« Du jamais-vu en 60 ans » : le président des chasseurs du Haut-Rhin veut épargner les femelles

Après plusieurs épisodes de canicule et un été particulièrement éprouvant pour la faune sauvage, le président de la Fédération des chasseurs du Haut-Rhin tire la sonnette d’alarme. Face à des animaux amaigris et à une mortalité importante constatée chez les jeunes, il demande que les femelles de plusieurs espèces de grand gibier soient épargnées. Une mesure qui ne concernerait pas le sanglier, dont la régulation doit au contraire se poursuivre.

Une situation que les chasseurs jugent exceptionnelle

« Je chasse depuis plus de 60 ans. Je n’ai jamais vu la faune et la flore fin août dans cet état. » Le constat dressé par le président de la Fédération des chasseurs du Haut-Rhin est particulièrement préoccupant. Après deux à trois épisodes de canicule importants durant l’été, il décrit une forêt extrêmement éprouvée et surtout des animaux fortement amaigris. Sur l’ensemble du département, les chasseurs lui signalent également une mortalité importante chez les jeunes animaux : faons, jeunes chevreuils ou encore jeunes chamois. En cause selon lui : le manque d’eau, mais également la raréfaction de la nourriture disponible dans les milieux naturels. Pour comprendre sa proposition, il faut rappeler un principe simple : lorsqu’une population animale subit une forte mortalité, notamment parmi les jeunes, préserver les femelles reproductrices permet de conserver sa capacité à se renouveler les années suivantes. C’est précisément sur ce levier que la Fédération souhaite agir.

Épargner les femelles pour préserver les populations

Le président demande donc officiellement que les femelles de plusieurs espèces de grand gibier soient épargnées : les biches pour le cerf, les chevrettes pour le chevreuil, les daines pour le daim ainsi que les femelles chamois. L’objectif est clair : ne pas ajouter les prélèvements liés à la chasse à une mortalité naturelle déjà jugée exceptionnelle. Dans les termes employés par le président de la Fédération, il s’agit de ne pas « tirer le capital ». Autrement dit, si une partie importante des jeunes animaux a disparu, prélever également les femelles capables de se reproduire pourrait accentuer la baisse des populations. Et le problème ne devrait pas disparaître avec les premières pluies. Selon lui, les conséquences de cet été pourraient se faire sentir pendant au moins trois ans.

Pourquoi le préfet doit entrer dans la discussion ?

La décision ne dépend toutefois pas uniquement de la volonté des chasseurs. La gestion du grand gibier repose notamment sur des plans de chasse. Pour certaines espèces et certains territoires, l’administration fixe des objectifs de prélèvement qui peuvent comprendre un nombre minimum d’animaux à réaliser. Ces minima servent notamment à maîtriser les populations et à limiter les dégâts causés aux cultures ou aux peuplements forestiers. C’est là que se situe toute la difficulté. Si des chasseurs décident volontairement d’épargner des femelles parce qu’ils considèrent les populations trop fragilisées, ils risquent de ne plus atteindre les minima qui leur ont été attribués. Le président souhaite donc prendre rendez-vous avec le préfet et réunir autour de la table les différents acteurs concernés, notamment les représentants agricoles, l’ONF et l’administration. L’objectif est de trouver une solution permettant d’épargner les animaux concernés sans pénaliser les chasseurs qui décideraient volontairement de ne pas réaliser certains prélèvements.

Pour le sanglier, c’est exactement l’inverse

Une espèce est clairement exclue de cette demande : le sanglier. Sur ce point, la position de la Fédération est même diamétralement opposée. Malgré une mortalité également constatée chez certains marcassins, le président souhaite maintenir une pression de chasse importante sur l’espèce. Depuis le 2 février, 5 443 sangliers ont ainsi été prélevés dans le Haut-Rhin, soit environ 700 de plus que l’année précédente. La raison tient notamment aux dégâts qu’ils peuvent occasionner. Avec la sécheresse et la diminution des ressources alimentaires en forêt, les sangliers sont susceptibles de rechercher davantage leur nourriture dans les prairies et les surfaces agricoles, avec le risque d’augmenter encore les dégâts. Pour la Fédération, leur régulation doit donc se poursuivre.

Quand gérer signifie aussi décider de ne pas tirer

Cette proposition permet surtout de comprendre pour les non chasseurs leur rôle : la gestion cynégétique ne consiste pas seulement à déterminer combien d’animaux peuvent être chassés. Elle peut aussi conduire à décider de ne pas les prélever lorsque l’état des populations le justifie. Dans le Haut-Rhin, le raisonnement proposé est donc différent selon les espèces : préserver les femelles reproductrices de plusieurs grands ongulés fragilisés par les conditions climatiques, tout en continuant à réguler fortement le sanglier. « Je ne me positionne pas uniquement en défenseur du gibier, mais en défenseur de la faune », explique le président de la Fédération. Après un été qu’il décrit comme sans précédent en plus de soixante ans de chasse, son message est finalement simple : adapter les prélèvements à l’état réel de la faune, quitte, lorsque cela devient nécessaire, à ne pas appuyer sur la détente.

Partager cet article

Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

D'autres vidéos pour vous

Retour en haut