Le 8×64 S n’est aujourd’hui connu que d’une minorité de chasseurs, souvent propriétaires d’anciens Mauser 98 rechambrés. Pourtant, cette cartouche conçue par Wilhelm Brenneke n’a rien d’un calibre anémique ou dépassé. Plus puissante que le 8×57 IS, sensiblement dans les eaux d’un .30-06 fortement chargé et beaucoup moins brutale qu’un 8×68 S, elle occupe une place étonnamment moderne. Son véritable défaut n’est peut-être finalement pas balistique, mais commercial.
Un 8 mm né pour faire mieux que le 8×57 IS
Le 8×64 S apparaît en Allemagne en 1912 sous l’impulsion de Wilhelm Brenneke. Son idée est assez simple : conserver le diamètre de projectile du 8×57 IS, soit 8,22 mm pour la balle « S », mais lui offrir un étui nettement plus volumineux afin d’obtenir davantage de vitesse et d’énergie. La longueur de 64 mm n’est pas choisie au hasard : Brenneke cherchait une cartouche puissante restant compatible avec les dimensions générales du système Mauser 98. Le calibre ne sera jamais adopté comme munition militaire réglementaire, mais il trouvera naturellement sa place dans le domaine cynégétique. La CIP donne aujourd’hui au 8×64 S un étui de 64 mm, une longueur maximale de cartouche de 87,5 mm, un projectile de 8,22 mm et une pression maximale admissible de 4 050 bar. À titre de comparaison, le 8×57 IS est limité à 3 900 bar. La CIP indique également une énergie de référence de 4 595 joules pour le 8×64 S contre 4 300 joules pour le 8×57 IS. Ces valeurs CIP ne correspondent pas à une munition commerciale précise, mais elles illustrent parfaitement la différence de potentiel entre les deux cartouches.

Munitions 8×57 IS Norma Vulkan 196 grains
Entre le 8×57 IS et le 8×68 S
C’est probablement la meilleure façon de définir le 8×64 S. Il reprend le projectile de .323 pouce du 8×57 IS mais lui donne davantage de poudre et donc davantage de vitesse. Il reste cependant très éloigné du 8×68 S, véritable 8 mm à hautes performances conçu beaucoup plus tard. Sur des chargements représentatifs, l’écart apparaît immédiatement. Une ancienne Brenneke TIG de 12,8 g, soit environ 198 grains, était donnée à 848 m/s pour près de 4 600 joules à la bouche. À titre de comparaison, une 8×57 IS RWS DK de 11,7 g était donnée à 820 m/s et environ 3 935 joules tandis qu’une 8×68 S de même poids atteignait 945 m/s et plus de 5 200 joules. Sebastian Blueprint
| Calibre | Exemple de balle | V0 indicative | Énergie à la bouche |
|---|---|---|---|
| 8×57 IS | 11,7 g / 181 gr | 820 m/s | 3 935 J |
| .30-06 Springfield | 10,7 g / 165 gr | 870 m/s | 4 047 J |
| 8×64 S | 12,8 g / 198 gr | 848 m/s | 4 600 J |
| 8×68 S | 11,7 g / 181 gr | 945 m/s | 5 226 J |
Ces chiffres provenant de chargements différents ne constituent évidemment pas un banc d’essai strict à poids de projectile identique. Ils montrent néanmoins très bien où se situe le 8×64 S : nettement au-dessus du 8×57 IS, au niveau ou au-dessus des chargements courants de .30-06, mais sans entrer dans la catégorie énergétique du 8×68 S.

Munitions 8×68 S RWS KS 224 grains
Et face au .30-06 ?
C’est là que le vieux calibre allemand devient particulièrement intéressant. Le .30-06 Springfield est aujourd’hui devenu l’un des calibres universels de la chasse française. Carabines à verrou, linéaires, semi-automatiques, munitions économiques ou haut de gamme : pratiquement tous les fabricants proposent quelque chose en .30-06. Le 8×64 S joue pourtant dans une catégorie balistique très proche, avec une différence fondamentale : il utilise des projectiles de 8,22 mm contre 7,82 mm pour le .30-06. À poids de balle équivalent, le .30-06 bénéficie généralement d’un meilleur coefficient balistique potentiel grâce à son diamètre inférieur. À l’inverse, le 8×64 S permet d’utiliser de lourdes balles de 8 mm offrant une section frontale supérieure et une excellente densité de section. Avec une balle voisine de 196 ou 198 grains, le 8×64 S devient ainsi particulièrement intéressant sur le grand gibier. Les données publiées pour la Brenneke TIG de 12,8 g donnaient encore environ 3 720 joules à 100 mètres et près de 3 000 joules à 200 mètres. Dans le même tableau comparatif, une .30-06 RWS DK de 10,69 g développait 3 145 joules à 100 mètres et 2 410 joules à 200 mètres. Là encore, il ne s’agit pas des mêmes projectiles ni des mêmes poids, mais le potentiel du 8×64 S apparaît clairement.

