Les munitions sans plomb continuent de gagner du terrain en France. Encore faut-il qu’elles offrent les performances attendues sur le terrain. Julien Gingembre a testé la Sellier & Bellot Cutting Edge dans plusieurs calibres et sur différents gibiers, du chevreuil au sanglier en passant par le renard. Régularité, comportement terminal, préservation de la venaison et indices de tir : il livre son analyse après plusieurs mois d’utilisation.

Julien, dans quel contexte as-tu pu évaluer la Sellier & Bellot Cutting Edge ?
J’ai souhaité la tester dans plusieurs configurations afin de me faire une idée précise de son comportement. Je l’ai utilisée en 6,5 Creedmoor, en 7×57 Mauser et en .308 Winchester, aussi bien à l’affût qu’à l’approche. J’en ai également tiré quelques-unes en battue et lors de sorties de nuit. Les prélèvements ont concerné principalement des sangliers, mais également plusieurs chevreuils ainsi que quelques renards. Cela m’a permis d’observer son comportement sur des animaux de tailles de morphologies et de résistance différentes.
Quels ensembles arme-munition as-tu retenus pour cet essai ?
Le 6,5 Creedmoor était chambré dans une Weatherby 307. Le 7×57 était tiré dans ma Mauser 98, une arme que j’utilise régulièrement et dont je connais parfaitement le comportement. Enfin, le .308 Winchester était monté dans une Savage 110 Carbon Predator équipée d’un canon relativement court de 45.5 centimètres. Cette diversité de plateformes m’a permis d’évaluer la munition dans des contextes très différents.

Avant la chasse, quels résultats as-tu obtenus au stand de tir ?
Les résultats ont été particulièrement convaincants. La première chose qui m’a marqué est la régularité des vitesses. Les écarts observés étaient faibles, notamment en 6,5 Creedmoor et en 7×57, ce qui traduit une fabrication sérieuse. En termes de précision, le 6,5 Creedmoor a été remarquable. À 100 mètres, les impacts tenaient facilement dans une pièce de 20 centimes. Le 7×57 offrait également d’excellents groupements, de l’ordre d’une pièce d’un euro. Le .308 Winchester était un peu moins spectaculaire, mais restait largement dans les standards exigés pour une utilisation cynégétique. Dans les trois armes, la précision était parfaitement compatible avec la chasse.

Le comportement sur le gibier a-t-il confirmé ces bonnes impressions ?
Oui, très clairement. J’ai notamment été surpris par le niveau d’efficacité obtenu avec le .308 Winchester et son canon court. Les projectiles monométalliques ont généralement besoin d’une vitesse importante pour donner leur pleine mesure. Je craignais donc que la perte de vitesse liée au canon de 45 centimètres pénalise les performances terminales. Sur le terrain, cela ne s’est absolument pas vérifié. Entre 25 et 200 mètres, la munition a démontré un excellent compromis entre expansion, pénétration et pouvoir d’arrêt.

Comment qualifierais-tu les distances de fuite observées ?
Elles m’ont semblé particulièrement raisonnables. Sur les chevreuils, les animaux parcouraient généralement entre vingt et trente mètres après l’impact. Cela correspond exactement à ce que l’on peut attendre lorsque l’on privilégie un tir derrière l’épaule afin de préserver la venaison plutôt qu’un tir osseux destiné à immobiliser immédiatement l’animal. Sur les sangliers, les résultats ont également été très satisfaisants. J’ai notamment prélevé un animal de trois quarts face dont l’épaule a été entièrement traversée avant que le projectile ne ressorte dans la région abdominale. L’animal a encore parcouru quelques dizaines de mètres, ce qui reste parfaitement cohérent avec ce type de blessure.

La Cutting Edge se distingue-t-elle des autres munitions sans plomb que tu as pu utiliser ?
Oui, notamment par son équilibre général. Depuis une vingtaine d’années, les fabricants ont considérablement amélioré les projectiles monométalliques. Les problèmes de déformation insuffisante que l’on rencontrait autrefois ont quasiment disparu. La Cutting Edge fait partie des modèles les plus aboutis que j’ai pu essayer récemment. Elle combine une expansion efficace, une excellente pénétration et des distances de fuite relativement courtes.
Tu évoques souvent la préservation de la venaison. As-tu constaté un réel avantage ?
Sans aucun doute. C’est même l’un des premiers éléments qui saute aux yeux lorsque l’on dépèce les animaux. On ne retrouve pas les multiples particules de plomb ou de chemise que l’on peut parfois observer avec certaines munitions conventionnelles. Pour des chasseurs qui valorisent leur gibier ou travaillent avec des restaurateurs, c’est un avantage très concret.

Les indices de tir constituent-ils également un point fort de cette balle ?
Oui, et c’est probablement l’un de ses aspects les plus originaux. La Cutting Edge reprend le principe de l’arête tranchante que l’on connaissait déjà sur certaines munitions historiques comme la SPCE. Cette géométrie agit presque comme un emporte-pièce à l’entrée. Les poils sont nettement sectionnés et la peau est véritablement poinçonnée. Sur les sangliers, les indices étaient particulièrement visibles. C’est un détail qui peut s’avérer précieux lorsqu’il faut analyser le tir ou entreprendre une recherche.
T’a-t-elle particulièrement surpris sur un type de gibier ?
Oui, sur le chevreuil. Le chevreuil est souvent un test intéressant pour les munitions monométalliques car il offre relativement peu de résistance à l’expansion. J’ai notamment prélevé un animal avec le 7×57 alors que le projectile était passé entre les côtes à l’entrée comme à la sortie. Malgré cette faible résistance, la balle a parfaitement travaillé et l’animal n’a parcouru qu’une quarantaine de mètres. Pour moi, c’est un excellent indicateur de l’efficacité du projectile.
Recommanderais-tu aujourd’hui cette munition à un chasseur français ?
Oui, sans hésiter. Ce que j’apprécie particulièrement avec la Cutting Edge, c’est son côté pragmatique. Elle n’a pas été conçue pour vendre du rêve à travers des promesses de tirs à 600 mètres ou des coefficients balistiques extraordinaires. Elle a été conçue pour répondre aux besoins réels des chasseurs Européens. Or, la très grande majorité des tirs de chasse s’effectuent entre 0 et 200 mètres. Dans cette plage d’utilisation, elle remplit parfaitement sa mission.
En quelques mots, quel serait ton verdict final ?
Pour un chasseur qui recherche une munition sans plomb efficace, simple, fiable et respectueuse de la venaison, la Sellier & Bellot Cutting Edge fait incontestablement partie des références les plus convaincantes que j’ai eu l’occasion d’essayer ces dernières années.
Tarif: A partir de 55€ la boite en prix public constaté. Pour une 30.06 c’est environ 65€.









