Quelques semaines après nous avoir expliqué les raisons du revirement de la Commission européenne sur le projet REACH, Yvan Pham, président du SNAFAM, revient sur les conséquences concrètes du vote intervenu cette semaine. Si les munitions métalliques restent, pour l’heure, exclues du texte, l’interdiction progressive de la grenaille de plomb est désormais programmée dans un délai de sept ans. Pour la filière, ce calendrier offre surtout le temps nécessaire pour développer des alternatives crédibles et sécuriser une industrie encore très dépendante de certains approvisionnements.
So Chasse : Yvam Pham, que représente ce vote pour la filière armurière ?
Yvan Pham : C’était une décision que nous espérions, mais rien n’était acquis. Ce résultat est le fruit d’un important travail de coordination entre les industriels, l’AFEMS ( Association of European Manufacturers of Sporting ammunition) au niveau européen, le SNAFAM (Syndicat professionnel National de la Filière Armurière) , la FNC (Fédération Nationale des Chasseurs) la CSNA (Chambre Syndicale Nationale des Armuriers , Détaillants en Armes et Munitions) et les pouvoirs publics. Le soutien de la France, notamment du ministère de l’Intérieur, a été déterminant pour faire évoluer les discussions et obtenir un délai beaucoup plus réaliste pour la transition.
So Chasse : Pourquoi ces sept années étaient-elles si importantes ?
Yvan Pham : Au départ, il était question d’un délai de seulement trois ans. Pour une industrie comme la nôtre, cela aurait créé une énorme incertitude. Les fabricants auraient dû investir dans l’urgence et les armuriers auraient probablement limité leurs stocks par crainte de se retrouver avec des produits invendables. Sept ans permettent d’organiser une véritable transition industrielle plutôt que de subir une rupture brutale.
So Chasse : Que va permettre concrètement ce délai supplémentaire ?
Yvan Pham : Il va nous permettre de développer de nouvelles filières d’approvisionnement en Europe, mais aussi de travailler sur des poudres mieux adaptées, de nouveaux composants, des bourres spécifiques et d’améliorer certaines normes techniques. Aujourd’hui, nous dépendons encore énormément de la Chine pour les billes d’acier. Cette dépendance représente un véritable risque stratégique qu’il faut réduire.
So Chasse : Les munitions métalliques pour les carabines sont-elles désormais définitivement écartées du projet REACH ?
Yvan Pham : À ce stade, oui. Les balles métalliques sont sorties du texte, tout comme plusieurs autres catégories de munitions qui soulevaient des questions importantes, notamment en matière de sécurité. C’est une avancée importante, même si la vigilance reste de mise tant que tout le processus réglementaire n’est pas définitivement achevé.
So Chasse : Beaucoup de chasseurs se demandent ce qui changera concrètement dans sept ans
Yvan Pham : L’objectif est qu’à terme la grenaille de plomb disparaisse progressivement des nouvelles productions. Nous travaillons également pour que les chasseurs puissent continuer à utiliser les stocks déjà achetés pendant une période transitoire. Les discussions ne sont pas terminées sur ce point, mais c’est l’une des prochaines étapes de la négociation.
So Chasse : Les cartouches sans plomb pourront-elles un jour offrir les mêmes performances que le plomb ?
Yvan Pham : Nous allons encore beaucoup progresser, mais certaines limites relèvent tout simplement de la physique. Les billes d’acier sont moins denses, perdent plus rapidement leur énergie et transmettent moins efficacement leur puissance à longue distance. Les matériaux de substitution permettent de compenser en partie ces différences, mais ils restent aujourd’hui beaucoup plus coûteux.
So Chasse : Certains chasseurs possèdent encore des fusils anciens. Devront-ils s’en séparer ?
Yvan Pham : C’est une vraie question. Certains vieux fusils ne sont pas conçus pour tirer des munitions en acier. C’est précisément pour cette raison que nous travaillons déjà sur de nouvelles solutions, notamment des substituts plus souples, capables d’être utilisés dans des armes anciennes tout en conservant de bonnes performances balistiques.
So Chasse : Selon vous, qu’est-ce qui a finalement fait évoluer la position européenne ?
Yvan Pham : Les arguments industriels ont probablement pesé davantage que les arguments scientifiques. Aujourd’hui, les fabricants européens produisent à la fois des munitions civiles et militaires. Avec le contexte géopolitique actuel, les États ont compris qu’il n’était pas réaliste d’imposer une transformation industrielle aussi rapide tout en demandant à cette même industrie de répondre aux besoins de la défense.












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