Face à la prolifération du poisson-globe à joues argentées, une espèce exotique particulièrement destructrice et dangereuse, la Grèce a choisi de rémunérer les pêcheurs pour accélérer sa régulation. Une stratégie qui rappelle que, sur terre comme en mer, certaines espèces invasives nécessitent des mesures de gestion afin de protéger les écosystèmes et les activités humaines.
Un prédateur venu de l’océan Indien
Présent en Méditerranée depuis une vingtaine d’années, le poisson-globe à joues argentées (Lagocephalus sceleratus) poursuit son expansion vers l’ouest. Originaire de l’océan Indien, il a gagné la Méditerranée par le canal de Suez avant de profiter du réchauffement des eaux pour coloniser progressivement les côtes grecques, puis italiennes et espagnoles. Ce poisson est loin d’être anodin. Doté d’une mâchoire extrêmement puissante, il endommage les filets, sectionne les lignes de pêche et s’attaque à de nombreuses espèces locales, perturbant durablement les équilibres marins. Sa consommation est également extrêmement dangereuse, sa chair contenant de la tétrodotoxine, une neurotoxine particulièrement puissante pour laquelle il n’existe aucun antidote.
Des pêcheurs désormais rémunérés
Pour tenter de freiner cette expansion, les autorités grecques ont décidé de passer à l’offensive. Les pêcheurs professionnels perçoivent désormais une prime de 5,33 euros par kilogramme de poisson-globe capturé, à laquelle peuvent s’ajouter des aides destinées à compenser les coûts de carburant, notamment en Crète et dans le sud de la mer Égée. L’objectif est double : limiter les dégâts économiques subis par les professionnels de la pêche tout en réduisant la pression exercée par cette espèce invasive sur la biodiversité marine. Selon plusieurs témoignages recueillis sur les îles grecques, certaines populations de poissons recherchés comme les dorades, les mérous ou les calamars enregistreraient déjà une baisse significative.
Une menace également pour les baigneurs
Le problème ne concerne plus uniquement les professionnels de la pêche. Des morsures sur des baigneurs ont déjà été signalées en Grèce, obligeant les autorités sanitaires à appeler à la vigilance. Certaines communes ont même installé des barrières flottantes et des filets de protection sur plusieurs plages particulièrement fréquentées afin de limiter les risques pendant la saison estivale.
Une logique de régulation bien connue des chasseurs
Cette situation rappelle qu’une espèce introduite hors de son aire de répartition peut rapidement devenir un véritable problème écologique et économique lorsqu’elle ne rencontre plus de prédateurs naturels. Sur les territoires terrestres, les chasseurs sont régulièrement mobilisés pour participer à la régulation d’espèces exotiques envahissantes telles que le ragondin, le raton laveur, le chien viverrin ou encore le vison d’Amérique, afin de limiter leurs impacts sur les milieux naturels, les activités humaines et la faune autochtone. En Méditerranée, la Grèce applique aujourd’hui la même logique : mobiliser les professionnels de terrain pour tenter de contenir une espèce invasive avant que ses conséquences ne deviennent encore plus importantes.












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