8×68 S : le Magnum qui ne dit pas son nom

8x68 S RWS

Né en Allemagne à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le 8×68 S n’a pourtant jamais porté le prestigieux suffixe « Magnum ». Ses performances le placent cependant sans difficulté dans la même cour que plusieurs grandes cartouches américaines apparues bien plus tard. Rapide, puissant et parfaitement adapté au grand gibier, ce calibre européen mérite largement de sortir de l’ombre.

Un grand 8 mm né en 1939

À la fin des années 1930, le calibre 8 mm occupe une place majeure dans la culture armurière allemande. L’objectif est alors de disposer d’une cartouche de chasse nettement plus performante que le très répandu 8×57 IS, notamment pour le grand gibier et les tirs effectués à plus longue distance. Le 8×68 S apparaît en 1939. Les sources historiques attribuent généralement sa conception à August Schüler, avec la participation de RWS à son développement. Le fabricant allemand rappelle lui-même aujourd’hui que le calibre a été introduit par RWS il y a près d’un siècle. Le « S » correspond à la nomenclature allemande du diamètre moderne de projectile de 8 mm. La Commission internationale permanente fixe celui-ci à 8,22 mm, soit approximativement 0.323 pouce. La douille mesure quant à elle 67,5 mm et la longueur maximale de la cartouche atteint 87 mm. Sa naissance intervient cependant au pire moment imaginable pour une nouvelle munition de chasse. Quelques mois plus tard éclate la Seconde Guerre mondiale. Sa véritable carrière commerciale devra donc attendre l’après-guerre.

Un Magnum sans en porter le nom

Le terme « Magnum » ne répond pas à une définition balistique universelle permettant de tracer une frontière précise entre deux catégories de cartouches. Mais dans le langage des chasseurs, il évoque généralement une grosse capacité de douille, des vitesses élevées et une importante quantité d’énergie délivrée par le projectile. Et sur ce terrain, le 8×68 S n’a rien d’un calibre ordinaire. La CIP autorise une pression maximale de 4 400 bars. Sa généreuse douille permet de propulser des balles relativement lourdes à des vitesses qui restent impressionnantes près de neuf décennies après sa conception. Sa douille est par ailleurs dépourvue de la ceinture caractéristique de plusieurs célèbres Magnum américaines de l’après-guerre. Techniquement, Blaser ne classe d’ailleurs pas aujourd’hui le 8×68 S dans son groupe « Magnum », mais dans son groupe « Medium ». Cela n’empêche absolument pas ses performances balistiques de l’amener sur le terrain de nombreux Magnum. D’où cette formule qui lui convient finalement assez bien : le Magnum qui ne dit pas son nom.

Des performances toujours impressionnantes

Pour éviter les comparaisons entre chargements de nature différente, prenons comme référence une munition d’usine actuellement commercialisée. Norma propose sa Tipstrike de 11,7 grammes, soit 180 grains, en 8×68 S. Le fabricant annonce une vitesse à la bouche de 910 m/s pour une énergie initiale de 4 844 joules. Les mesures sont données avec un canon de 24 pouces, soit environ 61 cm. À 100 mètres, la balle voyage encore à 822 m/s et développe 3 953 joules. À 200 mètres, elle conserve 739 m/s et 3 195 joules. À 300 mètres, sa vitesse reste de 661 m/s avec encore 2 556 joules d’énergie. Voilà qui permet de comprendre rapidement pourquoi le 8×68 S s’est taillé une telle réputation auprès de ceux qui l’ont utilisé. Et ces valeurs ne constituent pas une limite absolue du calibre. Selon le projectile et le chargement employés, certains 8×68 S peuvent dépasser sensiblement les 900 m/s avec une balle de 180 grains. Les tables de rechargement Norma montrent également toute la polyvalence de la cartouche. Une Ecostrike de 160 grains peut atteindre 965 m/s dans les chargements maximum publiés par le fabricant, tandis qu’une lourde Oryx de 196 grains peut approcher 895 m/s. Attention toutefois : ces dernières valeurs sont des données de rechargement et non celles de munitions manufacturées. Elles permettent simplement d’illustrer le potentiel de la cartouche.

Et face au .300 Winchester Magnum ?

Difficile de parler du 8×68 S sans évoquer le .300 Winchester Magnum. Le célèbre calibre américain apparaît en 1963, soit près d’un quart de siècle après le 8×68 S, et deviendra progressivement une référence mondiale pour la chasse du grand gibier. Pour situer les performances des deux cartouches, regardons encore une fois des munitions manufacturées actuelles. Notre Norma Tipstrike de 180 grains en 8×68 S est annoncée à 910 m/s et 4 844 joules. Dans le même poids de balle, Norma annonce par exemple sa .300 Winchester Magnum Vulkan à 920 m/s et 4 951 joules. Sa nouvelle Odin de 180 grains est quant à elle donnée à 905 m/s et 4 793 joules. La comparaison doit naturellement rester prudente. Les projectiles n’ont pas la même construction ni les mêmes coefficients balistiques, et Norma utilise un canon d’essai de 61 cm pour le 8×68 S contre 66 cm pour ces .300 Winchester Magnum. Il ne s’agit donc surtout pas de prétendre que 10 m/s de plus ou de moins rendent un calibre supérieur à l’autre. En revanche, une conclusion est difficilement contestable : avec une balle de même poids, le vieux 8×68 S évolue bel et bien dans le même univers de vitesse et d’énergie que le .300 Winchester Magnum. Et il le faisait déjà dans son principe vingt-quatre ans avant l’apparition de ce dernier.

