On a testé la carabine Bergara Premier Expedition : elle cache bien son jeu

Figure incontournable de la pratique du tir de nuit en Moselle, Julien Gingembre est reconnu pour son expertise de tout premier plan dans l’évaluation des systèmes d’imagerie thermique. Responsable d’un territoire parmi les plus structurés de son département, il organise chaque année six week ends de battue réunissant plus de 80 chasseurs par journée. Avec une moyenne annuelle d’une centaine de sangliers prélevés, il inscrit chacun de ses essais dans une réalité de terrain particulièrement exigeante, où la validation d’un équipement repose sur son engagement en action de chasse, en conditions réelles, jusqu’au prélèvement de l’animal. En tant que responsable de traque, Julien dispose d’une petite meute pour aller « au combat » et peut également tester de nombreux accessoires pour chiens. Sa parfaite maîtrise des carabines, optiques et munitions ainsi que des problématiques d’aménagement du territoire fait de lui un référent technique unanimement reconnu.

Marque

Bergara

Produit

Bergara Première édition en .308 Winchester

Note de la rédaction

★★★★

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Bergara nous a plutôt habitués aux carabines techniques, aux crosses synthétiques ou carbone et aux armes pensées pour la montagne. Avec cette Première Expédition, la marque change un peu de registre en lui offrant une belle crosse en noyer. Mais sous cette présentation élégante, on retrouve une mécanique qui n’a rien de traditionnelle. Je l’ai emmenée au stand et à la chasse pour voir ce qu’elle avait vraiment dans le ventre.

Une Bergara qui sort du lot

Cette Première Expédition est un peu un ovni dans la gamme Bergara. La marque s’est fait une réputation avec des carabines très techniques, des crosses synthétiques, du carbone, des canons enveloppés de carbone et des armes clairement destinées à la montagne ou aux chasses extrêmes. Mais elle peut aussi très bien être utilisée en battue, avec son canon qui en fait une arme assez compacte et son chargeur grande capacité. Et là, on se retrouve avec une jolie crosse en noyer qui lui donne presque des airs de carabine traditionnelle. Presque seulement. Parce qu’une fois qu’on regarde ce qu’il y a dessous, on retrouve une action Bergara de deuxième génération, une détente TriggerTech, une culasse flûtée et un canon enveloppé de carbone. On a donc une mécanique moderne et technique dans un habillage beaucoup plus luxueux.

3,1 kg : le bon compromis

En langage automobile, même si je ne suis pas un professionnel, on appelle ça un sleeper. C’est la voiture qui ressemble à celle de Monsieur Tout-le-Monde, mais qui cache un moteur complètement disproportionné sous le capot. Ici, c’est un peu pareil. Elle ressemble à une belle carabine en bois assez classique, mais avec une mécanique de haute précision à l’intérieur. En .308 avec son canon de 51 cm, la carabine pèse 3,1 kg. Ce n’est évidemment pas une ultralight destinée à être portée pendant quinze kilomètres avec 1 500 mètres de dénivelé. Mais ce n’était pas ce que je lui demandais.

Surtout un équilibre général intéressant

Pour mes utilisations, avec quelques centaines de mètres de marche pour rejoindre un mirador ou une approche sans gros dénivelé, ce poids me paraît très cohérent. Le canon carbone permet de gratter un peu de poids, tout comme les différents usinages de l’action et de la culasse. Mais le gain n’est pas non plus spectaculaire. C’est surtout l’équilibre général qui est intéressant. Une fois équipée de la Schmidt & Bender Meta 3-18×42 et du modérateur de son Bergara en titane, l’ensemble avait cependant tendance à pivoter légèrement sur la bretelle. Le poids situé assez haut et à l’avant se faisait sentir. Ce n’était pas rédhibitoire, mais c’est quelque chose que j’ai remarqué.

Du sub-MOA sans lui faire de cadeau

Avant de partir à la chasse, passage au stand pour voir ce que la Bergara avait réellement dans le ventre. J’ai commencé avec des munitions de match fournies par l’importateur. Là, forcément, ça groupait très fort : une pièce de dix centimes à 50 mètres et une pièce d’un euro à 100 mètres. Les munitions de match font généralement très bien le travail. Avec les Lapua Mega en 185 grains, j’étais autour de la MOA. Correct, mais je savais que la carabine pouvait faire mieux. J’ai donc essayé plusieurs autres chargements. Les GPA en 148 grains ont notamment donné des résultats impressionnants, avec des impacts qui se touchaient presque à 100 mètres. Les Federal Power-Shok en demi-blindées classiques étaient également sous la MOA.

Il faut trouver le couple qui fonctionne

Les Hornady InterLock en 150 grains étaient un peu moins convaincantes, légèrement au-dessus de la MOA, alors que les 180 grains repassaient sous la MOA. C’est finalement assez classique : aucune carabine ne peut être sub-MOA avec toutes les munitions du marché. Il faut trouver le couple qui fonctionne. Et avec le .308, ce n’est pas vraiment un problème puisque le choix de munitions est absolument énorme. Une fois le bon chargement trouvé, la Bergara tient sans problème le sub-MOA.

