Bougrain-Dubourg l’admet : le président le plus « écolo » était chasseur !
Interrogé récemment par une journaliste de la chaîne institutionnelle Public Sénat sur le responsable politique français qui s’était montré le
Lire la suiteÀ la tribune de l’UniREVcité, l’université d’été du mouvement animaliste REV d’Aymeric Caron, Sandrine Rousseau a appelé ses sympathisants à se rendre dans les forêts et les campagnes à l’ouverture de la chasse pour « empêcher » celle-ci et se tenir « debout, face à eux, physiquement » devant les chasseurs. Des propos d’une gravité particulière lorsqu’ils visent une activité légale pratiquée avec des armes à feu. Depuis, un député a saisi la justice.
Les mots ne sont ni sortis de leur contexte, ni rapportés par un adversaire politique. Ils ont été prononcés publiquement dimanche 23 août par Sandrine Rousseau elle-même. La députée écologiste participait à l’UniREVcité organisée du 21 au 23 août à Saint-Antoine-du-Rocher, près de Tours, par la Révolution écologique pour le vivant, le mouvement fondé par Aymeric Caron. Le programme officiel annonçait notamment Sandrine Rousseau, Aymeric Caron et Philippe Poutou réunis autour d’une table ronde consacrée à « l’écologie de rupture ». Et de rupture, il en fut effectivement question. Après avoir expliqué qu’elle n’avait « plus du tout envie d’être polie » et qu’elle n’en avait « plus rien à péter de leur bien-être », Sandrine Rousseau s’en prend à la prochaine ouverture de la chasse. « Il va falloir nous affronter à cette ouverture de la chasse », lance-t-elle. Elle souhaite alors voir ses sympathisants « nombreux et nombreuses » dans « les forêts, dans les campagnes, dans les lisières, sur les chemins » afin de « mobiliser ce peuple de l’écologie pour empêcher qu’on ait un permis de tuer ». Puis vient cette phrase : « C’est parce que nous serons là, debout, face à eux, physiquement, qu’enfin ils prendront conscience de la réalité de ce que nous sommes. »
Soyons précis. Sandrine Rousseau ne dit pas littéralement : « frappez les chasseurs ». Lui attribuer cette phrase serait faux. Mais ses propres mots sont déjà suffisamment préoccupants. « Affronter », « empêcher », se placer « face à eux, physiquement » : l’enchaînement ne relève plus d’un simple appel à manifester son désaccord avec la chasse, à pétitionner ou à demander une modification de la loi. Il consiste à appeler des militants à se rendre directement sur les lieux où se dérouleront des actions de chasse afin d’en empêcher le déroulement en se plaçant physiquement face aux chasseurs. Et c’est précisément là que l’irresponsabilité devient patente. Une chasse, contrairement à une réunion politique ou à une manifestation en centre-ville, implique des personnes porteuses d’armes, des chiens, des animaux en mouvement et des tirs soumis à des règles de sécurité extrêmement strictes. Introduire volontairement une situation de confrontation humaine dans un tel environnement peut créer un risque que personne de raisonnable ne devrait chercher à provoquer. On peut être farouchement opposé à la chasse. On peut militer pour son abolition. On peut manifester, écrire, voter, saisir les tribunaux et utiliser toutes les voies offertes par la démocratie. Appeler à aller « physiquement » faire obstacle aux chasseurs sur le terrain est d’une tout autre nature.
Les propos n’ont d’ailleurs pas seulement provoqué l’indignation du monde cynégétique. Mardi 25 août, Matthias Renault, député de la Somme, a annoncé avoir effectué un signalement auprès de la procureure de la République de Tours en application de l’article 40 du Code de procédure pénale. Dans son courrier, le parlementaire reprend précisément la succession des termes employés par Sandrine Rousseau : « affronter », « empêcher », « face à eux » et « physiquement ». Il demande à la justice d’apprécier si les déclarations peuvent notamment constituer une provocation à commettre des infractions et si elles pourraient conduire à des actes d’obstruction, tout en précisant qu’aucun élément n’établit à ce stade que ces propos auraient déjà été suivis de violences ou d’obstructions. Il appartiendra naturellement à la justice, et à elle seule, d’en déterminer l’éventuelle qualification pénale.
