La capacité de pénétration d’une flèche continue de susciter interrogations et scepticisme chez de nombreux chasseurs. Comment une arme silencieuse, relativement lente et dépourvue d’effet de choc peut-elle traverser un grand gibier parfois mieux qu’une balle de carabine ? Derrière cette apparente contradiction se cache en réalité une logique physique implacable. À travers son expérience de terrain et des démonstrations aussi simples que parlantes, Vincent Lalande, spécialiste reconnu de la chasse à l’arc, lève le voile sur les mécanismes réels de la pénétration et démonte plusieurs idées reçues.
BSL : Vincent, certains chasseurs sont sceptiques : on constate souvent que des balles de carabine très puissantes ne traversent pas un grand gibier. Comment expliquer qu’une flèche puisse, elle, pénétrer profondément ?
VL : La différence vient du principe de fonctionnement. Une balle de carabine est conçue pour se déformer à l’impact et être freinée brutalement. Elle dissipe son énergie dans le corps de l’animal, ce qui crée un effet de choc important. C’est d’ailleurs pour cela qu’on n’utilise pas de balles blindées, sauf sur certains très grands gibiers africains. Certaines ogives trop dures traversent sans s’ouvrir et sont connues pour ne pas arrêter efficacement le gibier. À l’inverse, une flèche ne se déforme pas. Elle conserve son énergie et rencontre beaucoup moins de résistance. Elle pénètre donc en profondeur sans avoir besoin d’une vitesse élevée ni d’une énergie importante.

BSL : Cela reste difficile à imaginer pour beaucoup. Avez-vous un exemple concret ?
VL : Oui, c’est une démonstration que j’utilisais souvent avant la légalisation de la chasse à l’arc en France. Je sortais une cartouche de calibre .375 H&H et je demandais à quelqu’un de tendre la main, paume vers le haut. Je laissais tomber la cartouche, et la personne la rattrapait sans problème. Ensuite, je proposais de faire la même chose avec une flèche équipée d’une lame. Là, plus personne ne voulait jouer. Cette simple comparaison permet de comprendre immédiatement qu’une flèche n’a pas besoin de vitesse ni d’énergie pour infliger une blessure grave. C’est son tranchant et sa capacité à pénétrer qui font toute la différence.

BSL : Si la vitesse n’est pas déterminante, le poids de la flèche joue-t-il un rôle majeur ?
VL : Oui, clairement. Plus une flèche est lourde, plus elle pénètre. Mais il y a un compromis à trouver. Une flèche lourde sera plus lente et sa trajectoire sera plus courbe. Cela rend le tir plus difficile à maîtriser, surtout en situation réelle de chasse, par exemple depuis un poste surélevé où l’angle réduit la zone vitale. Il faut donc adapter le poids de la flèche à son arc, à son niveau technique et au type de gibier recherché.

BSL : D’autres facteurs influencent-ils la pénétration ?
VL : Oui, et en premier lieu la lame. Si le tir est parfaitement placé dans la cage thoracique, la plupart des lames feront le travail si le matériel est adapté. Mais dans la réalité, les tirs ne sont pas toujours parfaits. Le point critique, ce sont les os. Une colonne vertébrale, une tête d’épaule ou une omoplate peuvent stopper net une flèche si la lame ne les traverse pas. Les tests sont très clairs : les lames bilames pénètrent beaucoup mieux dans les structures osseuses que les modèles plus complexes. Il faut se méfier des arguments marketing souvent trop optimistes.
BSL : Si une flèche peut mieux pénétrer qu’une balle de carabine il est plus rare de voir un animal fléché mourir sur place, pourquoi?
VL : Lorsqu’un gibier tombe sur place, c’est parce qu’il a été mis à terre par l’onde de choc. Avec une flèche, il n’y a aucune onde de choc, uniquement l’effet de l’hémorragie, qui met quelques instants à produire son effet létal. Il arrive cependant qu’un gibier tombe sur place lorsqu’il est atteint par une flèche dans le cerveau ou la moelle épinière (paralysie nerveuse uniquement, donc atteintes à éviter).
BSL : A quelle vitesse en moyenne une flèche arrive-t-elle dans un cerf, sanglier ou chevreuil?
VL : Il est quasiment impossible d’estimer avec précision cette vitesse à l’impact, parce que le vol d’une flèche est conditionné par de nombreux facteurs tels que le modèle et l’angle d’empennage, le diamètre du tube, la vitesse de vol, la masse totale de la flèche ou encore sa vitesse de rectification après la décoche. Toutes ces variables sont beaucoup plus difficiles à modéliser qu’avec une balle de fusil ou de carabine, c’est pour cela qu’il n’existe pas de tables balistiques en archerie. On peut seulement dire qu’une flèche perd peu de vitesse en vol, parce que c’est un projectile extrêmement lent qui subit donc peu de frictions aérodynamiques.
BSL : Y a-t-il des flèches qui sont plus pénétrantes que d’autres?
VL : Comme dit précédemment, c’est surtout la lame et le poids total de la flèche qui conditionnent sa capacité de pénétration. Les autres facteurs sont moindres, mais quand on recherche une pénétration maximum, on peut également favoriser l’utilisation d’un tube ultra-fin (mais de rigidité adaptée), ce qui limitera les frottements et donc augmentera également la capacité de pénétration du projectile.
Vincent Lalande
Optimisation des arcs et coaching
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