Bergara Premier Expedition

Une mécanique vraiment agréable

L’action de deuxième génération est franchement agréable. Elle est plus fluide, elle a été ajourée pour gagner quelques grammes et la culasse flûtée apporte ce petit côté technique que j’aime bien. Il y a évidemment quelques artifices essentiellement cosmétiques, mais ça fonctionne. La carabine a de la gueule. Les petites Bergara restent, à mes yeux, des sortes de clones de Remington 700. Mais ce sont des clones très bien faits, et elles n’ont franchement pas grand-chose à envier à l’original. La détente TriggerTech est également une excellente surprise. C’est une référence dans le monde des détentes aftermarket, avec un départ franc et net et un réglage simple. Le fait de l’avoir montée d’origine sur cette Première Expédition montre bien le niveau de gamme auquel Bergara veut positionner cette arme. En revanche, le chargeur AICS en polymère qui dépasse sous la crosse en noyer me plaît beaucoup moins. Sur une carabine aussi élégante, ce gros chargeur plastique brut casse un peu la ligne. Personnellement, j’aurais préféré un trois coups qui arrive à fleur de la crosse. Le cinq coups qui dépasse est fonctionnel, mais franchement, esthétiquement, ce n’est pas ce que je préfère.

Un premier soir plutôt efficace

Je n’ai malheureusement pas eu énormément de réussite avec cette carabine à la chasse. Je l’ai emmenée une dizaine de fois et j’ai parfois eu l’impression que les animaux avaient décidé de déserter le secteur. Il faut dire que l’été a été particulièrement chaud et sec et que les conditions n’étaient pas forcément idéales. Mais le premier soir, après le réglage, la Bergara m’a quand même offert un joli baptême du feu avec un doublé de sangliers au mirador. Les animaux étaient sur un tas de fumier, pas très loin. Un mâle d’environ 50 à 60 kg se présente plein travers. Je tire. La compagnie se décale immédiatement. Je réarme et la deuxième balle part très rapidement.

Une facilité à enchaîner les tirs

Ce qui m’a marqué, c’est la facilité avec laquelle j’ai enchaîné les deux tirs. On est sur une culasse à 90 degrés, pas sur une linéaire, et pourtant le réarmement s’est fait de façon extrêmement fluide et instinctive. La deuxième balle est venue se placer rapidement dans le deuxième sanglier, comme si je chassais avec cette carabine depuis longtemps. Et ça, pour moi, c’est une vraie qualité. Une arme peut avoir les meilleurs composants du monde, si elle ne tombe pas naturellement dans les mains, ça ne sert pas à grand-chose.

Une très belle base à personnaliser

À 2 769 euros, on a un prix assez contenu par rapport aux prestations offertes par la carabine avec sa crosse en noyer de bonne qualité, une détente au top et un canon carbone, je trouve que c’est un super prix. Mais elle propose quelque chose d’assez particulier : le comportement et la mécanique d’une carabine technique avec l’esthétique d’une belle arme en bois. Le traitement de la crosse pourrait toutefois être encore un peu plus travaillé. Si je devais l’acheter, je lui offrirais sans hésiter un vrai poncé-huilé réalisé par un bon armurier. Ça lui apporterait encore un niveau de finition supplémentaire. J’aurais également bien vu un busc réglable. Avec mon cou assez long, ça m’aurait bien arrangé et je trouve que ça aurait parfaitement terminé l’ensemble.

Belle et agréable à manipuler

Et puis, personnellement, j’aurais mis un sabot orange. J’aime bien ce look-là. Un peu old school, new rules. Mais ce sont des détails. Au final, j’ai vraiment apprécié cette Bergara. Elle est belle, elle est agréable à manipuler, elle tire très bien et son comportement à la chasse m’a convaincu. C’est surtout une carabine que je n’avais pas envie de rendre. Et généralement, quand un matériel de test provoque ce genre de sentiment, c’est plutôt bon signe. Pour moi, c’est une très belle proposition pour celui qui veut une arme moderne et performante, sans pour autant renoncer au plaisir d’avoir une belle crosse en noyer entre les mains.

Figure incontournable de la pratique du tir de nuit en Moselle, Julien Gingembre est reconnu pour son expertise de tout premier plan dans l’évaluation des systèmes d’imagerie thermique. Responsable d’un territoire parmi les plus structurés de son département, il organise chaque année six week ends de battue réunissant plus de 80 chasseurs par journée. Avec une moyenne annuelle d’une centaine de sangliers prélevés, il inscrit chacun de ses essais dans une réalité de terrain particulièrement exigeante, où la validation d’un équipement repose sur son engagement en action de chasse, en conditions réelles, jusqu’au prélèvement de l’animal. En tant que responsable de traque, Julien dispose d’une petite meute pour aller « au combat » et peut également tester de nombreux accessoires pour chiens. Sa parfaite maîtrise des carabines, optiques et munitions ainsi que des problématiques d’aménagement du territoire fait de lui un référent technique unanimement reconnu.

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