Il existe en revanche un texte parfaitement clair que ceux qui seraient tentés de suivre cet appel feraient bien de connaître. L’article R.428-12-1 du Code de l’environnement dispose que le fait « par des actes d’obstruction concertés, d’empêcher le déroulement d’un ou plusieurs actes de chasse » est puni de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe. Pour une personne physique, celle-ci peut atteindre 1 500 euros, et jusqu’à 3 000 euros en cas de récidive lorsque les conditions prévues par les textes sont réunies. Cela ne signifie évidemment pas que promeneurs ou opposants à la chasse perdent leur liberté de circuler sur les voies où ils sont légalement autorisés à se trouver. Mais manifester son opposition à la chasse et organiser une obstruction concertée destinée à empêcher une action de chasse sont juridiquement deux choses différentes.
Sandrine Rousseau justifie également son appel en affirmant avoir lu que l’ouverture de la chasse allait être « avancée » et que des « dérogations » permettraient d’en anticiper la date. Présentée ainsi, l’affirmation est pour le moins trompeuse. Il n’existe pas en 2026 de décision nationale avançant soudainement l’ouverture générale de la chasse. Le Code de l’environnement fixe toujours les mêmes fenêtres réglementaires : au plus tôt le premier dimanche de septembre en Corse, le deuxième dimanche dans une grande partie du sud de la France et le troisième dimanche dans de nombreux départements du nord et de l’ouest. Pour 2026, cela correspond respectivement aux 6, 13 et 20 septembre. Les ouvertures anticipées de certaines espèces sont, elles, prévues depuis longtemps par la réglementation. L’article R.424-8 permet notamment, sous certaines conditions, la chasse du chevreuil et du sanglier avant l’ouverture générale, et le renard peut également être chassé dans ce cadre à partir du 1er juin. Autrement dit, présenter ces dispositifs réglementaires comme une nouvelle décision générale prise cette année pour précipiter les chasseurs dans les campagnes après les incendies et la sécheresse entretient une confusion qui n’a guère à voir avec la réalité des textes.
La suite du discours en dit également long sur le degré de radicalité revendiqué. Après son appel à la mobilisation contre les chasseurs, Sandrine Rousseau explique qu’il faut « traduire cela politiquement » afin qu’en 2027 « ce ne soit pas le fascisme, mais que ce soit l’écologie radicale ». Elle ne dit pas littéralement que les chasseurs seraient des fascistes, et nous ne lui ferons pas dire ce qu’elle n’a pas dit. Mais terminer ainsi, dans la même séquence, après avoir désigné la chasse comme un « permis de tuer » et appelé à une confrontation physique sur le terrain, illustre une manière désormais assumée de présenter l’affrontement comme un mode d’action politique. Nous ne sommes plus là dans le débat démocratique mais à la limite de l’appel à une forme de guerre civile.
Reste maintenant une chose essentielle à dire aux chasseurs. Si, dans les prochaines semaines, certains militants décidaient effectivement de suivre cet appel en venant perturber une action de chasse, la pire réponse serait de leur offrir les images d’une altercation qu’ils pourraient ensuite retourner contre l’ensemble du monde cynégétique. Gardez votre calme. Si une intrusion ou une obstruction crée une situation dangereuse, interrompez l’action de chasse. Sécurisez les armes et ne cherchez surtout pas à repousser physiquement les personnes présentes. Prévenez le responsable de chasse et, si la situation le nécessite, la gendarmerie ou la police. Relevez les faits, conservez les éventuelles images prises sans vous mettre en danger et identifiez les témoins. S’il y a menace, violence, dégradation ou obstruction caractérisée, ce sont les forces de l’ordre et la justice qui doivent intervenir. Parce qu’au fond, la réponse la plus efficace à ceux qui rêvent d’une confrontation physique est précisément de la leur refuser. Les chasseurs n’ont rien à gagner à répondre à la provocation. Ils ont en revanche tout intérêt à montrer qu’entre ceux qui appellent depuis une tribune à « s’affronter » sur le terrain et ceux qui gardent leur sang-froid, respectent la loi et veillent à la sécurité, l’irresponsabilité n’est peut-être pas du côté que certains voudraient faire croire.
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