Rapide, méfiant et capable de spectaculaires changements de direction lorsqu’il est poursuivi, le lièvre d’Europe possède de sérieux atouts pour échapper au danger. Ils ne sont pourtant pas de trop. Du renard aux rapaces en passant par certains corvidés, les prédateurs sont nombreux, particulièrement pour les levrauts. Une pression que les gestionnaires du petit gibier connaissent bien.
Une vie entière passée à découvert
Contrairement au lapin de garenne, le lièvre ne dispose pas d’un terrier dans lequel se réfugier au premier danger. Durant la journée, il se repose généralement dans un gîte, simple dépression du sol dissimulée dans la végétation. Une stratégie qui repose essentiellement sur son camouflage et son immobilité. Lorsqu’un danger est détecté, l’adulte peut en revanche compter sur l’une des armes les plus efficaces du monde animal : sa vitesse. Ses puissantes pattes arrière lui permettent d’atteindre des pointes considérables et, surtout, d’effectuer les fameux « crochets » qui rendent sa poursuite particulièrement difficile. Ses grandes oreilles et ses yeux placés latéralement lui offrent également une excellente capacité à détecter ce qui se passe autour de lui. Mais avant d’atteindre l’âge adulte, encore faut-il survivre aux premières semaines.
Le renard, principal ennemi du levraut
Parmi les prédateurs du lièvre, le renard occupe évidemment une place particulière. S’il n’est pas toujours évident pour lui de capturer un adulte lancé à pleine vitesse, le canidé constitue une menace beaucoup plus sérieuse pour les jeunes. Les levrauts naissent déjà couverts de poils, les yeux ouverts et capables de se déplacer. La hase ne demeure d’ailleurs pas continuellement auprès d’eux. Elle disperse généralement sa portée et revient brièvement pour l’allaitement, limitant ainsi le risque qu’un prédateur découvre tous ses jeunes en même temps. Malgré cette stratégie, les premières semaines restent particulièrement dangereuses. Une étude conduite par l’ONCFS (devenu OFB depuis 2020) sur plusieurs territoires a d’ailleurs confirmé que le renard pouvait diminuer le succès reproducteur du lièvre. Les chercheurs estimaient qu’une diminution de moitié de la densité de renards pouvait faire progresser sensiblement le nombre moyen de jeunes par adulte. Ils précisaient néanmoins que cela ne se traduisait pas automatiquement par une augmentation générale de la population de lièvres, de nombreux autres paramètres intervenant également.
Le danger vient aussi du ciel
Le lièvre doit également surveiller ce qui se passe au-dessus de lui. Certains grands rapaces sont parfaitement capables de capturer un lièvre. L’aigle royal peut notamment s’attaquer à des individus adultes dans les territoires qu’il fréquente, tandis que d’autres rapaces représentent surtout une menace pour les jeunes. Le grand-duc d’Europe est lui aussi un prédateur potentiel. Son activité principalement nocturne coïncide d’ailleurs avec une partie des périodes durant lesquelles le lièvre quitte son gîte pour s’alimenter. Quant aux corvidés, notamment les corneilles, ils peuvent profiter de la vulnérabilité d’un très jeune levraut découvert au sol. Pour un animal dont les petits ne bénéficient d’aucun abri souterrain, les premières semaines constituent donc une véritable course d’obstacles.
Lynx, loups et carnivores opportunistes
Dans les régions où ils sont présents, les grands carnivores peuvent eux aussi ajouter le lièvre à leur menu. Le lynx privilégie généralement des proies plus importantes mais reste un chasseur opportuniste capable de capturer des animaux de taille inférieure. Le loup peut également consommer ponctuellement des lièvres, même si ceux-ci sont loin de représenter l’essentiel de son alimentation. Certains mustélidés peuvent, eux aussi, s’en prendre aux jeunes lièvres. Il faut enfin ajouter les chiens divagants, dont les poursuites peuvent provoquer une dépense énergétique importante ou aboutir à la capture d’un animal, notamment lorsqu’il s’agit d’un jeune ou d’un individu affaibli.
Les chasseurs travaillent aussi sur la prédation
Cette pression explique pourquoi la gestion du lièvre ne peut pas se résumer au nombre d’animaux prélevés pendant quelques semaines de chasse. Depuis longtemps, chasseurs, gardes et piégeurs travaillent sur plusieurs leviers : comptages, limitation des prélèvements cynégétiques lorsque les populations l’exigent, amélioration des habitats, maintien des haies et couverts favorables ou encore régulation de certaines espèces susceptibles d’occasionner des dégâts lorsque leur classement et la réglementation locale le permettent. Le travail réalisé sur le renard ou certains corvidés prend notamment tout son sens pendant la période de reproduction du petit gibier. L’expérimentation conduite par l’ONCFS avait ainsi montré que la diminution de la pression exercée par le renard pouvait soutenir temporairement le succès reproducteur du lièvre. Les chercheurs insistaient toutefois sur la nécessité d’associer cette action à une gestion prudente des prélèvements de lièvres. Autrement dit, il n’existe pas de recette miracle.
Le retour du lièvre se construit sur le long terme
Sur certains territoires où apercevoir un lièvre était devenu exceptionnel il y a encore quelques années, les chasseurs constatent aujourd’hui des densités plus encourageantes. Ces améliorations locales ne peuvent évidemment pas être attribuées à un seul facteur. Conditions météorologiques au moment de la reproduction, qualité des habitats, pratiques agricoles, maladies, pression de prédation et niveau des prélèvements cynégétiques agissent simultanément sur une population. C’est précisément pour cette raison que la gestion du lièvre demande autant de travail. L’ONCFS soulignait déjà que le renforcement durable des populations devait associer plusieurs mesures et que la régulation intensive du renard ne pouvait constituer, à elle seule, une solution permanente. Le retour du lièvre dans certaines plaines constitue donc avant tout une récompense pour les territoires où chasseurs, agriculteurs, piégeurs et gestionnaires ont accepté de travailler sur le temps long. Et lorsque les grandes oreilles recommencent à apparaître régulièrement dans les phares lors des comptages nocturnes, après des années de disette, les efforts consentis prennent alors tout leur sens.












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