Christophe Morio, une grande figure de la chasse africaine s’est éteinte

Christophe Morio

Le monde de la grande chasse africaine est en deuil. Christophe Morio, guide de chasse professionnel reconnu et passionné d’Afrique, est décédé après avoir été victime d’un grave accident vasculaire cérébral au Tchad. L’Association des Guides de Grande Chasse (AGGC) perd l’un de ses membres les plus estimés, tandis que ses proches pleurent un homme dont les qualités humaines égalaient les compétences cynégétiques.

Un départ aussi brutal qu’inattendu

C’est avec une profonde tristesse que Jean-Pierre Bernon, président de l’Association des Guides de Grande Chasse (AGGC), a annoncé la disparition de Christophe Morio à l’âge de 62 ans. Le samedi 17 octobre, alors qu’il se trouvait à N’Djamena, capitale du Tchad, le guide professionnel a été victime d’un terrible accident vasculaire cérébral. Hospitalisé par la suite au Nigeria, il n’a malheureusement pas survécu et est décédé dans la nuit du 20 au 21 octobre. Quelques jours auparavant, Christophe s’apprêtait pourtant à retrouver cette Afrique à laquelle il avait consacré une grande partie de son existence. Son ami de longue date, le docteur Bernard Andries, membre d’honneur de l’AGGC, raconte avoir reçu un appel de Christophe depuis l’aéroport de Roissy, alors que ce dernier s’envolait pour le Tchad afin d’entamer une nouvelle saison de chasse. Rien ne laissait alors présager que cet échange serait l’un de leurs derniers.

L’Afrique chevillée au corps

Le parcours professionnel de Christophe Morio témoigne de son extraordinaire attachement au continent africain. Au fil des années, il avait exercé son métier de guide de chasse dans de nombreux pays, notamment au Bénin, en République centrafricaine, en Tanzanie, au Congo et, plus récemment, au Tchad. Il connaissait intimement ces territoires, leurs habitants, leurs biotopes et leur faune sauvage. Des savanes béninoises aux forêts équatoriales de Centrafrique et du Congo, il avait consacré sa vie à cette passion exigeante. En 2015, Christophe Morio avait notamment évoqué auprès de Baudouin de Saint Léger son expérience en République centrafricaine, dans l’immense région du Chinko, connue pour sa richesse faunistique exceptionnelle. Il y racontait les particularités de la chasse au bongo, au buffle, à l’hylochère ou encore au léopard, mais aussi les difficultés rencontrées dans ces territoires confrontés au braconnage et aux problèmes de conservation de la faune sauvage. Car Christophe n’était pas seulement un remarquable guide professionnel. C’était également un amoureux de la nature, un fin connaisseur des animaux et un photographe de grand talent. Son métier exigeait autant de compétences cynégétiques que de patience, de prudence et de connaissance du terrain. Ceux qui ont chassé à ses côtés se souviennent d’un professionnel expérimenté, toujours prêt à partager son savoir, mais également d’un homme chaleureux, doté d’un formidable sens de l’humour.

Une amitié née dans la brousse

Parmi les nombreux témoignages suscités par sa disparition, celui du docteur Bernard Andries possède une résonance toute particulière. Les deux hommes s’étaient rencontrés le 26 décembre 1999, au Bénin. Christophe avait alors accueilli Bernard et son épouse Irène pour un séjour de chasse qui allait marquer le début d’une amitié de plus de vingt-cinq ans. Au fil des décennies, ils avaient partagé d’innombrables aventures au Bénin, en Centrafrique, en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Congo. Des approches de buffles aux recherches d’élands de Derby, des affûts au bongo aux longues journées consacrées aux grands félins, ces expériences avaient tissé entre eux des liens particulièrement profonds. Christophe avait d’ailleurs accepté de préfacer le livre de Bernard Andries, intitulé « Sur les traces du sauvage », retraçant les aventures cynégétiques de ce dernier et de son épouse à travers les cinq continents. Dans cet ouvrage, le guide évoquait leur rencontre comme « l’instant fondateur d’une amitié profonde, indestructible ». Des mots qui prennent aujourd’hui une dimension particulièrement émouvante. Dans son hommage, Bernard Andries rappelle également les terribles épreuves traversées par son ami : plusieurs accès de paludisme particulièrement graves, mais aussi un encornage par un buffle au Bénin qui avait failli lui coûter la vie. Jamais ces accidents et ces difficultés n’avaient entamé sa détermination. Christophe possédait cette énergie, cette volonté de surmonter les obstacles et de toujours repartir vers de nouvelles aventures qui caractérisent les hommes de terrain profondément passionnés par leur métier.

Un grand professionnel, mais surtout un homme

Au-delà de ses remarquables qualités de guide, tous ceux qui l’ont connu évoquent un homme entier, profondément humain, attachant et fidèle en amitié. Ses clients devenaient souvent des amis et certains lui étaient restés fidèles pendant de nombreuses années. Photographe talentueux, passionné de nature et de faune sauvage, Christophe savait également transmettre son enthousiasme et ses connaissances. Mais derrière le professionnel reconnu se trouvait aussi un époux et un père profondément attaché à sa famille. Bernard Andries rappelle notamment combien Christophe avait tenu à transmettre à sa fille Manon une part de cette passion de l’Afrique et de la nature qui avait guidé son existence. Dans son message adressé aux membres de l’AGGC, Jean-Pierre Bernon résume avec émotion ce sentiment partagé : « Nous perdons aujourd’hui un grand professionnel, mais surtout un ami dont nous garderons un souvenir ému et fidèle. »

Au revoir, Christophe

La disparition brutale de Christophe Morio laisse un grand vide dans le monde de la chasse africaine, parmi ses confrères, ses nombreux amis et tous ceux qui ont eu le privilège de partager avec lui ces aventures humaines et cynégétiques qui marquent une existence. Il laisse le souvenir d’un homme passionné, courageux, généreux et profondément attaché à cette terre africaine qu’il aimait tant. Dans les dernières lignes de son hommage, Bernard Andries imagine déjà retrouver son ami en pensée, au détour d’une piste africaine, à l’aube dans la brousse, ou dans ces conversations où les compagnons de chasse refont indéfiniment le monde et leurs aventures passées. Une image qui dit beaucoup de ces amitiés forgées loin de tout, au contact de la nature sauvage. La rédaction de So Chasse s’associe à l’hommage rendu par l’Association des Guides de Grande Chasse et adresse ses plus sincères condoléances à son épouse Murielle, à sa fille Manon, ainsi qu’à l’ensemble de sa famille et de ses proches. Au revoir, Christophe. Que les pistes africaines que tu aimais tant demeurent à jamais le refuge de ton souvenir.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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