À l’occasion du Game Fair 2026, la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) et l’Association Nationale des Jeunes et Nouveaux Chasseurs (ANJC) ont officialisé un partenariat inédit pour accompagner la relève des chasseurs. Derrière cette convention, un objectif clair : recruter de nouveaux chasseurs, les fidéliser après l’obtention du permis et faciliter leur accès aux territoires. À l’occasion de la signature de cette convention, nous avons pu échanger avec Romain Gally, président de l’ANJC et détailler les ambitions de ce rapprochement avec la FNC, les difficultés rencontrées par les nouveaux chasseurs et sa vision de la chasse de demain.
SC : Romain Gally, cette convention signée avec la Fédération Nationale des Chasseurs marque une étape importante. Comment est née cette collaboration ?
RG : Lorsque nous avons été élus à la tête des Jeunes Chasseurs de France, nous avons rapidement pris contact avec la Fédération Nationale des Chasseurs. Nous avons eu plusieurs échanges avec Nicolas Rivet puis avec la FNC afin de construire un partenariat qui nous semblait finalement assez naturel. Nous partageons le même objectif : recruter davantage de chasseurs et surtout fidéliser ceux qui viennent d’obtenir leur permis. C’est cette volonté commune qui a conduit à la signature de cette convention.
SC : Quels engagements concrets prévoit cet accord ?
RG : La convention est assez simple dans son principe. Les Jeunes Chasseurs de France s’engagent à promouvoir une image durable et éthique de la chasse tout en participant activement au recrutement de nouveaux pratiquants. Cela peut passer par des journées découvertes, des actions de parrainage, des rencontres dans les établissements scolaires ou encore des opérations de communication. Nous voulons soutenir toute initiative qui peut favoriser l’arrivée de nouveaux chasseurs.

SC : Vous insistez également sur l’accompagnement après l’obtention du permis…
RG : Oui, parce que nous avons identifié un véritable problème. Le permis de chasser apprend avant tout à manipuler une arme en sécurité, ce qui est évidemment essentiel. En revanche, il n’apprend pas réellement à chasser. Beaucoup de personnes qui ne sont pas issues d’une famille de chasseurs obtiennent leur permis puis se retrouvent seules, sans savoir comment intégrer un territoire de chasse. Notre rôle est donc de faire ce que j’appelle le « service après-vente » du permis de chasser. Nous accueillons ces nouveaux chasseurs dans nos associations, nous les accompagnons, nous les formons et nous les guidons.
SC : Certaines associations départementales ont-elles déjà mis en place ce type d’accompagnement ?
RG : Oui, plusieurs le font déjà. Dans mon département par exemple (la côte d’or), nous avons créé un territoire-école où nous organisons des battues, des sorties à l’approche et différentes activités destinées principalement aux nouveaux chasseurs. Ce type de structure permet d’apprendre concrètement la chasse sur le terrain et de gagner rapidement en expérience.

SC : Comment comptez-vous développer ces initiatives dans les départements où elles n’existent pas encore ?
RG : C’est précisément l’une des missions que nous nous sommes fixées. Nous avons restructuré l’organisation nationale afin qu’elle soit davantage au service des associations départementales. Nous avons créé plusieurs commissions spécialisées pour partager les bonnes pratiques. Certaines associations ont déjà réussi à créer des territoires-écoles, à trouver des financements ou à développer des partenariats locaux. Leur expérience doit servir aux autres. L’idée est de mutualiser les solutions et d’accompagner les départements qui souhaitent se lancer.
SC : Quel est aujourd’hui le principal obstacle rencontré par les jeunes chasseurs ?
RG : Sans hésitation : l’accès aux territoires à un tarif abordable. J’aimerais travailler avec les propriétaires forestiers pour leur montrer que les territoires écoles permettent de former leurs futurs chasseurs et donc leurs futurs partenaires.
SC : Le permis de chasser doit-il évoluer selon vous ?
RG : Je suis partagé. Ma conviction personnelle est que le permis doit remplir sa mission sur la sécurité, mais qu’il pourrait davantage préparer à la pratique réelle de la chasse. Je ne parle pas forcément du contenu actuel mais plutôt de l’accompagnement global. Nous devons aussi lever certains freins administratifs ou organisationnels et tout faire pour faciliter l’accès au plus grand nombre. Dans certains départements, il me semble que les délais ou les dates d’examen peuvent compliquer les choses. Plusieurs jeunes nous ont remonté ce point et ne peuvent passer le permis faute de date disponible le samedi ou durant les vacances scolaires.
SC : Vous avez évoqué une idée originale de « bootcamp » chasse…
RG : Oui, c’est une réflexion que j’aimerais développer. L’idée serait de proposer à des non-chasseurs une immersion de plusieurs jours. Ils découvriraient les fondamentaux de la chasse, la sécurité, le tir, les espèces, les territoires, puis passeraient leur permis à l’issue de cette formation. On leur proposerait ensuite une intégration immédiate au réseau des Jeunes Chasseurs de France afin qu’ils puissent continuer à pratiquer. C’est une idée à creuser.
SC : Avez-vous déjà rencontré des personnes qui ont renoncé à chasser faute d’accompagnement ?
RG : Oui. j’ai aussi rencontré de nombreux chasseurs qui m’ont dit que sans l’association des jeunes chasseurs, ils auraient probablement arrêté. Cela montre bien l’importance de créer du lien et d’accompagner les nouveaux venus notamment ceux non issus de parents chasseurs.
SC : Combien de membres compte aujourd’hui l’Association Nationale des Jeunes et Nouveaux Chasseurs ?
RG : C’est difficile à chiffrer précisément car nous ne disposons pas encore d’un référentiel unique au niveau national. J’estime que nous comptons au minimum 3 000 adhérents actifs et probablement entre 5 000 et 6 000 personnes si l’on inclut les sympathisants qui participent régulièrement à nos événements.

