Alors que l’usage des dispositifs thermiques et la place des lieutenants de louveterie sont au cœur d’une controverse en Moselle, le débat s’est déplacé sur le terrain du fonctionnement même de cette institution. Après les déclarations de Pierre Lang, président de la Fédération des chasseurs de la Moselle, évoquant des risques de copinage et un système opaque, So Chasse a été contacté par Julien Nicolas, président des louvetiers. Il a accepté d’expliquer, point par point, comment sont recrutés, contrôlés et encadrés les lieutenants de louveterie en France.
BSL — Vous avez souhaité réagir après les propos tenus sur la louveterie en Moselle. Pourquoi ?
JN: Parce que j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup de choses qui circulent sans que le fonctionnement réel de la louveterie soit bien connu. Ce n’est pas une réaction contre une personne en particulier, mais plutôt une volonté d’éclairer les lecteurs. La louveterie n’est plus celle d’il y a cinquante ans. Aujourd’hui, on est dans un cadre extrêmement encadré, normé et contrôlé par l’État.
BSL — Concrètement, comment devient-on lieutenant de louveterie ?
JN: Tout est défini dans la documentation technique du 26 novembre 2024.Les lieutenants de louveterie sont nommés par le préfet. Il y a d’abord un premier tri parmi les candidats, puis une commission qui examine les dossiers. Cette commission réunit généralement le président de la fédération des chasseurs, un représentant de l’OFB, la DDT, le président de la louveterie départementale, parfois l’ONF et parfois un représentant des intérêts forestiers. Ensuite, il y a un entretien avec les services de l’État et un examen. Cet examen peut varier selon les départements, mais il comprend toujours une partie théorique et une partie pratique, souvent sous forme d’étude de cas.
BSL — On parle donc bien d’un véritable processus de sélection ?
JN: Oui, clairement. Ce n’est pas une nomination de complaisance. Le volet B 2 du casier judiciaire est vérifié, une enquête de moralité est adressée au maire pour savoir si la personne est connue favorablement ou non. L’OFB vérifie également les antécédents, notamment s’il y a eu des verbalisations ou des contrôles dans le passé. Une fois nommé, un lieutenant l’est pour cinq ans. À l’issue de ce mandat, tout est à nouveau vérifié avant une éventuelle reconduction.
BSL — Certains évoquent une collusion entre louvetiers et détenteurs de droits de chasse. Qu’en est-il réellement ?
JN: Elle est strictement interdite. La DDT vérifie que leur nomination n’est pas susceptible d’entraîner un conflit d’intérêt avec l’intérêt général et qu’aucune incompatibilité n’empêcherait une telle nomination. Il en serait ainsi notamment de celle d’agent chargé de la police de l’environnement, de garde particulier sur sa circonscription, de président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs ou des salariés placés sous son autorité. Un lieutenant de louveterie ne peut pas intervenir sur un territoire où il détient des droits de chasse ou où il représente une société de chasse. Ce sont des garde-fous très clairs.
En tout temps, les lieutenants de louveterie gardent à l’esprit qu’ils sont des représentants de l’administration et ses conseillers cynégétiques. À ce titre, ils doivent faire preuve de réserve, de neutralité, d’une grande rigueur et d’objectivité

BSL — Qui décide des interventions sur le terrain ?
JN: Ce n’est jamais le lieutenant de louveterie qui décide seul. Le donneur d’ordres, c’est le préfet. L’intervention se fait soit à la suite d’une demande officielle liée à des dégâts, à un problème sanitaire ou de sécurité publique, soit dans le cadre d’une battue administrative. Le lieutenant de louveterie agit sous arrêté préfectoral et doit rendre compte de tout.
BSL — Justement, comment ces missions sont-elles contrôlées ?
JN: Depuis plusieurs années, nous avons mis en place un outil numérique appelé Mission Louveterie. Quand un lieutenant de louveterie part en mission, il déclare où il va, quand il y va, sous quel arrêté et dans quelles conditions. Les services de l’État et l’OFB sont informés. Au retour, un rapport doit être rédigé sous 48 heures avec les observations, les prélèvements, le nombre de tirs et de cartouches utilisées. Tout est tracé. L’adminsitration a accés en direct à ce logiciel de mission.
BSL— Lors des battues administratives, qui choisit les chasseurs présents ?
JN: C’est le lieutenant de louveterie, sous l’autorité du préfet. Les chasseurs qui participent passent sous cette autorité. On ne peut pas faire venir des personnes qui perturberaient la battue ou qui n’en respecteraient pas le cadre. La priorité est donnée aux chasseurs locaux, parce que ce sont eux qui connaissent le territoire et qui subissent souvent les dégâts.

BSL — Certains reprochent aux louvetiers des prélèvements mal ciblés, notamment sur les laies suitées.
JN: Je peux entendre que des dérives individuelles aient existé par le passé, comme dans toute activité humaine. Mais ce n’est absolument pas l’esprit de la louveterie. Personnellement, je préfère prélever un marcassin et laisser une laie avec ses petits plutôt que de créer un déséquilibre en prélevant la laie, ce qui va générer des problèmes pendant des mois. La mission, c’est la régulation et la sécurité, pas la recherche de trophées.
BSL — La louveterie se considère-t-elle comme un service public ?
JN: Oui, clairement. Ce n’est pas toujours parfait et je ne dis pas que 100 % des louvetiers ont la même vision, mais dans l’ensemble, il y a une vraie notion de service public. On intervient sur des problématiques sanitaires, de sécurité publique, en centre-ville parfois, sur le loup, sur le sanglier. Ce n’est en aucun cas un acte de chasse, c’est un acte de destruction et une mission ordonnée par l’État, au service du public et des territoires.
BSL — Combien compte-t-on de louvetiers aujourd’hui en France ?
JN: Il y aenviron 1 850 lieutenants de louveterie, dont une trentaine de femmes. Le nombre évolue, notamment avec les problématiques liées au loup. Certains départements recrutent encore.
BSL — En résumé, que répondez-vous aux accusations de copinage ?
JN Qu’il n’y a pas de copinage institutionnel. Il y a un cadre, des règles, des contrôles et un donneur d’ordres unique, qui est l’État. Si un lieutenant de louveterie ne respecte pas ce cadre, il disparaît du système et révoqué par le préfet. On n’est plus au XIXe siècle. La louveterie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’autrefois.
Pour conclure, Il me semble important de rappeler que le louvetier n’intervient jamais sans raison. La mesure administrative doit rester un outil complémentaire et exceptionnel. Ce ne doit pas être un mode de gestion.












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