Alors que la chasse au gibier d’eau a ouvert le 1er août sur le Domaine public maritime, trois espèces restent totalement exclues des prélèvements. Le gouvernement a prolongé d’un an la suspension de la chasse du courlis cendré et de la barge à queue noire. Quant à l’eider à duvet, il ne pourra pas être chassé avant 2030.
Une ouverture sans trois espèces emblématiques
Des milliers de passionnés ont retrouvé samedi 1er août les côtes, les estuaires et les baies du Domaine public maritime pour l’ouverture de la chasse au gibier d’eau. À la botte, à la passée, au gabion ou à la tonne, cette journée marque traditionnellement le véritable coup d’envoi de la saison pour les sauvaginiers. Mais cette nouvelle ouverture s’accompagne une nouvelle fois de plusieurs restrictions importantes. La chasse du courlis cendré, de la barge à queue noire et de l’eider à duvet demeure interdite sur l’ensemble du territoire métropolitain. Ces trois espèces restent donc totalement exclues des prélèvements, y compris sur le Domaine public maritime.
Un an de plus pour le courlis et la barge
L’arrêté ministériel du 29 juillet 2026, publié au Journal officiel le 31 juillet, suspend la chasse du courlis cendré et de la barge à queue noire jusqu’au 1er juillet 2027. La décision s’applique sur l’ensemble du territoire métropolitain et couvre donc toute la saison cynégétique 2026-2027. Aucun prélèvement de ces deux limicoles ne pourra être réalisé, quelle que soit la méthode de chasse ou la zone concernée. Cette prolongation ne constitue pas une surprise pour les chasseurs de gibier d’eau. Depuis plusieurs années, le gouvernement reconduit les moratoires sans envisager de réouverture, même limitée par un quota national ou par des restrictions géographiques. L’arrêté précédent, signé le 30 juillet 2025, suspendait déjà la chasse des deux espèces jusqu’au 1er juillet 2026. La nouvelle décision prolonge donc cette mesure d’une année supplémentaire.
Le monde de la chasse majoritairement opposé au projet
Le projet d’arrêté avait été soumis à la consultation du public du 3 au 24 juillet 2026. Il avait également été présenté au Conseil national de la chasse et de la faune sauvage le 23 juin. Selon la note officielle du ministère, le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage avait rendu un avis majoritairement défavorable au projet, avec 12 voix contre et seulement 7 voix pour. Cet avis n’était toutefois que consultatif et le gouvernement a décidé de maintenir son texte. Cette opposition traduit les réserves persistantes du monde cynégétique face à des suspensions renouvelées automatiquement. Les représentants des chasseurs défendent depuis longtemps une gestion reposant sur l’évolution réelle des populations, les données scientifiques et, lorsque cela est possible, des prélèvements limités et contrôlés.
Le gouvernement invoque les engagements internationaux
Pour justifier la poursuite du moratoire, le ministère rappelle que le courlis cendré fait l’objet d’un plan international adopté dans le cadre de l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie. Ce plan conditionne une éventuelle réouverture de la chasse en France à la mise en place d’un dispositif international de gestion adaptative des prélèvements. Celui-ci n’ayant toujours pas produit de recommandations permettant une reprise de la chasse, le gouvernement estime que le moratoire doit être maintenu. La situation de la barge à queue noire est différente. Deux sous-espèces fréquentent la France. La barge islandaise connaît une évolution plus favorable, tandis que la sous-espèce continentale demeure plus fragile. Le ministère affirme toutefois que les deux sous-espèces sont extrêmement difficiles à distinguer et que cette identification devient impossible dans les conditions réelles d’un acte de chasse. Cette impossibilité de sélectionner uniquement les oiseaux issus de la population considérée comme la moins menacée est utilisée pour justifier une interdiction totale.
L’eider à duvet suspendu jusqu’en 2030
Contrairement au courlis cendré et à la barge à queue noire, le moratoire concernant l’eider à duvet n’est pas renouvelé chaque année. L’arrêté du 27 août 2025 encadrant la chasse de certains oiseaux a suspendu sa chasse sur l’ensemble du territoire métropolitain jusqu’au 1er juillet 2030. L’interdiction s’appliquera donc encore pendant quatre saisons complètes après celle qui vient de commencer. Lors de la présentation de ce texte, le ministère avait invoqué la « situation particulièrement critique » de cette espèce de canard marin. Le gouvernement avait alors choisi une suspension de longue durée, contrairement aux moratoires annuels retenus pour le courlis cendré et la barge à queue noire. Les chasseurs doivent donc rester particulièrement vigilants lors de l’identification des oiseaux marins, notamment lorsque les conditions de visibilité sont difficiles.
Une réglementation toujours plus complexe
Ces trois suspensions s’ajoutent aux nouvelles règles appliquées depuis la saison dernière à de nombreuses espèces de canards. Quatorze espèces sont soumises à des plafonds de prélèvement, à des limitations par chasseur ou par installation ainsi qu’à une déclaration obligatoire sur l’application ChassAdapt. Le fuligule milouin doit également intégrer pleinement le dispositif de gestion adaptative, avec un plafond national fixé par un arrêté spécifique. Pour les chasseurs de gibier d’eau, la connaissance précise des espèces et de la réglementation devient donc plus indispensable que jamais. Une erreur d’identification peut conduire au prélèvement d’un oiseau dont la chasse est totalement suspendue.
Le choix d’une interdiction plutôt que d’un quota
La nouvelle saison confirme finalement deux approches très différentes de la gestion du gibier d’eau. Pour certaines espèces de canards, l’État accepte désormais le principe de prélèvements limités, déclarés en temps réel et adaptés à l’évolution des populations. Pour le courlis cendré et la barge à queue noire, il continue en revanche de privilégier une suspension totale renouvelée d’année en année. Le gouvernement n’a donc ouvert aucune perspective de réintroduction de prélèvements strictement encadrés pour la saison 2026-2027. Les chasseurs devront attendre les prochaines expertises et les futures décisions ministérielles pour savoir si ces deux limicoles pourront un jour retrouver la liste des espèces effectivement chassables. En attendant, la règle est sans ambiguïté : aucun courlis cendré, aucune barge à queue noire et aucun eider à duvet ne peut être prélevé en France métropolitaine.












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