Présenté comme un allié précieux de l’agriculture par certains défenseurs de la cause animale, le renard bénéficierait d’une image presque idéalisée. Selon ce discours largement relayé, ce prédateur jouerait un rôle essentiel dans la régulation des petits rongeurs, notamment les campagnols, limitant ainsi les dégâts dans les cultures. Une théorie séduisante sur le papier. Mais que dit réellement le terrain ? Une étude menée pendant vingt ans par la Fédération départementale des chasseurs du Rhône, en lien avec la Métropole de Lyon, apporte des éléments concrets qui viennent sérieusement remettre en cause cette vision.
Vingt ans d’observations au plus près du terrain
Entre 2005 et 2025, les équipages de vénerie sous terre ont recensé avec précision le contenu des terriers de renards sur l’ensemble du département. Au total, ce sont 2 400 terriers qui ont été étudiés, permettant d’établir une photographie détaillée du régime alimentaire de l’espèce. Premier enseignement : le renard est un prédateur opportuniste. Loin de se limiter aux seuls rongeurs, il consomme une très grande diversité de proies, qu’il chasse ou récupère à l’état de charogne. Les relevés font état de 10 espèces domestiques et 42 espèces sauvages retrouvées dans les terriers.
Un impact marqué sur le petit gibier et les élevages
Du côté des animaux domestiques, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- poules présentes dans 70 % des terriers
- canards : 14 %
- pintades et chats domestiques : 8 %
- moutons : 4 %
- dindes, oies, chèvres et porcs : 2 %
Autant de données qui rappellent que le renard ne se cantonne pas aux rongeurs, mais peut également s’attaquer à des animaux d’élevage. Mais c’est surtout du côté de la faune sauvage que l’impact interpelle. Les espèces les plus représentées sont :
- le lièvre brun (42 %)
- le faisan (26 %)
- le lapin de garenne (8 %)
- le canard colvert (6 %)
- la perdrix rouge (3 %)
Autrement dit, une part importante du régime alimentaire du renard concerne directement des espèces de petit gibier dont les populations sont déjà fragilisées dans de nombreux territoires.
Une réalité bien loin des discours simplistes
Ces résultats mettent en lumière un décalage évident entre certaines représentations et la réalité du terrain. Si le renard consomme effectivement des rongeurs, il ne s’y limite en aucun cas. Son comportement opportuniste le conduit à exploiter toutes les ressources disponibles, y compris les espèces les plus vulnérables. Dans ce contexte, réduire son rôle à celui de “régulateur naturel” apparaît comme une vision partielle, voire partiale, qui ne prend pas en compte l’ensemble de ses impacts sur les écosystèmes et les activités humaines. Les chasseurs, eux, s’appuient sur ces observations concrètes pour adapter leur gestion de la faune sauvage, avec une approche fondée sur des données accumulées sur le long terme.
Des populations en forte progression
Autre élément marquant : la dynamique de population du renard. Dans le Rhône, les prélèvements sont passés de 800 à 900 individus par an il y a une trentaine d’années, à plus de 3 500 aujourd’hui. Une évolution qui traduit une présence en nette augmentation, y compris en zone urbaine, où l’animal est désormais régulièrement observé.
Une régulation plus que jamais nécessaire
Dans ce contexte, la question de la régulation du renard reste centrale. Face à un prédateur adaptable, en expansion, et dont l’impact sur certaines espèces est bien documenté, les mesures de gestion mises en place dans plusieurs départements, notamment son classement en espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD), trouvent leur justification dans les réalités observées sur le terrain. Loin des discours idéologiques sur une nature fantasmée s’auto régulant seule, c’est bien sur ces données concrètes que repose aujourd’hui la gestion de cette espèce.












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