Marine Tondelier sur la chasse : une accumulation de clichés et d’erreurs

Invitée de LCI, Marine Tondelier a une nouvelle fois exposé sa vision de la chasse. Chasse à courre « barbare » et « aristocratique », déterrage des blaireaux « inadmissible », journée hebdomadaire sans chasse et invitation faite aux chasseurs de se convertir à la photographie : la candidate écologiste à l’élection présidentielle n’a pas manqué de propositions. Certaines relèvent naturellement de ses convictions personnelles. D’autres résistent beaucoup moins bien à l’épreuve des faits.

Une séquence diffusée le 28 août sur LCI

C’est le vendredi 28 août que Marine Tondelier était l’invitée d’Amélie Carrouër sur LCI. La secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l’élection présidentielle répondait à une série de questions lorsque le sujet de la chasse a été abordé. L’entretien complet, d’une durée de 27 minutes, est toujours disponible sur les plateformes de LCI. Marine Tondelier commence par expliquer qu’elle ne chasse pas et qu’elle est végétarienne parce qu’elle ne souhaite pas manger un animal qu’elle serait elle-même incapable de tuer. Sur ce point, rien à redire. Chacun mange ce qu’il veut et personne, chez So Chasse, n’entend imposer un régime alimentaire à quiconque. C’est ensuite que les choses se compliquent.

La chasse à courre, forcément « barbare » et « aristocratique » ?

Marine Tondelier affirme vouloir interdire immédiatement les « chasses barbares », citant en premier lieu la chasse à courre, qu’elle qualifie également de « très aristocratique ». Le qualificatif de « barbare » relève d’un jugement moral et chacun est libre d’y adhérer ou non. Celui d’« aristocratique » mérite en revanche quelques précisions. La vènerie française ne se résume plus depuis longtemps à quelques propriétaires de châteaux galopant derrière un cerf. Un des contre-exemples les plus flagrants de cette vision idéologique de la chasse à courre est le parcours professionnel du président de la Société de Vénerie, Pierre-François Prioux, ancien professeur d’histoire dans l’éducation nationale ! De plus, selon une enquête CSA 2023 publiée par la Société de Vènerie, 62 % des veneurs consacrent moins de 1 000 euros par an à leur pratique, 53 % vivent dans des communes de moins de 2 000 habitants, 41 % ont moins de 50 ans et 28 % sont des femmes. Deux tiers suivent d’ailleurs les chasses à pied, à vélo ou en voiture plutôt qu’à cheval. On peut évidemment discuter ces chiffres, diffusés par l’organisation représentative de la vènerie, mais ils cadrent assez mal avec l’image d’une activité réservée exclusivement à une caste aristocratique. Quant à la pression exercée sur les animaux, elle est particulièrement faible en termes de prélèvements. La Société de Vènerie indique qu’environ trois animaux chassés sur quatre parviennent à échapper aux chiens et que les prélèvements réalisés à courre représentent moins de 1 % de l’ensemble des animaux prélevés à la chasse en France. Libre à Marine Tondelier de détester la chasse à courre. La réduire à une distraction de châtelains sanguinaires est en revanche plus que caricatural. Mais, ceci ne nous surprendra pas quand on sait l’importance de la survivance anachronique de la lutte des classes dans la mouvance écologiste. Comme le disait un homme politique aujourd’hui disparu: « Les écolos c’est comme les pastèques. Verts dehors, rouges dedans » !

La chasse à la glu ? Elle est déjà interdite depuis 2021 !

Arrive ensuite probablement le passage le plus surprenant. Marine Tondelier cite la chasse à la glu parmi les pratiques dont elle réclame « l’interdiction immédiate ». Il va être difficile de faire plus immédiat : elle est déjà interdite, comme nous le déplorons d’ailleurs. Le gouvernement avait cessé d’autoriser cette chasse traditionnelle pour la campagne 2020-2021. Puis, le 28 juin 2021, le Conseil d’État a définitivement jugé illégale la réglementation permettant l’emploi des gluaux pour capturer des grives et des merles destinés à servir d’appelants. Le juge administratif avait alors tiré les conséquences d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne. Cela fait donc plus de cinq ans que cette pratique n’est plus autorisée en France. Lorsqu’on ambitionne de diriger le pays et que l’on réclame devant les caméras l’interdiction d’une pratique de chasse, connaître au préalable son statut juridique ne paraît pourtant pas totalement superflu.

