C’est devenu l’un des arguments répétés sur les réseaux sociaux ces derniers jours : les chasseurs financeraient massivement l’Office français de la biodiversité, à hauteur de 50 millions d’euros par an. Un chiffre repris par des députés et des acteurs du monde de la chasse. Interrogé par nos soins, le directeur général de l’OFB, Olivier Thibault, estime pourtant que cette affirmation repose sur un amalgame.
D’où viennent vraiment les 50 millions ?
Le raisonnement paraît simple : chaque validation du permis de chasser comprend une redevance d’environ 50 euros. Multipliée par près d’un million de chasseurs, elle représente effectivement une cinquantaine de millions d’euros. Mais cet argent ne va pas à l’OFB. Il est versé aux agences de l’eau. C’est là que naît la confusion. Car les agences de l’eau participent ensuite au financement global des politiques de biodiversité, dont l’OFB fait partie, aux côtés d’autres opérateurs, des parcs nationaux ou encore de l’assainissement. Dire que les chasseurs financent directement l’OFB à hauteur de 50 millions revient donc, pour le directeur général, à mélanger deux circuits budgétaires différents. Ce qui est très différent de l’ancien ONCFS qui était essentiellement financé par les chasseurs. Au-delà, les futurs chasseurs qui souhaitent passer leur permis, versent une taxe et une redevance, lors du paiement à l’inscription à l’épreuve, à l’OFB à hauteur de 1 à 2 millions d’euros qui permet l’organisation du permis de chasser, lequel coûte chaque année 3 à 4 millions d’euros à l’établissement.
L’éco-contribution : un système cofinancé
Le mécanisme est simple : 5 euros par validation de permis sont versés par les chasseurs dans un fonds dédié, éco-contribution. L’OFB abonde le dispositif à hauteur de 10 euros. Au total, ce sont environ 9 millions d’euros de l’OFB par an qui financent des actions concrètes sur le terrain : restauration de milieux, aménagements pour la faune, projets portés par les fédérations. Ce point est central dans le discours de l’établissement : il ne s’agit pas d’un financement de fonctionnement, mais de projets. Autrement dit, d’investissements visibles.
Les autres contributions de l’OFB aux chasseurs
À l’eco-contribution s’ajoutent plusieurs flux financiers souvent oubliés : l’OFB transfert vers les fédérations départementales 9 millions euros pour les missions administratives qu’elles assurent pour le compte de l’État, comme la gestion des plans de chasse et des ACCA (Association Communale de Chasse Autorisée). À cela s’ajoute, le coût de la police de la chasse, des missions de suivi et de connaissances (c, gibiers d’eau, sangliers…) assurée par les agents de l’OFB.
Le cœur de la polémique : les financements d’ONG
C’est l’autre accusation récente : l’OFB financerait des associations qui attaquent ensuite l’État ou la chasse en justice. Sur ce point, Olivier Thibault apporte une réponse très cadrée. L’établissement ne finance pas le fonctionnement des structures. Il finance des projets. Un projet non réalisé n’est pas payé. Et le financement n’est jamais intégral : il varie selon les dispositifs, généralement entre 40 % et 80 %. Ce principe vaut pour tout le monde (collectivités, monde agricole, fédérations des chasseurs, associations). Pour la direction, sortir les ONG de ce système reviendrait à choisir un camp, ce qui serait incompatible avec la nature d’un opérateur public.
Si la question des financements cristallise autant de tensions, c’est qu’elle touche à la place de la chasse dans les politiques de biodiversité. Derrière les montants, il y a une interrogation plus profonde : l’OFB est-il un partenaire, un arbitre ou un adversaire ? En rappelant les circuits réels de l’argent, la direction cherche à rétablir un cadre factuel. Mais elle sait que la réponse ne sera pas uniquement comptable. Car dans un contexte de défiance, la perception pèse souvent plus lourd que les chiffres.











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