SC : Justement, comment comptez-vous structurer davantage le réseau ?
RG : Nous avons récemment adopté une réforme importante de nos statuts afin que chaque département soit représenté au niveau national. La prochaine étape est la création d’un site internet national. Nous voulons mettre en place une plateforme unique permettant aux adhérents de participer aux événements organisés partout en France. Demain, un jeune chasseur de Côte-d’Or pourrait facilement s’inscrire à une sortie organisée dans un autre département et inversement.
SC : Les jeunes chasseurs ont-ils une vision différente de la chasse par rapport aux générations précédentes ?
RG : Oui, c’est une réalité. Les jeunes chasseurs sont souvent plus mobiles. Grâce au permis national à tarif réduit, beaucoup n’hésitent plus à découvrir différents territoires et différents modes de chasse partout en France. Ils sont davantage dans une logique de découverte et d’échange. Cela ne remplace pas l’attachement à un territoire local, mais cela crée une nouvelle dynamique.
SC : Cette évolution oblige-t-elle le monde de la chasse à s’adapter ?
RG : Bien sûr. La société évolue et la chasse évolue avec elle. Certains jeunes souhaitent s’investir durablement dans une société de chasse locale, tandis que d’autres recherchent davantage de flexibilité. Il faut être capable de répondre à ces différentes attentes tout en préservant l’esprit collectif qui fait la richesse de la chasse française.
SC : Comment améliorer l’image de la chasse auprès du grand public ?
RG : Je pense que le travail de communication engagé ces dernières années par la FNC commence à porter ses fruits. Nous voyons arriver de plus en plus de personnes qui ne viennent pas du monde de la chasse. C’est très positif. Aujourd’hui, beaucoup de personnes s’intéressent à l’origine de leur alimentation, à la nature, à la gestion de la faune sauvage. La valorisation du gibier, le lien avec les territoires et le rôle de la chasse dans le maintient et le développement de la biodiversité constituent des arguments très forts.
SC : Quelles seront les prochaines étapes de ce partenariat entre la FNC et l’ANJC ?
RG : Nous avons trois priorités. D’abord, la création de cette plateforme nationale qui doit permettre de mieux structurer notre réseau. Ensuite, le développement des territoires-écoles partout en France afin de faciliter l’accès à la chasse. Enfin, nous voulons mener des opérations de recrutement et de valorisation de la chasse auprès du grand public. Ce sont les trois grands axes sur lesquels nous allons travailler dans les mois à venir.
À travers cette convention signée au Game Fair 2026, la Fédération Nationale des Chasseurs et l’Association Nationale des Jeunes et Nouveaux Chasseurs affichent une ambition commune : transformer l’obtention du permis de chasser en véritable parcours d’intégration. Pour Romain Gally, l’avenir de la chasse française passera autant par la transmission des savoirs que par la capacité à offrir aux nouveaux pratiquants des territoires, des formations et un accompagnement concret. Un chantier de long terme qui pourrait bien conditionner le renouvellement des générations dans les années à venir.












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