Angola : après 18 ans d’absence, la chasse légale fait son retour

1er Safari en Angola depuis 18 ans

C’est une étape historique pour la chasse africaine. Après 18 années sans programme officiel de chasse réglementée, l’Angola vient d’accueillir l’un de ses premiers safaris autorisés. Une réouverture symbolisée par la participation du président du Dallas Safari Club, Rick Warren, et qui s’inscrit dans une ambition plus large : reconstruire la gestion de la faune sauvage en faisant de la chasse un véritable moteur de conservation et de développement économique.

Un retour attendu depuis près de deux décennies

L’Angola renoue avec la chasse safari. Le Dallas Safari Club (DSC), importante organisation américaine de chasseurs engagée dans la conservation de la faune sauvage, a annoncé le 5 octobre que son président, Rick Warren, et JD Yates, également membre à vie de l’association, avaient participé à l’un des premiers safaris officiellement autorisés dans le pays depuis 18 ans. Pour comprendre l’importance de cet événement, il faut revenir sur l’histoire récente de l’Angola. Ravagé par une guerre civile qui s’est achevée en 2002 après près de trois décennies de conflit, ce pays d’Afrique australe a vu ses populations animales et ses infrastructures de gestion de la faune profondément affectées. La reconstruction d’un véritable système cynégétique constitue donc un chantier considérable. Elle doit permettre de restaurer les activités de chasse légale tout en encadrant les prélèvements et en générant des ressources pour la protection des espèces.

Un safari de 14 jours vendu aux enchères

Cette première expédition trouve son origine dans une initiative organisée près d’un an auparavant, lors du Summer Expo et du gala de la fondation du Dallas Safari Club, aux États-Unis. Des représentants angolais y avaient annoncé leur intention de rouvrir le pays à la chasse légale et réglementée, avec le soutien de l’organisation américaine Conservation Force. Pour accompagner cette démarche, l’Association des chasseurs d’Angola avait offert un safari de 14 jours consacré au gibier de plaine, mis aux enchères par le Dallas Safari Club. C’est Rick Warren lui-même qui avait remporté l’enchère. Les fonds récoltés étaient destinés à l’association angolaise afin de soutenir la reconstruction de son programme de gestion cynégétique. Un exemple concret du principe défendu par les organisations de chasseurs : les revenus de la chasse peuvent commencer à financer la conservation avant même le premier prélèvement.

Une expédition loin d’être de tout repos

Près d’un an après cette vente aux enchères, Rick Warren et JD Yates ont finalement rejoint l’Angola pour participer à ce safari historique. Mais les deux Américains ont rapidement découvert les difficultés qui accompagnent la remise en place d’une activité longtemps interrompue. Formalités administratives compliquées pour les armes, retards, avion affrété qui n’est jamais arrivé et longs déplacements terrestres ont rythmé le séjour. Le groupe a notamment dû parcourir environ 400 kilomètres en une seule journée avant de rejoindre son campement à la tombée de la nuit. Malgré ces contretemps, les chasseurs américains ont salué l’accueil de leurs hôtes angolais et leur volonté de développer progressivement une organisation efficace. Sur le terrain, la chasse s’est également révélée exigeante. Rick Warren a prélevé un cobe à croissant, une grande antilope africaine généralement associée aux milieux proches de l’eau, tandis que JD Yates a réussi à prélever un dik-dik de Damara, une antilope de très petite taille. Le tableau de chasse de l’expédition comprenait également un second cobe à croissant, un springbok, un céphalophe des broussailles d’Angola et un impala du Sud. Au-delà des trophées, l’objectif affiché par les participants était surtout de contribuer au lancement d’une activité susceptible de générer des revenus durables pour le pays.

