Partie courir seule sur un sentier des hauteurs d’Anchorage, en Alaska, une femme a été attaquée et blessée par un ours brun jeudi 13 août. Elle est néanmoins parvenue à utiliser son spray anti-ours avant de regagner seule le départ du sentier. Une rencontre brutale qui rappelle que, même si les attaques restent rares, la présence croissante de l’ours dans des territoires fréquentés par l’homme pose nécessairement la question du risque. Une réflexion qui concerne également les Pyrénées, où la population de plantigrades continue de progresser fortement.
Attaquée alors qu’elle courait seule
La scène s’est déroulée jeudi 13 août sur le Wolverine Bowl Trail, près du départ de Prospect Heights, dans la région d’Anchorage. Selon le communiqué officiel de l’Alaska Department of Fish and Game, une femme adulte courait seule lorsqu’elle a rencontré un ours brun. L’animal l’a attaquée et blessée. La victime transportait heureusement avec elle un spray anti-ours et a réussi à l’utiliser durant l’affrontement. Malgré ses blessures, elle a ensuite été capable de rejoindre par ses propres moyens le départ du sentier avant d’être transportée vers un hôpital d’Anchorage. La gravité exacte de ses blessures n’a pas été précisée. Les biologistes du service de la faune sauvage se sont rendus sur les lieux, ont interrogé la victime, recherché l’animal et prélevé différents échantillons. Aucun ours n’a finalement été retrouvé. Des panneaux d’avertissement ont été installés à proximité du sentier.
Un spray immédiatement accessible
Impossible évidemment d’affirmer ce qui se serait produit si la coureuse n’avait pas été équipée de son spray. Mais une chose est certaine : elle a pu l’utiliser pendant l’attaque et réussir ensuite à se dégager. L’Alaska Department of Fish and Game recommande précisément aux personnes évoluant en territoire à ours de transporter un moyen de défense immédiatement disponible. Le spray doit être porté de manière à pouvoir être saisi rapidement, et non rangé au fond d’un sac. Les autorités recommandent également de se déplacer en groupe, de faire du bruit pour éviter de surprendre un animal et de rester particulièrement vigilant dans les zones de végétation dense. C’est justement l’une des hypothèses pouvant favoriser ce type de rencontre estivale : feuillages et broussailles réduisent considérablement la visibilité et peuvent placer soudainement un homme et un ours à très courte distance. En cas de rencontre, les recommandations américaines sont formelles : ne pas courir, rester calme, préparer son moyen de défense et s’éloigner lentement si l’animal le permet. Une femelle accompagnée de petits ou un ours protégeant une ressource alimentaire peut notamment adopter un comportement défensif particulièrement violent.
Des attaques rares, mais un risque qui existe
Il serait tout aussi excessif de présenter chaque rencontre avec un ours comme une attaque potentielle. Le département de la pêche et de la chasse de l’Alaska rappelle lui-même que les ours ont généralement tendance à éviter les hommes et que, malgré l’importance de leurs populations et la fréquentation considérable des espaces naturels, relativement peu de rencontres débouchent sur une menace pour l’homme. Rare ne signifie cependant pas impossible. Et lorsqu’une population de grands prédateurs augmente sur un territoire également fréquenté par des randonneurs, chasseurs, éleveurs, forestiers ou trailers, le nombre potentiel de rencontres augmente lui aussi, toutes choses égales par ailleurs. Cela ne signifie pas que le nombre d’attaques progressera proportionnellement au nombre d’ours. Le comportement des animaux, l’habituation éventuelle à l’homme, la nourriture disponible, la configuration des lieux et surtout la manière dont se déroule chaque rencontre jouent évidemment un rôle déterminant. Mais prétendre que l’augmentation du nombre d’animaux serait totalement sans conséquence sur la probabilité de rencontre serait tout aussi difficile à soutenir.
Dans les Pyrénées, la population continue de progresser
Et cette question n’est désormais plus réservée à l’Alaska. Le dernier bilan du Réseau Ours brun de l’Office français de la biodiversité, publié en mars 2026, confirme une nouvelle progression de la population pyrénéenne. En 2025, pas moins de 3 287 indices de présence ont été récoltés sur l’ensemble du massif et 108 ours différents ont été détectés au minimum. Six portées totalisant huit oursons de l’année ont également été recensées. Mais l’estimation démographique est encore plus parlante. L’OFB estime désormais la population totale des Pyrénées entre 109 et 143 individus, avec une valeur moyenne de 130 ours. Le taux moyen d’accroissement annuel calculé entre 2006 et 2024 atteint 11,53 %. L’aire de présence recensée en 2025 s’étend sur environ 7 000 km². Rappelons qu’en 2021, seulement 70 ours avaient été détectés dans le massif. Ils étaient 76 en 2022 et 83 en 2023. La tendance ne prête donc guère à discussion.
Une population franco-espagnole
Il serait d’ailleurs impropre de parler séparément des ours « français » et « espagnols ». La population pyrénéenne est transfrontalière. Les animaux circulent entre la France, l’Espagne et l’Andorre et leur suivi est réalisé en coopération entre les différents pays. Les données espagnoles illustrent néanmoins elles aussi cette progression. Le gouvernement catalan a annoncé qu’en 2025, 54 ours avaient été identifiés dans les Pyrénées catalanes, contre 47 l’année précédente. Ces 54 animaux ne doivent évidemment pas être ajoutés aux chiffres français : certains fréquentent les deux versants de la frontière et appartiennent à la même population. En France même, la présence reste très concrète. Entre janvier et juillet 2026, le réseau de l’OFB a déjà recueilli 685 indices d’ours dans six départements pyrénéens.
L’accident de 2021 en Ariège l’avait déjà rappelé
La France a d’ailleurs déjà connu une rencontre dramatique. En novembre 2021, lors d’une chasse dans le Couserans, en Ariège, un chasseur avait été attaqué et grièvement blessé aux jambes par une ourse. Il avait finalement tué l’animal avec son arme pour se défendre. L’affaire avait brutalement replacé la question de la cohabitation avec le plantigrade au centre du débat pyrénéen. Cet événement reste exceptionnel. Mais il montre précisément pourquoi le risque ne peut être considéré comme nul. La progression numérique de l’espèce constitue d’ailleurs l’un des enjeux de la « coexistence » reconnue par l’OFB lui-même. L’organisme souligne que le retour de l’ours sur des montagnes fortement marquées par les activités humaines entraîne des difficultés concrètes et alimente également les interrogations sur sa dangerosité potentielle.
Plus d’ours signifie aussi davantage de rencontres possibles
Personne ne prétend évidemment que les Pyrénées françaises ou espagnoles seraient devenues l’Alaska. Les densités, les milieux, les populations animales et les situations sont incomparables. Mais l’accident d’Anchorage rappelle une évidence qu’il serait imprudent d’occulter : un ours brun reste un animal sauvage extrêmement puissant et une rencontre surprise à très courte distance peut basculer en quelques secondes. Avec une population pyrénéenne désormais estimée autour de 130 individus en moyenne et progressant depuis des années, chasseurs, éleveurs, randonneurs et autres utilisateurs de la montagne seront nécessairement amenés à partager de plus en plus souvent les mêmes espaces. Davantage d’ours ne signifie pas automatiquement davantage d’attaques, si ce n’est sur les animaux d’élevage. Davantage d’ours signifie en revanche davantage d’occasions potentielles de rencontre. Et à Anchorage, jeudi dernier, quelques secondes et un spray immédiatement accessible ont suffi pour montrer à quel point cette différence peut parfois être essentielle.












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