.44 Remington Magnum : de Dirty Harry à la battue aux sangliers

.44 Remington Magnum

Né pour devenir l’une des cartouches de revolver les plus puissantes de son époque, immortalisé au cinéma par Clint Eastwood dans le rôle de l’inspecteur Harry Callahan, le .44 Remington Magnum a également connu une véritable seconde carrière dans les carabines. Ruger, Winchester, Marlin, Henry ou plus récemment Smith & Wesson ont proposé des armes longues dans ce calibre. Et avec un canon d’une cinquantaine de centimètres et une munition adaptée, le .44 Magnum devient une cartouche de chasse au grand gibier tout à fait sérieuse, notamment pour le sanglier à courte et moyenne distance. Reste une particularité importante en France : pour chasser les ongulés avec une arme rayée à percussion centrale, la balle doit encore développer au moins 1 000 joules à 100 mètres.

Une histoire qui commence bien avant le Magnum

Pour comprendre la naissance du .44 Remington Magnum, il faut remonter plus d’un siècle avant Harry Callahan. En 1870 apparaît le .44 Russian, développé par Smith & Wesson à partir du .44 American à la demande de l’Empire russe. Cette cartouche de revolver utilise déjà une balle d’un diamètre réel voisin de .429 pouce, soit environ 10,9 mm. Elle acquiert rapidement une excellente réputation de précision. En 1907, Smith & Wesson allonge cet étui pour créer le .44 Special. La nouvelle cartouche accompagne le grand revolver N-Frame de la marque, le célèbre First Model Hand Ejector qui deviendra rapidement connu sous le surnom de « Triple Lock ». Le .44 Special reste toutefois chargé à des pressions relativement modestes. C’est précisément ce potentiel inexploité qui va intéresser, plusieurs décennies plus tard, l’un des personnages les plus influents de l’histoire des armes américaines.

.44 Special

Elmer Keith pousse le .44 Special à ses limites

Éleveur, chasseur, tireur et auteur prolifique, Elmer Keith expérimente durant les années 1930, 1940 et 1950 des chargements de .44 Special beaucoup plus puissants que les munitions commerciales disponibles. Keith recherche une cartouche capable d’envoyer une balle lourde de gros diamètre à une vitesse élevée, notamment pour la chasse avec une arme de poing. Ses travaux trouvent un écho auprès d’autres passionnés regroupés notamment autour des « .44 Associates ». À force d’insistance, Keith finit par convaincre Smith & Wesson et Remington du potentiel commercial d’une véritable cartouche Magnum de calibre .44. Remington travaille sur la munition tandis que Smith & Wesson développe le revolver capable de l’encaisser. Le nouvel étui est volontairement plus long que celui du .44 Special afin d’empêcher qu’une cartouche Magnum, beaucoup plus puissante, puisse être introduite dans un ancien revolver conçu uniquement pour le .44 Special. À l’été 1954, Remington fournit déjà à Smith & Wesson les caractéristiques de la future cartouche, avec un étui allongé d’environ un huitième de pouce. Les premiers revolvers expérimentaux suivent. Le 29 décembre 1955, le premier Smith & Wesson .44 Magnum de production sort de l’usine. La commercialisation est officiellement annoncée en janvier 1956. En 1957, lorsque Smith & Wesson adopte sa nomenclature numérique, le revolver devient le désormais mythique Model 29.

Les dimensions du .44 Magnum

Malgré son appellation, la balle du .44 Magnum ne mesure pas réellement 0,44 pouce de diamètre. Comme celle du .44 Special, elle tourne autour de .429 pouce, soit environ 10,9 mm.

Caractéristique.44 Remington Magnum
Type d’étuidroit, à bourrelet
Diamètre de balle.429 pouce, environ 10,9 mm
Longueur d’étui1,285 pouce, environ 32,6 mm
Longueur totale maximaleenviron 1,610 pouce, 40,9 mm
AmorçageLarge Pistol
Poids de balles courants180 à 300 grains
Poids classique de chasse225 à 240 grains
240 grains15,55 g
225 grains14,58 g

La balle de 240 grains devient rapidement une sorte de référence historique du calibre. Les premières performances annoncées tournaient autour de 1 400 pieds par seconde avec cette masse de projectile, soit environ 427 m/s depuis un revolver adapté.

Puis arriva Harry Callahan

Le .44 Magnum est déjà une réussite technique avant 1971. Mais cette année-là, il entre dans une autre dimension. Dans L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood incarne Harry Callahan, policier de San Francisco armé d’un Smith & Wesson Model 29 en .44 Magnum. Le film et sa célèbre référence au « the most powerful handgun in the world » vont définitivement faire entrer l’arme et sa cartouche dans la culture populaire. L’effet commercial est considérable. Smith & Wesson reconnaît elle-même que les ventes du Model 29, qui avaient diminué durant les années 1960, explosent au cours des années 1970 après la sortie de Dirty Harry. Le .44 Magnum devient dès lors indissociable de l’image de Clint Eastwood. La formule du film doit cependant être replacée dans son époque. D’autres cartouches d’armes de poing encore plus puissantes sont apparues depuis, comme le .454 Casull, le .480 Ruger ou le .500 Smith&Wesson Magnum. Mais aucune n’a probablement acquis la même notoriété auprès du grand public.

