.222 Remington : l’ancien roi du renard est-il condamné à disparaître ?

222 Remington

Pendant des décennies, il fut l’un des calibres emblématiques de la chasse au renard et de la régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Précis, rapide, doux à tirer et particulièrement agréable dans une petite carabine à verrou, le .222 Remington a équipé des générations de chasseurs français. À 76 ans, le « Triple Deuce » n’a rien perdu de ses qualités. Pourtant, les nouvelles carabines chambrées dans ce calibre deviennent moins nombreuses et des cartouches plus puissantes et polyvalentes occupent désormais son terrain. Le .222 Remington est-il doucement en train de disparaître ?

Le calibre emblématique de la régulation du renard

Il suffit de discuter avec des chasseurs ayant pratiqué le tir du renard il y a quelques décennies pour que son nom finisse tôt ou tard par apparaître: Le .222 Remington. Une petite cartouche reconnaissable entre toutes, qui a longtemps constitué l’un des couples presque naturels de la chasse au renard avec la carabine à verrou équipée d’une lunette. Faible recul, détonation relativement contenue comparée aux calibres plus puissants, trajectoire tendue et surtout précision remarquable : le .222 avait presque tout pour plaire. Il n’est absolument pas devenu mauvais. C’est le monde qui a changé autour de lui.

Né en 1950 pour tirer petit et loin

L’histoire commence aux États-Unis en 1950. Merle « Mike » Walker, ingénieur chez Remington et lui-même excellent tireur, développe une cartouche entièrement nouvelle. Contrairement à de nombreux calibres de l’époque, le .222 Remington n’est pas issu de la modification d’un étui militaire préexistant. Remington le commercialise dans sa carabine Model 722. Le cahier des charges correspond parfaitement au « varminting » américain : tirer à distance de petits animaux avec une munition précise, rapide et présentant très peu de recul. Avec une balle de calibre réel .224 pouce pesant généralement entre 40 et 55 grains, le petit .222 pouvait propulser une balle de 50 grains aux alentours de 950 à 980 m/s selon les chargements et longueurs de canon. De quoi obtenir une trajectoire particulièrement tendue aux distances auxquelles il avait été conçu pour travailler.

Une réputation de précision devenue légendaire

Le succès dépasse rapidement le monde de la chasse. Mike Walker était également l’un des pionniers du Benchrest moderne, cette discipline dans laquelle l’objectif consiste à réaliser les groupements les plus petits possibles. Et le .222 Remington va rapidement devenir une référence absolue. Pendant plus de deux décennies, il domine les compétitions américaines de Benchrest et acquiert une réputation de précision qui l’accompagne encore aujourd’hui. L’un des épisodes les plus extraordinaires de son histoire survient en 1973. Mac McMillan réalise à 100 yards un groupement de cinq coups officiellement homologué à seulement 0,009 pouce, soit environ 0,23 millimètre une fois retranché le diamètre du projectile selon la méthode de mesure du Benchrest. Le record tiendra pendant quarante ans. Voilà qui permet de comprendre pourquoi plusieurs générations de tireurs ont voué un véritable culte au petit Remington.

Pourquoi est-il aussi précis ?

Aucune cartouche ne possède évidemment de pouvoir magique. Mais les proportions du .222 Remington se sont révélées particulièrement heureuses. Son étui à gorge, son épaulement à 23 degrés et surtout son collet relativement long permettent un excellent maintien du projectile et facilitent l’obtention d’une bonne concentricité. Sa capacité en poudre modérée constitue également un avantage. Le .222 ne cherche pas à obtenir des vitesses extravagantes en brûlant énormément de poudre dans un petit diamètre de canon. Les contraintes thermiques et mécaniques restent donc raisonnables. Le recul est extrêmement faible, ce qui facilite également le travail du tireur. Un spécialiste américain du rechargement estime ainsi qu’un canon peut conserver une précision suffisante pour le varmint pendant 7 000 à 8 000 coups, une longévité remarquable pour une petite cartouche à haute vitesse.

Le calibre qui a fait les beaux jours du renard

En France, le .222 Remington s’est trouvé une seconde carrière particulièrement durable. Pendant des décennies, il est devenu l’un des calibres classiques du tir du renard. Et on comprend facilement pourquoi. Dans une carabine légère à verrou équipée d’une bonne lunette, le recul est quasiment insignifiant. Le tireur peut rester parfaitement concentré sur sa visée et le calibre délivre une précision remarquable aux distances habituelles de tir. Avec les projectiles adaptés, sa vitesse élevée convenait parfaitement aux tirs sur des animaux de petite taille. Le .222 a ainsi accompagné d’innombrables gardes, piégeurs, chasseurs et gestionnaires de territoires. Pour toute une génération, une petite carabine en .222 avec une lunette de 6 ou 8 fois était presque synonyme de « carabine à renard ».

Mais ses qualités sont aussi devenues ses limites

Le problème du .222 Remington n’est donc certainement pas son manque de précision. Il réside davantage dans les caractéristiques pour lesquelles il avait précisément été conçu. Le pas de rayure historiquement très répandu de 1 tour en 14 pouces convient parfaitement aux projectiles légers traditionnels de 40 à 55 grains. En revanche, il limite l’utilisation des longues balles modernes plus lourdes présentant de meilleurs coefficients balistiques. Et avec sa petite capacité de douille, le .222 ne peut évidemment pas rivaliser en vitesse et en énergie avec des cartouches plus volumineuses. À courte et moyenne distance et par temps calme, cela ne constitue pas nécessairement un problème. Lorsque la distance augmente et surtout lorsque le vent se lève, la petite balle légère montre davantage ses limites.

