Benelli et Norma choisis par l’Armée de Terre pour la lutte anti-drones

Face à la menace grandissante des drones FPV sur les champs de bataille, l’armée de Terre française poursuit l’adaptation de l’équipement de ses combattants. Dans une vidéo publiée le 5 septembre, le lieutenant-colonel Guilain, de la Section technique de l’armée de Terre, présente le Benelli M4 A.I. Drone Guardian et surtout une étonnante munition spécialement développée pour la lutte anti-drone : la Norma AD-LER. Une cartouche de calibre 12 chargée de quelque 350 grains de tungstène, capable de mettre hors de combat un drone à plusieurs dizaines de mètres.

Un calibre 12 désormais spécialement conçu contre les drones

Au mois de mars dernier, nous évoquions déjà le retour inattendu du calibre 12 dans les armées modernes. Les enseignements de la guerre en Ukraine avaient notamment conduit des militaires français à s’entraîner avec des fusils à pompe ou semi-automatiques et à solliciter les compétences de tireurs de ball-trap pour apprendre à intercepter de petites cibles aériennes rapides. Six mois plus tard, une nouvelle étape semble franchie. Dans une courte vidéo publiée par l’armée de Terre samedi 5 septembre, le lieutenant-colonel Guilain, de la Section technique de l’armée de Terre (STAT), présente une arme pensée précisément pour cette mission. « L’armée de Terre a décidé d’acheter le Benelli M4 Drone A.I., qui est un fusil en calibre 12 qui permet de tirer une grande variété de munitions, dont cette nouvelle munition que je tiens ici, qui est une munition spéciale lutte anti-drone, qui est capable de détruire des drones entre 5 et 60 mètres du combattant débarqué », explique l’officier dans la vidéo. La dénomination commerciale exacte de l’arme est le Benelli M4 A.I. Drone Guardian. Il s’agit d’une déclinaison du célèbre M4 semi-automatique, équipée de la technologie de canon Advanced Impact développée par Benelli afin notamment d’améliorer les performances et la régularité de la gerbe. Le constructeur italien présente lui-même cette arme comme une solution de « dernier recours » contre les petits drones ayant franchi les autres couches de défense.

Une Norma chargée de 34 grammes de tungstène

Mais la véritable curiosité pour les chasseurs se trouve probablement dans la cartouche que tient le lieutenant-colonel Guilain. Il s’agit de la Norma AD-LER, acronyme de « Anti-Drone Long Effective Range ». Extérieurement, nous restons dans quelque chose de particulièrement familier : une cartouche de calibre 12. À l’intérieur, en revanche, le chargement a été spécialement étudié pour endommager des drones FPV dont les châssis, souvent construits en fibre de carbone, sont autrement plus résistants qu’un plateau d’argile. La fiche technique de Norma annonce une cartouche en 12/70 contenant 34 grammes de grenaille n°6 de 2,7 mm à base de tungstène, propulsée à une vitesse initiale de 405 m/s. Le fabricant annonce une portée pouvant atteindre 100 mètres et recommande notamment son utilisation avec le Benelli M4. Selon le spécialiste balistique Paul Bradley, qui a participé à son développement, environ 350 projectiles composent la charge. L’utilisation d’une matrice de tungstène permet de conserver davantage d’énergie qu’avec une grenaille classique de même diamètre.

Pourquoi avoir choisi du n°6 ?

La démarche suivie par Norma ressemble d’ailleurs étrangement à celle que pourrait adopter un fabricant de cartouches de chasse cherchant le meilleur compromis entre densité de gerbe et puissance de chaque projectile. Lors du développement de l’AD-LER, plusieurs diamètres ont été expérimentés. Du n°8 permettait de placer davantage de projectiles dans la gerbe et donc d’augmenter les probabilités de toucher le drone, mais les impacts manquaient parfois d’énergie pour le neutraliser. Des projectiles plus gros apportaient au contraire davantage d’énergie, mais au détriment de la densité de la gerbe. C’est finalement le n°6 qui a été retenu comme compromis entre les deux paramètres. Les essais ont été réalisés sur dix drones FPV construits pour reproduire des appareils rencontrés sur le champ de bataille. Neuf auraient été mis hors de combat. Les destructions ont été obtenues entre 30 et 60 mètres, parfois dès le premier coup et généralement en quelques tirs.

100 mètres sur la boîte, 60 mètres pour l’armée de Terre

Cette donnée permet aussi de mieux comprendre une différence qui pourrait surprendre. Norma annonce officiellement une plage d’utilisation allant jusqu’à 100 mètres. Beretta Defense Technologies évoque également une zone optimale jusqu’à environ 50 mètres et des tirs pouvant être envisagés jusqu’à 100 mètres dans des conditions plus limites. Pourtant, le lieutenant-colonel Guilain donne devant la caméra une plage beaucoup plus raisonnable de 5 à 60 mètres pour le combattant français. Les essais de la munition tendent justement à conforter cette approche. Paul Bradley expliquait encore récemment, après des retours de militaires confrontés à de véritables drones de classe 1, que les utilisateurs recherchaient principalement une efficacité autour d’une trentaine de mètres. Il soulignait également la difficulté considérable que représente un engagement à plus de 100 mètres avec un fusil de calibre 12. Autrement dit, les 100 mètres correspondent davantage à la limite balistique revendiquée par les fabricants qu’à la distance normale à laquelle un soldat peut espérer intercepter un minuscule FPV fonçant vers lui.

Quand une technique de chasse répond à une menace ultramoderne

Le contraste reste saisissant. Face à des drones bardés d’électronique, équipés de caméras et capables d’emporter une charge explosive, l’une des dernières protections du combattant pourrait donc être un principe vieux de plusieurs siècles : envoyer une gerbe de petits projectiles devant une cible volante. Le parallèle avec la chasse et le ball-trap est évident. Là où une balle unique impose de faire coïncider très précisément sa trajectoire avec celle d’une cible petite et extrêmement mobile, la gerbe du calibre 12 multiplie les possibilités d’impact. Ce qui change aujourd’hui, ce sont l’arme, les matériaux et la balistique. Benelli travaille sur la régularité de la gerbe, tandis que Norma remplace les chargements conventionnels par des projectiles à base de tungstène étudiés pour conserver suffisamment d’énergie pour détériorer un rotor, une hélice, une batterie ou les composants d’un drone. La guerre moderne n’a donc pas seulement remis le calibre 12 au goût du jour. Elle est désormais en train de faire naître une véritable génération de fusils et de cartouches spécifiquement conçus pour la lutte anti-drone.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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