Smith & Wesson Model 29 en .44 Magnum

Le revolver n’était que le début

Le potentiel du .44 Magnum ne tarde pas à intéresser les fabricants de carabines. Et c’est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes pour le chasseur. La cartouche possède un étui relativement important et des poudres permettant de continuer à accélérer le projectile bien au-delà des longueurs habituelles d’un canon de revolver. Dans une carabine de 45 à 50 cm, les vitesses obtenues peuvent donc être considérablement supérieures. Ruger est l’un des premiers à exploiter sérieusement cette possibilité. Sa carabine semi-automatique en .44 Magnum apparaît en 1961 avec un canon de 18,5 pouces, soit environ 47 cm. La Ruger 44 Carbine restera produite jusqu’en 1974. Winchester propose également son Model 94 dans ce calibre à partir de la fin des années 1960, tandis que Marlin réintroduit en 1969 son Model 1894 sous une forme adaptée au .44 Magnum moderne. Cette dernière deviendra l’une des associations les plus emblématiques entre le calibre et une carabine à levier de sous-garde. Aujourd’hui encore, le principe reste très vivant avec les Marlin 1894, Henry, Rossi, Chiappa et autres carabines à levier, sans oublier la récente Smith & Wesson Model 1854.

Ruger Carbine 99/44 en .44 magnum

Le canon de carabine transforme la cartouche

C’est probablement le point le plus important à comprendre lorsqu’on parle du .44 Magnum à la chasse. Consulter une simple table balistique de .44 Magnum sans regarder la longueur du canon utilisé pour les essais peut conduire à une conclusion complètement fausse. Prenons l’exemple de la Hornady LEVERevolution équipée d’une balle FTX de 225 grains. Des données Hornady établies spécifiquement pour les armes de poing et les carabines permettent de mesurer l’écart.

DistanceCanon 7,5 poucesCanon 20 pouces
Bouche1 410 fps / 993 ft-lb1 870 fps / 1 747 ft-lb
50 yards1 240 fps / 768 ft-lb1 637 fps / 1 338 ft-lb
100 yards1 111 fps / 617 ft-lb1 429 fps / 1 020 ft-lb
150 yards1 022 fps / 522 ft-lb1 255 fps / 787 ft-lb

En unités métriques, les performances obtenues avec le canon de carabine de 20 pouces, soit 50,8 cm, deviennent particulièrement parlantes.

DistanceVitesseÉnergie
Boucheenviron 570 m/senviron 2 369 J
45,7 menviron 499 m/senviron 1 814 J
91,4 menviron 436 m/senviron 1 383 J
137 menviron 383 m/senviron 1 067 J

Ces chiffres montrent bien à quel point le .44 Magnum change de personnalité lorsqu’il quitte le revolver pour une carabine. La longueur de canon exacte, la munition, le type de balle et le lot utilisé peuvent évidemment modifier les résultats. Il ne faut donc jamais extrapoler automatiquement les performances d’une munition à toutes les autres.

Et avec un canon d’environ 47 cm ?

C’est une longueur particulièrement courante sur les petites carabines en .44 Magnum. La célèbre Ruger 44 Carbine possédait justement un canon de 18,5 pouces, soit 47 cm environ. Les données de rechargement Nosler spécifiquement établies avec une Ruger de 18,5 pouces montrent qu’une balle de 240 grains peut atteindre, selon le chargement, des vitesses comprises approximativement entre 450 et plus de 520 m/s à la bouche. Des essais réalisés avec des carabines contemporaines confirment cette forte augmentation de vitesse par rapport aux armes de poing. Des essais récents d’une Smith & Wesson 1854 en .44 Magnum, dotée d’un canon de 48,9 cm, avec une Hornady LEVERevolution de 225 grains ont mesuré la vitesse du projectile à plus de 540 m/s. Autrement dit, un canon de 47 cm n’est absolument pas trop court pour permettre au .44 Magnum d’exprimer son potentiel de carabine.

La règle française des 1 000 joules

C’est en revanche ici qu’une particularité française doit impérativement être rappelée. L’article 3 de l’arrêté du 1er août 1986 interdit pour le tir des ongulés l’utilisation d’une arme rayée à percussion centrale d’un calibre inférieur à 5,6 mm ou dont le projectile ne développe pas une énergie minimale de 1 kilojoule à 100 mètres. Un kilojoule correspond à 1 000 joules. Cette disposition est toujours en vigueur. Le .44 Magnum satisfait donc sans difficulté au critère du diamètre. La question porte uniquement sur son énergie résiduelle à 100 mètres. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire une table établie avec un revolver, une bonne munition de chasse tirée dans une carabine peut parfaitement conserver plus de 1 000 joules à cette distance. Avec la Hornady 225 grains évoquée précédemment, les données carabine indiquent encore 1 383 J à 91,4 m et 1 067 J à 137 m. À 100 mètres, son énergie se situe donc largement au-dessus du seuil réglementaire, aux environs de 1 300 J selon l’interpolation des données publiées. Pour une balle classique de 240 grains, qui pèse 15,55 g, il suffit qu’elle conserve environ 359 m/s à 100 mètres pour développer 1 000 J. Pour une 225 grains de 14,58 g, le seuil correspond à environ 370 m/s. Une bonne munition de chasse à pleine puissance tirée depuis une carabine de 47 à 50 cm dispose donc d’une marge appréciable.