Munitions.30.06 Sprg winchester Extreme Point 180 grains
Un calibre taillé pour le sanglier et le cerf
Avec des balles autour de 180 à 200 grains, le 8×64 S possède presque toutes les qualités recherchées pour nos grands animaux européens. Sa vitesse reste suffisamment élevée pour offrir une trajectoire relativement tendue, sans atteindre les vitesses extrêmes du 8×68 S. Son diamètre de balle et sa capacité à employer des projectiles lourds conviennent particulièrement bien au sanglier et au cerf. En battue, sa puissance est largement suffisante, mais elle n’impose pas forcément le recul d’un 8×68 S. À l’affût ou à l’approche, ses réserves d’énergie permettent également d’envisager sans difficulté des tirs à 200 mètres dans les limites normales de la chasse, avec naturellement une munition adaptée et une arme correctement réglée. C’est précisément ce qui rend son oubli assez paradoxal : sur le plan cynégétique, le 8×64 S ne souffre d’aucune faiblesse particulière. Il occupe même une place extrêmement cohérente entre les calibres standards et les véritables magnums.
Les Mauser 98 ont fait sa réputation en France
En France, beaucoup de chasseurs ayant connu le 8×64 S l’ont rencontré sous une forme bien particulière : un Mauser Gewehr 98 ou un Karabiner 98k rechambré. Pendant des décennies, les armes conservant leur calibre militaire d’origine étaient soumises à une réglementation beaucoup plus restrictive. Le rechambrage des Mauser en calibres civils permettait donc de transformer ces armes en carabines accessibles aux chasseurs. Le 8×60 S a été très utilisé, mais le 8×64 S constituait une autre solution offrant un supplément de puissance appréciable. Cette situation perdra une grande partie de son intérêt avec la réforme française de 2013. Le 8×57 IS figure depuis cette époque parmi les munitions classées en catégorie C dans le nouveau régime, au même titre que le .30-06 Springfield. Un Mauser conservant son calibre d’origine ne nécessite donc plus aujourd’hui le même détour réglementaire qu’autrefois. Il faut toutefois signaler un détail important. La cartouche de 8×64 S peut atteindre 87,5 mm de longueur totale selon la norme CIP, davantage que le 8×57 IS. Sur certains Mauser 98 transformés, l’alimentation par le magasin nécessitait donc une adaptation correctement réalisée. Tous les anciens rechambrages ne sont pas nécessairement identiques et l’état d’une arme transformée mérite évidemment d’être vérifié par un armurier compétent.

Mauser Karabiner 98K en 8×64 S
Quelles armes ont été chambrées en 8×64 S ?
Le Mauser 98 reste incontestablement l’arme que l’on associe le plus facilement au calibre, particulièrement en France. On rencontre ainsi encore sur le marché de l’occasion des Gewehr 98, Kar 98k ou carabines civiles utilisant le même type d’action et transformés en 8×64 S. Mais le calibre ne s’est pas limité aux armes militaires converties. Des carabines de chasse européennes ont également été proposées en 8×64 S au cours du XXe siècle, notamment sur des mécanismes Mauser ou dérivés. Des sources anciennes mentionnent par exemple des Brenneke, Walther, Brno ZKK600 et certaines carabines commercialisées par Frankonia. Aujourd’hui, en revanche, trouver une carabine neuve chambrée d’usine en 8×64 S relève beaucoup plus de la commande particulière que du catalogue standard. Et c’est précisément là que le .30-06 l’a définitivement distancé.

BRNO ZKK 600 en 8×64 S
La munition existe encore, mais le choix s’est effondré
Le principal problème du 8×64 S en 2026 n’est donc pas sa puissance mais son approvisionnement. Là où un chasseur en .30-06 peut choisir entre des dizaines de références, l’offre du 8×64 S est devenue extrêmement étroite. Sellier & Bellot conserve notamment une référence de 8×64 S chargée d’une balle SPCE de 196 grains, soit environ 12,7 g, dans sa documentation produit. Des chargements Brenneke ont également existé, notamment avec la célèbre TIG de 12,8 g qui contribua à relancer ponctuellement l’intérêt pour le calibre au début des années 2000. Le rechargeur dispose naturellement de davantage de possibilités grâce au grand choix de balles de diamètre .323, mais le 8×64 S devient alors un calibre de connaisseur plutôt qu’un choix rationnel pour quelqu’un souhaitant acheter ses boîtes de cartouches dans n’importe quelle armurerie.
Pourquoi le .30-06 a gagné
Sur le papier, le 8×64 S avait pourtant de sérieux arguments. Il est puissant, relativement tendu, adapté aux balles lourdes et parfaitement capable de traiter tous les grands gibiers européens. Il peut même dépasser sensiblement un .30-06 avec certains chargements lourds. Mais une cartouche ne survit pas uniquement grâce à ses qualités balistiques. Le .30-06 bénéficie d’une diffusion mondiale, d’un nombre colossal de carabines disponibles et d’un choix presque illimité de munitions. Le 8×64 S est resté essentiellement européen et s’est progressivement retrouvé coincé entre deux références déjà solidement implantées : le 8×57 IS pour ceux qui recherchaient un calibre traditionnel et efficace, et le 8×68 S pour ceux qui voulaient réellement davantage de vitesse et de puissance. Entre les deux, le 8×64 S était peut-être justement trop raisonnable.
Un calibre oublié, mais certainement pas dépassé
Plus d’un siècle après sa création, le 8×64 S reste étonnamment actuel. Il propulse de lourdes balles de 8 mm à des vitesses très sérieuses, développe une puissance largement suffisante pour le sanglier ou le cerf et évite le caractère plus brutal du 8×68 S. Face au .30-06, il n’a toutefois plus aucune chance sur le terrain de la disponibilité : l’Américain est devenu universel tandis que l’Allemand survit essentiellement dans quelques armes anciennes et chez les passionnés de calibres européens. Mais celui qui possède encore un bon Mauser 98 correctement rechambré en 8×64 S détient tout sauf une antiquité balistique. Le calibre a pratiquement disparu des râteliers neufs, pas parce qu’il était mauvais, mais parce que le marché a choisi autrement. Et lorsque près de 200 grains quittent le canon autour de 850 m/s, le vieux Brenneke rappelle rapidement qu’en matière de grand gibier, il n’a jamais eu besoin d’être à la mode.











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