Le blaireau ne se résume pas à des images de déterrage

Marine Tondelier poursuit : « On ne peut pas tolérer le déterrage des blaireaux », évoquant notamment ce qui se pratique dans sa région. Là encore, on peut être personnellement opposé à la vénerie sous terre. Mais présenter cette question uniquement sous l’angle d’une supposée cruauté revient à évacuer tout le contexte de gestion de l’espèce. Le blaireau est juridiquement une espèce chassable en France. Le Code de l’environnement prévoit la fermeture de la vénerie sous terre au 15 janvier, mais permet au préfet d’autoriser une période complémentaire à compter du 15 mai, après la procédure réglementaire prévue. L’Office français de la biodiversité relève par ailleurs explicitement que le comportement terrassier du blaireau peut provoquer des dégâts et consacre également une partie de sa documentation au rôle de l’espèce dans la tuberculose bovine. Sur ce dernier point, il faut rester précis. L’Anses ne considère pas le blaireau comme un hôte assurant partout en France le maintien de la tuberculose bovine. Elle considère en revanche qu’il peut constituer un « hôte de liaison » dans les secteurs où des animaux infectés sont détectés, avec une possible circulation de Mycobacterium bovis entre faune sauvage et bovins. Le dispositif national Sylvatub continue d’ailleurs de surveiller spécifiquement les blaireaux dans les zones exposées. En 2026, certains départements ont même vu leur niveau de surveillance renforcé après la découverte de nouveaux animaux infectés. Mais pour la passionaria de l’écologie punitive, la vénerie sous terre est à balayée d’un « c’est inadmissible » prononcé depuis un plateau de télévision.

Un jour sans chasse parce que « la nature doit être partagée » ?

Vient ensuite l’éternelle proposition écologiste : imposer une journée hebdomadaire sans chasse. Marine Tondelier l’explique par la nécessité de « partager » la nature avec les cyclistes, promeneurs et familles. Encore faut-il rappeler une réalité rarement évoquée dans ce débat : la forêt française n’est pas intégralement un parc public. Selon l’Observatoire des forêts françaises, 75 % des forêts de France hexagonale appartiennent à des propriétaires privés. Seuls 25 % relèvent de l’État ou d’autres propriétaires publics. Le droit de propriété ne signifie évidemment pas que le propriétaire ou le détenteur du droit de chasse puisse « faire ce qu’il veut ». La chasse est une activité extrêmement réglementée, avec des périodes, plans de chasse, règles de sécurité et arrêtés préfectoraux. Mais l’inverse est également vrai : une propriété privée ne devient pas un espace public simplement parce qu’elle comporte des arbres et des chemins. Depuis 2023, entrer sans autorisation dans une propriété rurale ou forestière dont le caractère privé est physiquement matérialisé constitue même une contravention de quatrième classe, hors exceptions prévues par la loi. Imposer depuis Paris un jour identique de non-chasse à tous les détenteurs de droits de chasse, y compris sur des propriétés privées où ils chassent parfois seulement quelques journées par mois, n’est donc pas aussi évident que le laisse entendre Marine Tondelier.

Même les randonneurs ne réclament pas nécessairement cette interdiction

Il y a plus intéressant encore. La Fédération française de la randonnée pédestre, que l’on pourra difficilement soupçonner de représenter les intérêts des chasseurs, privilégie elle-même le dialogue plutôt qu’une interdiction nationale. La FFRandonnée et la Fédération nationale des chasseurs ont renouvelé en novembre 2025 leur convention nationale de coopération pour trois ans. Son objectif est précisément d’améliorer l’information, la sécurité et la cohabitation des différents utilisateurs des espaces naturels. Et la position exprimée par la FFRandonnée est particulièrement claire : « Nous ne militons pas pour un jour sans chasse. ». La Fédération préfère travailler sur l’information, les comportements et les dispositifs locaux de sécurité. Voilà qui relativise sérieusement l’idée selon laquelle le partage de la nature passerait nécessairement par l’exclusion des chasseurs une journée par semaine.

