À 51 ans, Tony Marmolle chasse depuis une vingtaine d’années avec une meute de briquets griffons vendéens qu’il a construite lui-même, chien après chien. Aujourd’hui à la tête d’une dizaine d’animaux, ce passionné consacre une grande partie de son temps à la chasse au sanglier, principalement dans le Gard.
LS : Pouvez-vous nous présenter votre meute ?
TM : J’ai une dizaine de briquets griffons vendéens. Je chasse avec ces chiens depuis une vingtaine d’années. J’ai commencé avec un chien, puis un autre, ensuite j’ai eu des chiots et j’ai construit ma meute tout seul. Avec les chiots, je suis parfois monté à 13 ou 14 chiens.
LS : Cette passion pour les chiens courants est-elle venue directement avec la chasse au sanglier ?
TM : Non, elle est venue à force d’aller à la chasse. Quand j’étais jeune, je chassais surtout le petit gibier, avec un chien d’arrêt, mais aussi le gibier d’eau. J’ai également chassé le lapin avec des collègues. Puis, petit à petit, il y a eu de moins en moins de petit gibier. Je me suis donc mis au sanglier, d’abord une ou deux fois, puis j’ai pris un chien, puis un autre, et ainsi de suite. C’est comme ça que j’ai monté ma meute. J’essaie aussi de les créancer uniquement sur le sanglier.
LS : Pouvez-vous expliquer comment vous chassez ?
TM : Je suis traqueur. Il m’arrive de me poster, mais c’est très rare. Je chasse beaucoup dans le Gard, environ 80 % de mes battues là-bas. L’année dernière, on a tué, je ne sais pas, autour de 180 sangliers dans le Gard. Devant mes chiens, je pense qu’on en tue entre 100 et 150 par an. Je chasse trois fois par semaine, le mercredi, le samedi et le dimanche.

LS : Avec une dizaine de chiens, cela représente aussi beaucoup de travail en dehors des journées de chasse. Combien de temps consacrez-vous à leur entretien ?
TM : Il faut bien y passer au moins un quart d’heure par jour. Quand il fait chaud, il faut y aller le matin, leur mettre de l’eau fraîche et vérifier que tout va bien. J’y vais tous les matins pour voir si tout va bien, puis tous les soirs. Et lorsqu’il y a un chien malade ou blessé, il faut évidemment l’emmener chez le vétérinaire.
LS : Vous continuez malgré tout à chasser un peu le petit gibier ?
TM : Oui, parfois. Je fais encore une journée par-ci par-là, notamment une journée à la bécasse. Je n’ai plus de chien d’arrêt, alors j’y vais avec des amis. Cela permet de changer un peu.
LS : Dans une meute, il y a forcément des chiens qui prennent davantage le dessus. Est-ce le cas chez vous ?
TM : Il y a toujours un chef de meute. Il y a toujours un chien qui prend le dessus. Même lorsqu’on perd ce chien, il y en a toujours un autre qui finit par prendre le leadership. Là, ça m’est arrivé en mars : j’ai perdu ma chef de meute, Rebelle. C’était une chienne extraordinaire et, depuis, je trouve que c’est un peu le bazar. Mais il y aura toujours un chien qui prendra le dessus. Tant qu’il y a ce chien meneur, les autres restent un peu derrière et l’écoutent beaucoup, même s’ils sont capables de chasser sans lui.
LS : Que s’est-il passé pour Rebelle ?
TM : Elle avait cinq ans. Elle a attrapé une maladie et elle est décédée. C’était une chienne extraordinaire, la meilleure que j’ai connue. Même lorsqu’elle avait perdu la voie pendant longtemps, elle arrivait toujours à se débrouiller et à retrouver les sangliers. Elle avait vraiment quelque chose en plus.

