Chevreuil : pourquoi le rut d’été donne des faons au printemps ?
Entre la fin juillet et la mi-août, le comportement des chevreuils change radicalement. Les brocards deviennent beaucoup plus mobiles, poursuivent
Lire la suiteDans les parcelles de maïs, le sanglier est souvent le premier accusé lorsque les pieds sont couchés et les épis dévorés. Pourtant, le responsable peut être tout autre. Dans une vidéo de l’Action Agricole Picardie, Laurent Grocol, agriculteur et expert en dégâts de gibier pour la Fédération des chasseurs de la Somme, montre comment reconnaître les dégâts provoqués par les blaireaux. Et selon lui, leur présence dans les cultures ne cesse de progresser.
Le constat dressé sur le terrain par Laurent Grocol est particulièrement parlant : « Maintenant, une parcelle sur trois, il y a des blaireaux dedans. Ça va en augmentant. ». Dans la parcelle visitée avec la journaliste Margaux Bart, les dégâts permettent justement d’observer les différences entre le passage des sangliers et celui des blaireaux. Car si les deux espèces apprécient le maïs, elles ne le consomment pas de la même manière. Et pour un agriculteur, identifier correctement l’auteur des dégâts n’a rien d’anecdotique. Les dégâts agricoles causés par le grand gibier relèvent en effet d’un dispositif légal d’indemnisation financé par les chasseurs. Ceux occasionnés par le blaireau n’entrent pas dans ce dispositif. Autrement dit, confondre les deux espèces peut complètement changer la lecture économique des dommages observés dans une parcelle.
Premier indice montré par Laurent Grocol : l’état des épis après le repas. Le blaireau possède une manière assez caractéristique de s’attaquer au maïs. « Le blaireau rassemble les épis et il gratte tous les épis. Un sanglier, il ne sait pas faire ça », explique l’expert. La démonstration est particulièrement claire lorsqu’il prend plusieurs restes dans ses mains. L’épi attaqué par le blaireau peut rester entier, mais il a été soigneusement débarrassé de ses grains. L’animal les prélève avec une étonnante minutie et il arrive même que quelques lignes de grains subsistent sous l’épi lorsqu’il a été consommé au sol. Avec le sanglier, le résultat est beaucoup plus grossier. L’épi est fréquemment cassé en deux, croqué et partiellement consommé. Des groupes de grains restent encore attachés ici ou là. Mis côte à côte, les deux types de restes deviennent relativement faciles à distinguer pour un œil exercé.
Laurent Grocol apporte néanmoins une nuance intéressante. Avec les conditions particulièrement sèches observées cette année, il constate que les blaireaux ont davantage cassé les pieds et les épis qu’à l’habitude. Certains dégâts peuvent ainsi ressembler davantage à ceux provoqués par les sangliers. Il existe heureusement d’autres indices. La localisation des dégâts dans la parcelle en fait partie. « La première route qui est tombée, ce n’est jamais du sanglier. C’est toujours, toujours du blaireau », explique-t-il en parcourant la périphérie du maïs. Dans la parcelle présentée, située en bordure d’un bois, il estime qu’une bande d’environ dix mètres sur cent mètres a été touchée : sur cette surface, le maïs a pratiquement disparu.
Lorsque les restes végétaux ne suffisent plus, il faut regarder le sol. Les empreintes constituent évidemment un autre moyen de déterminer quelle espèce est passée dans la culture. Celles du sanglier montrent notamment les deux onglons caractéristiques, tandis que la patte du blaireau laisse une trace très différente. Pour évaluer l’importance des dommages, Laurent Grocol utilise ensuite une méthode simple. Il compte cent pieds et relève ceux qui ont été touchés : trois pieds détruits correspondent ainsi à environ 3 % sur l’échantillon observé. Répétée à différents endroits, cette méthode permet d’obtenir une estimation de l’ampleur des dégâts dans la parcelle. Et ces pertes viennent parfois s’ajouter à une récolte déjà diminuée par les conditions climatiques. Dans le cas montré dans la vidéo, Laurent Grocol évoque déjà « entre 15 et 20 % de maïs en moins » cette année avant même de compter les dégâts supplémentaires provoqués par les animaux.
Le maïs consommé n’est d’ailleurs pas le seul problème posé par une forte présence de blaireaux. L’animal creuse d’importants réseaux de terriers et les entrées peuvent se trouver jusque dans les parcelles cultivées. Une situation qui peut devenir problématique au moment du passage des engins agricoles. Laurent Grocol montre ainsi une zone où une roue peut s’enfoncer et avertit des conséquences possibles : « Il peut casser des roues, il peut casser n’importe quoi. ». Au-delà de la récolte directement consommée, la présence du blaireau peut donc également créer des contraintes très concrètes pour l’exploitation et le travail des parcelles.
Sur le secteur visité, Laurent Grocol estime la compagnie présente à au moins quatre ou cinq animaux. Surtout, il explique rencontrer aujourd’hui ce type de situation en pleine parcelle alors que les dégâts étaient auparavant davantage concentrés à proximité des bois, des talus et des terriers. Pour lui, la conclusion devient inévitable : « Il faudra certainement les réguler un peu plus. Avoir le droit de les réguler, surtout. ». Le blaireau reste une espèce chassable en France, mais ses possibilités de prélèvement sont fortement encadrées, notamment lorsqu’il s’agit de la vénerie sous terre et de sa période complémentaire, régulièrement attaquée devant les tribunaux par les associations animalistes.
C’est sans doute le point le plus sensible soulevé dans cette vidéo. Lorsqu’un sanglier ravage une culture dans les conditions prévues par le Code de l’environnement, le système d’indemnisation des dégâts de grand gibier entre en jeu et repose financièrement sur le monde de la chasse. Lorsque le responsable est un blaireau, l’agriculteur ne bénéficie pas de ce même mécanisme. Face à la progression des dommages qu’il constate, Laurent Grocol pose donc également la question de leur indemnisation : « Si ça continue, il faudra certainement indemniser les dégâts. Parce qu’il y a vraiment beaucoup de dégâts, quand même. C’est un manque à gagner pour les agriculteurs ». Une situation assez paradoxale : les chasseurs sont sommés de payer lorsque le sanglier détruit le maïs, tandis que les possibilités de réguler une autre espèce capable d’occasionner des dégâts importants sont régulièrement contestées. Sur le terrain, pourtant, les épis méthodiquement vidés de leurs grains ne laissent guère de place aux débats théoriques : pour l’agriculteur qui récoltera ce qui reste, le manque à gagner, lui, est bien réel.
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