Toutes les .44 Magnum ne se valent pas

Il serait cependant faux d’en déduire que n’importe quelle boîte portant l’inscription .44 Magnum convient automatiquement au tir du grand gibier en France. Certaines munitions sont optimisées pour le revolver, d’autres sont volontairement modérées et d’autres encore sont destinées au tir sportif. Les tables établies avec des canons courts montrent d’ailleurs que plusieurs chargements passent sous les 1 000 J bien avant 100 mètres. Pour le chasseur en France, le choix doit donc porter sur une véritable munition de chasse dont les performances depuis une carabine permettent de vérifier le respect du seuil légal à 100 mètres. C’est probablement le principal point à retenir avec ce calibre : il ne suffit pas de lire « .44 Magnum » sur la boîte.

Munitions Hornady LeverEvolution 225 grains FTX

Une cartouche taillée pour les courtes distances

Le .44 Magnum ne cherche évidemment pas à concurrencer un .30-06 Springfield, un .280 Remington ou un .300 Winchester Magnum. Sa balle est lourde, de fort diamètre et relativement peu aérodynamique. Elle perd donc rapidement de la vitesse et sa trajectoire devient sensiblement plus courbe lorsque la distance augmente. Mais ce qui constitue une faiblesse à longue distance devient beaucoup moins gênant dans une chasse en milieu fermé. En traque, au ferme ou à un poste où les tirs se réalisent principalement à quelques dizaines de mètres, une petite carabine en .44 Magnum possède plusieurs qualités : elle est courte, légère, maniable et développe un recul relativement contenu tout en lançant une balle de gros diamètre. C’est précisément pour cela que des générations de chasseurs américains l’ont utilisé sur le cerf et le sanglier, et que l’on rencontre également en France des traqueurs et des postés ayant fait confiance à des Ruger, Winchester ou Marlin chambrées dans ce calibre. Une balle de 225 ou 240 grains bien construite lancée à près de 500 m/s ou davantage depuis une carabine n’a plus grand-chose à voir avec l’image d’une simple cartouche de revolver.

Le .44 Magnum face au .444 Marlin

La proximité des appellations peut également prêter à confusion. Le .44 Magnum et le .444 Marlin utilisent des projectiles de diamètre comparable, mais leurs performances ne jouent pas dans la même catégorie. Le .444 Marlin possède un étui beaucoup plus long et une capacité de poudre nettement supérieure. Il conserve davantage d’énergie à distance et offre une marge beaucoup plus importante sur les grands sangliers. Le .44 Magnum est donc une cartouche de battue et de milieu fermé tandis que le .444 Marlin est une véritable cartouche de carabine conçue dès l’origine pour le gros gibier. En contrepartie, une Winchester 94, une Marlin 1894 ou une Ruger en .44 Magnum peut être extrêmement compacte et agréable à porter toute une journée.

.444 Marlin vs .44 Remington Magnum

Un calibre qui a largement dépassé Dirty Harry

Le .44 Remington Magnum restera sans doute éternellement associé au Smith & Wesson Model 29 et au visage de Clint Eastwood. Mais réduire cette cartouche à Dirty Harry serait oublier une bonne partie de son histoire. Derrière le mythe se trouve d’abord le travail acharné d’Elmer Keith, puis la collaboration de Remington et Smith & Wesson. Viennent ensuite les chasseurs qui découvrent rapidement qu’un canon de carabine transforme profondément ses performances. Ruger dès 1961, Winchester, Marlin puis de nombreux autres fabricants vont exploiter cette caractéristique. Soixante-dix ans après sa naissance, le .44 Magnum reste ainsi une cartouche singulière. Trop lente et à la rasance trop faible pour prétendre rivaliser avec les grands calibres de carabine lorsque les distances s’allongent, elle peut en revanche devenir redoutablement pertinente dans une petite arme maniable lorsqu’un sanglier surgit à courte distance. Et contrairement à une idée parfois répétée en France, elle peut parfaitement satisfaire à la réglementation des 1 000 joules à 100 mètres lorsqu’elle est tirée depuis une carabine avec une munition adaptée. Le .44 Magnum n’est donc pas seulement le calibre de Harry Callahan. C’est aussi, depuis plus de soixante ans, un véritable calibre de chasse, particulièrement pour un traqueur amené à tirer un sanglier au ferme pour protéger ses chiens.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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