Un diamètre légèrement supérieur

Le 8×68 S possède également une autre particularité face au .300 Winchester Magnum. Le projectile du calibre américain mesure .308 pouce, soit 7,82 mm, tandis que celui du 8×68 S est de .323 pouce, soit 8,22 mm. Le projectile allemand est donc légèrement plus large. Cela ne suffit évidemment pas à déterminer à lui seul l’efficacité terminale d’une munition. La construction de la balle, sa vitesse d’impact, sa capacité d’expansion et sa pénétration jouent un rôle essentiel. Mais combiné à des poids courants de 180 à près de 200 grains et aux vitesses élevées du calibre, ce diamètre explique en partie la solide réputation acquise par le 8×68 S sur les grands animaux.

Cerfs et sangliers dans son terrain de jeu

Pour un chasseur français, l’intérêt du 8×68 S se situe évidemment d’abord sur le grand gibier. RWS cite aujourd’hui parmi ses gibiers de prédilection le sanglier, le cerf élaphe et même l’élan. Le fabricant souligne également la trajectoire tendue de la cartouche et sa bonne conservation de l’énergie. Sur un grand cerf à l’approche, difficile de reprocher au 8×68 S un manque de réserve de puissance. Il dispose également très largement de l’énergie nécessaire au sanglier, y compris sur des animaux lourds. En battue, cette puissance doit cependant être associée à un projectile approprié. Une balle très rapide et conçue pour s’expanser brutalement ne réagira pas comme un projectile plus dur destiné à conserver davantage de masse et à pénétrer profondément. Comme toujours, la puissance du calibre ne dispense donc jamais de choisir sa balle en fonction du gibier et des conditions de chasse.

Une trajectoire qui reste tendue

L’autre grande qualité du 8×68 S est sa vitesse. Avec sa Tipstrike actuelle, Norma indique par exemple une distance de réglage optimale de 181 mètres. Avec ce réglage, la balle se trouve encore seulement 25 mm sous la ligne de visée à 200 mètres. À 300 mètres, la chute devient naturellement plus importante, mais le calibre conserve encore plus de 2 500 joules avec ce chargement. C’est cette association entre trajectoire tendue et importante réserve d’énergie qui explique pourquoi le 8×68 S s’est également fait une réputation pour les chasses de montagne et les tirs pouvant intervenir à des distances plus importantes.

La contrepartie : le recul

Les lois de la physique restent cependant les mêmes pour tout le monde. Propulser une balle de 180 grains aux alentours de 900 m/s demande une quantité importante de poudre et produit nécessairement davantage de recul qu’un calibre standard plus doux. Le 8×68 S n’est donc pas forcément la cartouche que l’on conseillerait en priorité à un chasseur particulièrement sensible au recul ou désirant multiplier les longues séries au stand avec une carabine légère. Il apprécie également des canons suffisamment longs pour exploiter convenablement sa capacité de douille. Dans son catalogue 2026, Blaser prévoit ainsi pour cette famille de calibres une longueur standard de canon de 650 mm sur la R8, avec une version de 580 mm disponible selon les configurations. Nous sommes loin de la mode actuelle des carabines ultracompactes à canon très court. Mais ce n’est tout simplement pas ce que le 8×68 S a été conçu pour faire.

Rare, mais certainement pas mort

La principale faiblesse actuelle du 8×68 S ne tient finalement pas à ses performances, mais à sa diffusion. Des calibres comme le .30-06 Springfield, le .308 Winchester ou le .300 Winchester Magnum bénéficient d’un choix considérable en armes, projectiles et munitions. Le 8×68 S reste beaucoup plus confidentiel. Mais il serait faux de le présenter comme un calibre disparu. RWS a même ajouté en 2025 le 8×68 S à sa gamme Driven Hunt, destinée notamment aux tirs rapides sur grand gibier. Pour une cartouche née en 1939, le symbole est plutôt réjouissant. Blaser propose toujours le 8×68 S dans son catalogue 2026 pour sa carabine R8. Le calibre figure donc encore au catalogue d’un des principaux fabricants européens de carabines de chasse haut de gamme. Près de neuf décennies après sa naissance, le vieux 8 mm allemand est toujours bien vivant.

Était-il simplement en avance sur son temps ?

C’est peut-être finalement ce qui rend le 8×68 S aussi intéressant. Lorsqu’il apparaît en 1939, le .300 Winchester Magnum n’existe pas encore. Plusieurs des grandes cartouches Magnum américaines qui marqueront la seconde moitié du XXe siècle restent encore à inventer. Pourtant, le principe est déjà là : une grosse capacité de douille, une pression élevée, une balle de grand diamètre lancée rapidement, une trajectoire tendue et une importante réserve d’énergie pour le grand gibier. Le 8×68 S n’a jamais bénéficié de la diffusion mondiale du .300 Win Mag. Sa naissance juste avant la guerre ne l’a certainement pas aidé et son origine européenne l’a ensuite placé face à la formidable domination commerciale des calibres américains. Mais lorsqu’on regarde froidement ses performances, il n’a absolument rien d’un vestige dépassé. Le mot « Magnum » n’a jamais figuré dans son nom. Il n’en avait finalement pas vraiment besoin.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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