LS : À quoi ressemble une journée de chasse typique avec votre meute ?
TM : Comme je ne chasse pas toujours au même endroit, les journées ne sont pas forcément les mêmes. Dans le Gard, il y a beaucoup de sangliers et on ne fait pas les pieds. Si je vais dans le Gard, je me lève tôt parce que j’ai déjà une heure et demie de route. J’arrive au rendez-vous du matin, on discute et le président nous indique le secteur que l’on va chasser. Il me dit où je dois lâcher les chiens et, ensuite, ils doivent trouver un pied tout seuls. Dès qu’ils trouvent un pied, ils vont lever les sangliers. On lâche vers 8 heures et ensuite, on chasse en continu. On ne s’arrête pas le midi et on chasse jusqu’à 15 ou 16 heures, selon les journées.
LS : À quel âge commencez-vous à intégrer les jeunes chiens à la meute ?
TM : Je les emmène jeunes, déjà pour les habituer à la route et à tout leur environnement. Ensuite, je les laisse dans la voiture pendant un mois ou deux. Puis, si j’ai l’occasion de prendre un petit sanglier, je les intègre petit à petit. Ils prennent rapidement le pli parce qu’ils voient les autres faire.
LS : Pour vous, quelles sont les qualités indispensables pour avoir un bon chien à sanglier ?
TM : Avant tout, c’est le nez. Si le chien n’a pas de nez, ça ne sert à rien. Ensuite, il faut de l’intelligence et du caractère. Pour chasser le sanglier, il faut vraiment que le chien ait du courage. Il ne faut pas qu’il soit peureux, parce que le sanglier peut faire face et foncer dessus. Et s’il se fait blesser, il faut aussi qu’une fois rétabli, il ait envie de retourner chasser. Il faut vraiment qu’il ait du caractère.
LS : Les blessures restent donc un risque important pour les chiens, même avec des gilets de protection ?
TM : Oui, ça arrive. Ils sont tous équipés de gilets, mais ils peuvent quand même être blessés. L’année dernière, j’ai lâché huit chiens et, au bout d’un quart d’heure, ils étaient presque tous chez le vétérinaire. Il y a eu des clavicules cassées et des omoplates cassées. C’étaient de grosses blessures. Il n’y en avait qu’un qui n’avait rien eu. C’était une sacrée casse.
LS : Vous ne lâchez donc pas toujours exactement les mêmes chiens ?
TM : Non, je fais un roulement. Par exemple, je peux en prendre huit le mercredi. Le samedi, si j’en reprends huit, je vais en remettre trois ou quatre qui ont chassé le mercredi et compléter avec d’autres. Ensuite, ceux qui ont chassé le mercredi peuvent aussi chasser le dimanche. Je fais tourner les chiens.
LS : Tous ont à peu près la même endurance ?
TM : Oui, ils ont à peu près la même endurance. Après, il y en a qui donnent l’impression de ne jamais être fatigués, mais c’est aussi parce qu’ils ont tellement envie de chasser qu’ils ne veulent pas s’arrêter.
LS : Vous utilisez des colliers de suivi depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a convaincu de les adopter ?
TM : J’ai des colliers Dogze depuis quatre ou cinq ans. J’avais connu les anciennes générations en 2G, qui fonctionnaient moins bien. Les nouvelles générations ont vraiment fait évoluer les choses. Ce qui m’a aussi intéressé, c’est qu’il n’y a pas d’antenne sur les colliers. Avec les chiens, ça évite qu’ils mangent les antennes.
LS : Vous avez un exemple concret qui vous a particulièrement marqué concernant la portée de ces colliers ?
TM : Oui. Une fois, il y avait plusieurs équipages de chiens autour de nous. Il y avait plusieurs sangliers et il fallait récupérer tous les chiens. Je dis à un collègue que ce n’était pas grave, qu’on irait les chercher après. Une heure plus tard, moi, je captais encore mes deux chiens qui étaient à quatre ou cinq kilomètres, alors que lui ne captait rien du tout. On est donc partis ensemble. On a repris une montagne et, en arrivant à proximité des chiens, son système s’est remis à les capter. En fait, ils étaient tous ensemble. C’est important parce que, sinon, on ne sait pas dans quelle direction partir pour aller les récupérer.

LS : Avant ces colliers, comment faisiez-vous pour suivre vos chiens ?
TM : Avant, j’avais essayé d’autres systèmes. C’était assez cher, parce qu’il fallait payer les communications à chaque fois que l’on voulait savoir où étaient les chiens, avec des SMS notamment. Il n’y avait pas de limite de portée, mais cela revenait très cher. Ensuite, tout le monde s’est mis au Garmin, qui était devenu le système le plus courant. Aujourd’hui, les nouvelles générations de colliers ont vraiment changé les choses.
LS : Le système permettant à plusieurs personnes de suivre les chiens apporte aussi un vrai avantage sur le terrain ?
TM : Oui, c’est vraiment intéressant. Certains collègues peuvent avoir l’application sur leur propre téléphone et accéder à mes chiens. Depuis que je chasse dans le Gard, plusieurs postés l’ont prise. Le soir, ils peuvent notamment m’aider à récupérer les chiens, chacun de leur côté. Ils ont accès à mes chiens comme moi et, de mon côté, je peux aussi voir les autres équipages. Entre traqueurs, on peut se voir et savoir où sont les chiens. Par exemple, si un traqueur cherche un chien à quatre kilomètres de l’endroit où je suis et que je vois qu’un de mes chiens arrive avec les siens, je peux l’appeler pour lui dire : « Attends, j’ai un chien qui arrive avec les tiens. » C’est vraiment pratique pour se coordonner et récupérer les chiens.
LS : Après une vingtaine d’années avec vos chiens, qu’est-ce qui vous donne encore envie de continuer ?
TM : C’est la chasse avec les chiens. Quand on a commencé avec un chien, puis deux, puis qu’on a construit sa meute petit à petit, on s’y attache forcément. Et quand on voit les chiens travailler, trouver la voie et chasser, on a toujours envie d’y retourner.





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