À la mi-juillet, So Chasse faisait état de 236 baigneurs piqués par des physalies dans le nord de l’Espagne. Trois semaines plus tard, ces organismes marins aux redoutables filaments urticants sont désormais signalés plus au nord, du Pays basque français jusqu’au bassin d’Arcachon, provoquant la fermeture temporaire de plusieurs plages. La galère portugaise poursuit sa progression sur la façade atlantique. Après avoir fortement perturbé la baignade au Pays basque espagnol et en Cantabrie au début du mois de juillet, la physalie est maintenant observée sur une grande partie du littoral aquitain. Depuis la fin du mois de juillet, plusieurs plages ont dû interrompre temporairement la baignade entre la Côte basque et le bassin d’Arcachon. Toutes les plages landaises seraient concernées par des observations, même si aucun échouage massif n’est actuellement constaté.
Des plages fermées jusqu’au bassin d’Arcachon
Lorsqu’une physalie est repérée dans la zone de baignade, les maîtres-nageurs peuvent hisser le drapeau violet, signalant la présence d’animaux marins dangereux, ou directement le drapeau rouge. Les sauveteurs doivent en effet consacrer une partie de leur attention à la recherche des animaux, à leur récupération à l’épuisette et à la prise en charge des éventuelles victimes. La surveillance normale de la baignade ne pouvant plus être assurée, l’accès à l’eau est alors temporairement interdit. Des patrouilles en jet-ski sont également organisées pour tenter de repérer les physalies avant qu’elles n’atteignent les plages. Leur arrivée reste toutefois particulièrement difficile à prévoir puisqu’elles ne nagent pas réellement : elles dérivent au gré des vents et des courants. « Toutes les plages de la côte landaise sont concernées », a expliqué Julien Lalanne, du Syndicat mixte de gestion des baignades landaises, tout en précisant qu’il ne fallait pas céder à la psychose.
La galère portugaise n’est pas une méduse
Avec son flotteur translucide aux teintes bleues, roses ou violacées, la physalie peut être confondue avec une méduse ou même avec un petit morceau de plastique flottant à la surface. Il s’agit pourtant d’un siphonophore, c’est-à-dire d’une colonie composée de plusieurs organismes spécialisés qui vivent et fonctionnent ensemble comme un seul animal. Son flotteur rempli de gaz forme une sorte de petite voile qui lui permet d’être poussée sur de très longues distances. Sous cette partie visible se trouvent des tentacules extrêmement fins, parfois longs de plusieurs dizaines de mètres. Ces filaments possèdent des milliers de cellules capables d’injecter du venin au moindre contact avec la peau. Ils peuvent également se détacher, dériver dans l’eau et rester dangereux même lorsque l’animal est mort ou échoué sur le sable.
Une douleur parfois insupportable
Le 15 juillet dernier, nous évoquions déjà les 236 personnes piquées depuis le début du mois sur les plages du nord de l’Espagne. Quarante-neuf victimes avaient été prises en charge au cours d’une seule journée. La piqûre provoque généralement une douleur immédiate, comparable à une brûlure ou à une violente décharge électrique. Des rougeurs, des cloques et des traces caractéristiques peuvent ensuite persister pendant plusieurs jours. Interrogée en 2025, une médecin du Centre antipoison du CHU de Bordeaux indiquait que sept victimes sur dix décrivaient une douleur durant une à deux heures, parfois jugée « pire qu’un accouchement sans péridurale ». Selon cette spécialiste, des complications graves seraient observées dans 8 à 10 % des cas. Elles peuvent prendre la forme de crampes ou de tétanie musculaire, de douleurs thoraciques, d’un malaise ou d’une détresse respiratoire. Dans l’eau, la violence de la douleur et la panique peuvent également provoquer une noyade.
Les gestes à connaître après une piqûre
Les autorités sanitaires recommandent de rejoindre immédiatement le poste de secours lorsqu’une piqûre survient sur une plage surveillée. La zone touchée doit être rincée avec de l’eau de mer, sans jamais la frotter. Les filaments encore présents peuvent être recouverts de mousse à raser ou de sable sec, puis retirés délicatement avec un carton rigide ou le bord d’une carte bancaire. Il faut ensuite rincer une nouvelle fois avec de l’eau de mer. L’eau douce est à proscrire car elle peut provoquer la libération du venin contenu dans les cellules urticantes encore présentes. En cas de malaise, de gêne respiratoire, de douleurs thoraciques, de crampes musculaires ou de douleur particulièrement intense, il convient d’appeler immédiatement le 15.
Une présence désormais bien installée en Aquitaine
Originaires des eaux tropicales et subtropicales, les physalies ne sont plus des visiteuses totalement exceptionnelles sur les côtes françaises. Des arrivées avaient déjà été observées les années précédentes en Gironde, dans les Landes et au Pays basque. Leur présence dépend largement des vents et des courants océaniques. Elles peuvent apparaître brutalement, rester plusieurs jours puis disparaître aussi rapidement qu’elles sont arrivées. La situation actuelle montre néanmoins l’étendue du phénomène. Après avoir touché des centaines de baigneurs dans le nord de l’Espagne, les physalies sont maintenant observées sur plusieurs centaines de kilomètres de littoral français, jusqu’aux plages océanes du bassin d’Arcachon. Pour les promeneurs comme pour les baigneurs, la consigne reste simple : ne jamais toucher une physalie, même échouée, desséchée ou apparemment morte.












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