L’Angola a déjà posé les bases réglementaires

Ce retour ne repose pas uniquement sur une initiative privée. Dès octobre 2024, l’Angola avait adopté un nouveau règlement national consacré à la chasse et à la gestion durable de la faune sauvage. Ce texte encadre les différentes catégories de chasse, les conditions de délivrance des licences, les zones autorisées et les espèces dont le prélèvement est interdit. Il prévoit notamment des licences spécifiques pour les chasseurs étrangers ainsi que des restrictions destinées à préserver les populations animales. Le pays entend ainsi développer une activité cynégétique organisée plutôt que de laisser les ressources fauniques subir les conséquences du braconnage et d’une exploitation incontrôlée. Car la différence est fondamentale : une chasse réglementée suppose des autorisations, des limites de prélèvement et des contrôles, là où le braconnage échappe précisément à ces règles. L’organisation de cette activité constitue également une occasion de renforcer les moyens humains et matériels consacrés à la surveillance des territoires.

La chasse, un moteur pour la faune et les populations locales

Pour Rick Warren, l’intérêt de cette réouverture dépasse largement le simple plaisir de retrouver une destination de chasse africaine. Elle permet de remettre en place un modèle de conservation qui a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays du continent. « Nous assistions aux prémices de quelque chose qui pourrait apporter une valeur durable à la faune et à la population angolaises », explique le président du Dallas Safari Club. Car contrairement au discours régulièrement entretenu par les opposants à la chasse, les safaris réglementés constituent une véritable ressource pour la conservation de la faune sauvage. En Namibie notamment, la chasse contribue au financement de la gestion des territoires et de la lutte contre le braconnage. Le développement de cette activité, associé à d’autres mesures de conservation, a accompagné le rétablissement de plusieurs populations animales. Les bénéfices concernent également les habitants. Les concessions de chasse créent des emplois de guides, de pisteurs, de chauffeurs et de personnels de campement. Les revenus des safaris permettent aussi de financer des équipements collectifs et apportent des ressources à des communautés rurales qui disposent parfois de très peu d’autres perspectives économiques. Ce système présente un autre avantage fondamental : il donne aux populations locales un intérêt direct à conserver les animaux sauvages et leurs habitats. Là où la faune peut représenter une menace pour les cultures ou le bétail, elle devient également une source de revenus. Sa préservation prend alors une dimension économique concrète, au-delà des seuls discours sur la biodiversité. En rouvrant la chasse réglementée, l’Angola entend précisément bénéficier de cette dynamique. Plutôt que de considérer la chasse comme nécessairement incompatible avec la protection des espèces, le pays fait le choix d’en utiliser les retombées économiques pour contribuer à la reconstruction de son patrimoine faunistique et au développement de ses territoires ruraux.

Une nouvelle page pour la chasse africaine

Membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Dallas Safari Club défend depuis longtemps le principe de l’utilisation durable de la faune sauvage. Son action repose notamment sur les contributions de ses membres et sur des manifestations destinées à financer différents projets de conservation. Pour son président, le retour de la chasse en Angola illustre précisément l’utilité de ces partenariats internationaux. « C’était un honneur pour JD et moi d’être parmi les premiers chasseurs à revenir », confie Rick Warren, avant d’ajouter qu’il espère qu’ils seront loin d’être les derniers. Après 18 ans d’interruption, l’Angola fait donc le choix de redonner toute sa place à la chasse légale dans sa politique de conservation. Et cette décision ouvre des perspectives particulièrement encourageantes pour un pays dont le patrimoine faunistique a été durement éprouvé par des décennies de guerre et de désorganisation. Car les exemples africains le démontrent : lorsque les revenus de la chasse sont correctement réinvestis, ils permettent de financer la surveillance des territoires, de lutter contre le braconnage, de préserver des habitats et de faire vivre des communautés rurales entières. La faune sauvage cesse alors d’être uniquement perçue comme une contrainte pour devenir une richesse que les populations locales ont tout intérêt à protéger. C’est précisément cette dynamique que l’Angola entend retrouver. Avec des règles claires, des prélèvements encadrés et des retombées économiques pour les habitants, la chasse dispose de tous les atouts pour participer au redressement des populations animales et à la renaissance économique de territoires longtemps privés de ces ressources. Une excellente nouvelle pour le monde de la chasse, mais aussi pour la faune sauvage et les populations rurales angolaises. La chasse n’est pas l’ennemie de la conservation : bien gérée, elle en est l’un des acteurs et des financeurs les plus précieux.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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