européens. Par contre les munitions développées par Hornady sont bien là et pour rester! Ce qui me fait plaisir quand je pense aux nombreux « spécialistes », collègues ou armuriers qui m’ont traité de jobard quand je prédisais le succès des 6,5 Creedmoor et PRC. Fin de l’aparté. La détente Bergara Performance Trigger est facilement réglable de 915 à 1830g sans démontage à l’aide d’une clé Allen. Ce qui convient pour tous les usages cynégétiques et pratiquement pour toutes les situations de tir sportif. Réglée à environ 1100g je ne l’ai pas touchée, ni moi ni mon ami Rémi n’avons été pénalisé. Elle est franche, directe, sans course résiduelle. La sureté, à deux positions, située à droite à l’arrière du boitier ne bloque pas la culasse. Je préférerais un système à la Sako ou X-Bolt.

La crosse carbone: une réussite.

La Cima, comme son nom (sommet, cime, hauteur en espagnol) le laisse penser est destinée principalement aux chasses actives en terrain difficile et escarpé. Aujourd’hui la cure d’amaigrissement pour les armes de ce type passe par la crosse en carbone. Bergara a fait appel à ce matériau avec une crosse monocoque incluant un « mini chassis » intégré  SMC en carbone. On retrouve ce principe chez Peak 44 et ses crosses pour Weatherby. La crosse utilise un procédé propre dénommé RTM (Resin Transfer Molding) pour moulage par transfert de résine, 100% hydrofuge censé supprimer tout risque d’absorbions d’humidité et plutôt résistant aux agressions du terrain. Annoncée à 18 onces soit environ 510g la crosse est plus lourde, un peu moins de 700g. Peut être que le poids annoncé ne comprend pas la plaque couche. Le fond de cette crosse, plutôt plat permet une position très stable lorsqu’on tire, comme moi, avec des appuis de fortune, sac, branches, veste sur un rocher.

Même sans quadrillage poignée et fût permettent une bonne tenue de la Cima

Elle comprend 3 supports de grenadière normalisés, dont deux sur le fut. Bien pratique pour l’utilisation de bipied et autres accessoires plus ou moins utiles qui semblent se généraliser. La plaque de couche antidérapante atténue bien le choc à l’épaule. Il faut dire que le 308 Win, surtout avec le frein de bouche ou le « silencieux », ne cogne vraiment pas. Le dessin du logement de sous garde, de type M5, permet d’adapter d’autres pièces conçues pour les Rem 700. En alliage léger la sous garde reçoit le chargeur amovible en matériau synthétique de type AICS. Il contient 4 cartouches. Son poussoir de déverrouillage ambidextre est surdimensionné (trop à mon gout). Il est facile à actionner même avec des gants.

Prise en main

La Cima Carbon est « râblée », 101,6cm pour 2,830kg avec son rail Picatinny contre 2,600kg annoncée nue. On est bien en présence d’une carabine légère. L’équilibre est bon. La monte d’une optique répartit le poids entre les mains du tireur avec une légère prédominance sur l’arrière. La poignée et le fût sans inserts ni quadrillage ne semblent pas glissants Ils permettent une tenue ferme et stable pour les tirs sans appui, en battue par exemple. Les tirs couchés au sac ou sur appui de fortune ne posent aucune difficulté. La culasse extrêmement fluide permet de réarmer très rapidement surtout avec le boitier court en 308 Winchester ou en 6,5 Creedmoor, deux calibres doux et relevant très peu.

 La Cima au stand, tirs à 100 et 200m

Essais & Chasse

La Cima qui m’a été prêtée était équipée d’une lunette Hawke 4-16×50 tout ce qu’il y a de plus simple. Pas mon choix préféré pour les terrains à fortes dénivelés mais à cheval prêté on ne regarde pas les dents. Voulant me rassurer et vérifier les dires de mes collègues, je suis passé par le stand de tir de la Fare les oliviers le 8 décembre pour des essais de groupements à 100 et 200m. Cette dernière distance étant bien plus révélatrice du niveau de précision d’une carabine de chasse destinée à l’approche et la montagne. J’ai retiré le frein de bouche pour le remplacer par un Stalon XE108, un excellent modérateur de son homologué magnum. Moyennement encombrant il allonge la Cima de 58mm à peine par rapport au frein de bouche pour 380g vérifié. Pour la première séance j’ai employé des Fiocchi FMJ 150gr pour le préréglage et des tirs répétés pour échauffer le tube et vérifier la tenue du réglage. Après une douzaine de cartouches tirées en succession rapide j’ai noté un petit déplacement du groupement deux cm à gauche et 2cm plus haut. Toutes les balles seraient restées largement dans la zone mortelle d’un chevreuil à 200m. On peut dire, dans ce cas de figure, que Bergara ne brasse pas l’air, surtout que dans le monde réel ce genre de tir en situation de chasse n’existe pas. Ensuite j’ai employé des cartouches GGG à balles Sierra MK 168gr standard OTAN. Ayant prêté mon Chrono je me suis basé sur un calcul approximatif et empirique pour établir mes corrections pour un tir à 200m.