Panneaux, conventions et applications : les chasseurs ne restent pas immobiles

Marine Tondelier évoque également des cyclistes qui n’oseraient plus sortir le dimanche et des parents qui renonceraient à emmener leurs enfants en forêt « par peur des balles ». Cette peur peut exister et il serait absurde de la nier ou de s’en moquer. Mais il est tout aussi faux de laisser entendre que rien n’est fait pour permettre la cohabitation en toute sécurité. Depuis 2020, la réglementation nationale impose notamment aux organisateurs de chasses collectives au grand gibier de poser des panneaux temporaires aux principales entrées de la zone chassée. Les participants doivent également porter un vêtement fluorescent visible. L’OFB rappelle par ailleurs l’interdiction de tirer en direction des routes, chemins ouverts au public, habitations ou personnes. Des outils numériques apparaissent également localement. En Isère, par exemple, l’application Chasse Info permet aux promeneurs, cyclistes, cavaliers et autres usagers de connaître en temps réel les zones dans lesquelles se déroule une battue. Plus de 220 communes sont déjà couvertes par ce dispositif. Ce système n’est pas encore généralisé partout en France, mais il montre tout de même une réalité bien différente de celle d’un monde de la chasse qui demanderait aux autres de rester enfermés chez eux.

Quatre morts en 2025-2026, tous chasseurs

Les chiffres de l’accidentologie méritent eux aussi d’être rappelés. Selon le bilan officiel de l’OFB pour la saison 2025-2026, 92 accidents corporels ont été recensés. Dix victimes étaient des non-chasseurs et 82 des chasseurs. Quatre accidents ont été mortels, chiffre le plus faible jamais enregistré par l’Office, et aucun de ces quatre décès ne concernait un non-chasseur. Quatre morts restent évidemment quatre morts de trop, tout comme dix non-chasseurs blessés restent dix victimes de trop. La sécurité doit continuer de progresser et aucune organisation cynégétique sérieuse ne prétend le contraire. Mais lorsque l’on veut légiférer à partir du sentiment d’insécurité, il faut également regarder l’évolution objective de l’accidentologie. Sur vingt ans, l’OFB constate une diminution de 49 % du nombre global d’accidents de chasse.

Et la « chasse photographique » pour remplacer les fusils ?

Marine Tondelier termine enfin par un conseil aux chasseurs qui souhaiteraient être « moins cruels » : pratiquer la chasse photographique. Pourquoi pas ? Photographier un cerf au brame, un brocard ou une compagnie de sangliers constitue une activité passionnante et de nombreux chasseurs sont d’ailleurs également photographes animaliers. Mais un appareil photo possède un inconvénient lorsqu’il s’agit de gérer une population de sangliers : il ne prélève aucun sanglier. L’OFB rappelle que l’espèce occasionne des dégâts aux cultures, aux prairies, aux jardins, aux espaces publics et peut être impliquée dans des collisions routières ou dans la circulation de maladies. Lorsque les populations deviennent trop importantes, l’Office indique explicitement que leur maîtrise nécessite souvent « une intensification de l’effort de chasse » afin d’augmenter les prélèvements. Le même principe vaut pour les grands ongulés soumis à plan de chasse. L’objectif fixé par l’administration consiste justement à concilier les populations animales avec les intérêts agricoles, forestiers et la préservation de la biodiversité. La chasse photographique peut donc parfaitement compléter la chasse. Elle ne peut pas la remplacer.

Être opposée à la chasse n’interdit pas de connaître son sujet

Marine Tondelier a parfaitement le droit d’être végétarienne. Elle a également le droit de ne pas aimer la chasse à courre, la vénerie sous terre ou même la chasse tout court. C’est une position politique et philosophique qui peut légitimement être défendue dans le débat démocratique. Mais l’opposition à une pratique ne dispense pas d’en connaître les réalités. Présenter la chasse à courre comme exclusivement aristocratique relève du cliché. Résumer la gestion du blaireau à une question de phantasmes sur sa « cruauté » ignore les enjeux sanitaires et les dégâts que reconnaissent les organismes publics. Présenter une journée nationale sans chasse comme l’unique moyen de partager la nature oublie que trois quarts des forêts françaises sont privées et que les représentants des randonneurs eux-mêmes privilégient aujourd’hui le dialogue. Quant à réclamer en 2026 « l’interdiction immédiate » de la chasse à la glu, alors que le Conseil d’État l’a déclarée illégale en juin 2021, c’est plus difficile à expliquer quand on prétend aux plus hautes responsabilités politiques du pays. Enfin, inviter les chasseurs à remplacer leurs carabines par des appareils photo est sympathique sur un plateau de télévision. Reste à savoir qui Marine Tondelier enverrait ensuite dans les champs, les vignes et les forêts lorsque sangliers, cervidés et autres espèces doivent réellement être régulés. Sur ce point, étrangement, la candidate écologiste n’a donné aucune réponse.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

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