Le .22-250 Remington a repris sa philosophie

Parmi les calibres qui ont progressivement grignoté son domaine, le .22-250 Remington constitue probablement son héritier cynégétique le plus évident. On retrouve le même principe : une balle de petit diamètre lancée à très haute vitesse afin d’obtenir une trajectoire extrêmement tendue. Mais le .22-250 dispose d’une douille beaucoup plus volumineuse. Selon les chargements, une balle d’environ 50 à 55 grains peut largement dépasser les 1 050 m/s. Le résultat est une trajectoire encore plus tendue, davantage d’énergie et surtout une meilleure capacité à allonger les distances. La contrepartie existe évidemment : davantage de recul, de bruit, de consommation de poudre et une usure du canon généralement supérieure. Le .222 est plus sage alors que le .22-250 est beaucoup plus démonstratif.

Et le .243 Winchester joue la carte de la polyvalence

Il y a quelques jours, nous consacrions justement un article au .243 Winchester, autre calibre qui a connu un immense succès auprès des chasseurs. Et c’est probablement là que le vieux .222 souffre le plus. Avec ses projectiles de 6,17 mm beaucoup plus lourds, le .243 Winchester peut parfaitement remplir le rôle d’une carabine destinée au renard avec une balle légère et rapide. Mais il peut faire beaucoup plus. Selon le projectile choisi et dans le respect de la réglementation applicable, il ouvre la porte à la chasse d’animaux nettement plus lourds. Un chasseur souhaitant acheter aujourd’hui une seule carabine polyvalente peut donc légitimement préférer un .243 Winchester à un .222 Remington extrêmement spécialisé. C’est un changement important. Autrefois, posséder une carabine spécialement destinée au renard ou aux espèces classées nuisibles n’avait rien d’exceptionnel. Aujourd’hui, beaucoup d’acheteurs recherchent davantage de polyvalence. Et sur ce terrain, le .222 ne peut pas lutter.

Les carabines neuves deviennent moins nombreuses

C’est probablement là que se situe la véritable menace pour l’avenir du calibre. Une cartouche ne disparaît pas parce qu’elle devient soudainement inefficace. Elle disparaît lorsque les fabricants cessent progressivement de chambrer leurs nouvelles armes pour elle, que les références de munitions se réduisent et que les tireurs choisissent autre chose lorsqu’ils achètent une nouvelle carabine. Aux États-Unis, le recul du .222 Remington ne date d’ailleurs pas d’hier. Gun Digest rappelait encore en mai 2026 que le calibre avait déjà perdu une grande partie de sa popularité dès le début des années 1990. Il demeure néanmoins présent chez certains fabricants européens et plusieurs grands encartoucheurs continuent à proposer des munitions. Mais il suffit de parcourir les catalogues modernes pour constater qu’il n’occupe plus la place qui était la sienne il y a trente ou quarante ans. Et chaque nouvelle génération de carabines qui apparaît sans version .222 Remington réduit mécaniquement son parc potentiel pour l’avenir.

Pourtant, il fait toujours parfaitement le travail

Ce serait toutefois une erreur d’enterrer trop rapidement le vieux Triple Deuce. Pour un chasseur qui possède déjà une bonne carabine en .222 Remington, il existe peu de raisons objectives de s’en débarrasser si son utilisation correspond aux capacités du calibre. Une arme précise, correctement réglée et alimentée avec une munition adaptée demeure aujourd’hui exactement aussi efficace qu’elle l’était il y a vingt ou trente ans. Le renard n’est pas devenu plus résistant. Et à des distances raisonnables, la précision, la faible brutalité et l’agrément de tir du .222 restent difficiles à prendre en défaut. Son problème se situe donc moins sur le terrain que dans les catalogues.

Un vieux roi qui refuse de mourir

À 76 ans, le .222 Remington appartient déjà à l’histoire de l’armurerie moderne. Il fut une référence mondiale du Benchrest, participa à l’essor du tir à longue distance sur les petits nuisibles américains et devint, de ce côté-ci de l’Atlantique, l’un des calibres emblématiques de la chasse au renard. Aujourd’hui, le .22-250 Remington offre davantage de performances dans le même esprit tandis que le .243 Winchester séduit par une polyvalence dont le petit .222 est incapable. Les nouvelles carabines chambrées pour lui deviennent moins nombreuses et son avenir industriel paraît forcément moins assuré qu’autrefois. Mais disparition ne signifie pas obsolescence. Dans les râteliers de milliers de chasseurs se trouvent encore de vieilles Sako, CZ, Anschütz, Remington et bien d’autres carabines en .222 Remington capables de produire des groupements dont certaines armes beaucoup plus modernes pourraient être jalouses. Le .222 Remington n’est peut-être plus le roi. Mais tant qu’il restera des renards, des chasseurs et quelques bonnes boîtes de cartouches, le vieux Triple Deuce n’a probablement pas encore dit son dernier mot.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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