Trois Cutting Edge à 100m

Les groupements H+L d’environ 28x20mm pour le meilleur et jamais supérieur à 30x30mm ont confirmé les dire de Bergara: « sub-moa garanteed ».  Tous les tirs ont été réalisés sans chevalet, supports ARCA ou autres qui, sur le web, semblent obligatoires pour tirer droit. Mon support est un appui Millet semi rigide qui me suit depuis 1997 et s’approche de ce que peut être un tir au sac ou sur appui de fortune. Passant aux balles de chasse, j’ai retenu des Sellier et Bellot Cutting Edge de 168gr. Ces balles moins en vue que les américano-scandinaves m’avaient interpellé en 2024, lors d’un essai et chasse avec la Kipplauf tchèque JK S10, par leur précision et efficacité. Après deux coups de réglage un tir à 100m me donne encore moins de la moa malgré une « dispersion » latérale du à une erreur de tenue. Ce qui confirme encore les propos de Bergara et l’excellence de ces Cutting Edge. Comme j’ai prévu un test terrain de la Cima et que Rémi a un bracelet de biche à faire dans les Hautes Pyrénées je confirme le réglage des Cutting Edge à 200m. Trois balles forment un H+L de 29x25mm centre à centre soit, pour les adeptes de la moa, une petite demi à 200m!

Trois Edge à 200m. Le cercle blanc fait 51mm de diameter. Sous les pastilles blanches 6 GGG à balle Sierra MK 168gr

Adjugé vendu on chassera avec la Bergara et les Sellier&Bellot. Comme tout ce qui est planifié est soumis à la loi de Murphy, j’oublie le Stalon, ça me force à tirer 2 balles avant la chasse. L’écart est très faible certainement en raison du canon court et rigide. Après presque 2h30 de crapahute, une forte dénivelé positive, l’approche sur la harde composée de 7 biches, faons et un 10 pointes durera plus d’une heure. Conclue par un seul tir de Remi à un peu moins de 150m, sur zoom 6 et en contrebas. La biche restera sur place dans un chaos de roches et de neige. La Cutting Edge se perdra dans le talweg après avoir cassé les cotes a l’entrée, explosé cœur et artères. L’orifice de sortie confirme une expansion conséquente. Je ne m’étendrais pas sur d’autres expériences cynégétiques avec ce couple Cima CF/Cutting Edge, toutes positives voir spectaculaires. Et la Hawke dans tout ça? Et bien elle a fait de l’excellent boulot ce qui démontre encore qu’on peut chasser et réussir sans faire péter un révolving lorsque nos revenus ne sont pas ceux des patrons du CAC 40.

La Cima CF en action. Après une bonne marche et longue approche la harde est passée en contrebas. Remi sèchera une grosse biche d’environ 115kg d’une seule balle à 148m

En conclusion

Ce test réalisé sans que l’importateur et le fabricant ne soient impliqués, m’a démontré que la fabrication des Bergara Cima CF est d’un excellent niveau ce qui me force à revoir mon premier jugement sur les carabines espagnoles qui, sans être mauvaises, ne m’avaient pas impressionné plus que ça. Les résultats à la chasse de mon ami Thomas de Natura Buy avec une carabine du même type confirment la qualité et l’efficacité de ces armes particulièrement en terrains difficile. Légère, robuste, maniable, facile à trimballer, la Cima CF calibre 308 est un produit que je conseille à celui qui cherche un outil polyvalent, 70% approche, montagne, chasse active et 30% battue. Avec un prix public moyen inférieur à 1800 euros elle enterre la concurrence des T3x Carbon qui coutent près du double et des Browning X-Bolt plus onéreuses de 500/600 euros pour une efficacité globalement similaire. La possibilité d’employer nombres d’accessoires conçus pour les Remington 700 est un avantage supplémentaire pour la Cima CF. Je ne peux m’avancer pour les versions en 300Win Mag ou en 7 et 300PRC mais si elles assurent comme la 308 testée ce sont des outils à envisager si on s’intéresse aux grands gibiers des Rocheuses, de l’Altaï ou des anciennes républiques soviétiques d’Asie Centrale.

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Journaliste depuis plus de vingt ans, Dominique Czermann est l'une des plumes les plus expérimentées de la presse spécialisée chasse. Passionné par les armes, l'optique, la balistique et les innovations technologiques, il consacre une grande partie de son activité à l'essai de carabines, lunettes de visée, viseurs point rouge, systèmes d'imagerie thermique et munitions. Au fil de sa carrière, il a testé plusieurs centaines d'équipements en conditions réelles et suivi l'évolution des plus grands fabricants européens et internationaux. Son approche repose sur une analyse technique rigoureuse, complétée par une pratique régulière du terrain. Au sein de So Chasse, il met son expérience au service de dossiers de fond, de comparatifs et de tests destinés à accompagner les chasseurs dans le choix de leur matériel.

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