Présentant des opérations de destruction de sangliers organisées à Plancher-Bas, en Haute-Saône, France Info évoque des « battues administratives autorisées la nuit ». Une formulation pour le moins maladroite : une battue et un tir nocturne à l’affût sont deux modes d’intervention très différents, notamment en matière d’organisation et de sécurité.
Des sangliers qui causent d’importants dégâts
La situation, elle, est bien réelle. À Plancher-Bas, près de Champagney, les dégâts provoqués par les sangliers dans les cultures mais aussi dans les jardins de particuliers ont conduit l’administration à intervenir. Selon France Info, une opération administrative de régulation est autorisée du jeudi 3 au samedi 12 septembre. La municipalité invite d’ailleurs les habitants à éviter les déplacements nocturnes dans les bois, les champs et sur les chemins ruraux pendant la période concernée, ainsi qu’à garder les animaux domestiques sous surveillance. Jusque-là, rien de particulièrement inhabituel dans un secteur confronté à une concentration importante de sangliers.
Une « battue de nuit » ? Vraiment ?
C’est ensuite que la présentation de France Info devient beaucoup plus surprenante. Le média public affirme en effet que « des battues administratives sont autorisées la nuit par la préfecture de Haute-Saône ». Le choix des mots n’est pas anodin. Une battue au grand gibier suppose généralement des chasseurs postés autour d’une enceinte, tandis que des traqueurs accompagnés de chiens, progressent à l’intérieur afin de faire sortir les animaux. Imaginer un tel dispositif organisé en pleine nuit laisse facilement entrevoir les problèmes élémentaires qu’il poserait : visibilité des postés et des traqueurs, identification des animaux, localisation des chiens, appréciation de l’environnement du tir et, surtout, sécurité de l’ensemble des participants. Ce n’est évidemment pas le principe d’un tir administratif nocturne.
Battue et tir de nuit : deux opérations différentes
Dans le cadre de leurs missions, les lieutenants de louveterie peuvent être chargés par l’autorité administrative d’opérations de destruction ou de régulation d’animaux sauvages. Depuis le 20 août 2026, le Code de l’environnement précise d’ailleurs explicitement qu’ils concourent, sous le contrôle de l’administration, aux opérations de régulation qu’elle ordonne et qu’ils sont des agents dépositaires d’une mission de service public de police. Ces interventions peuvent prendre différentes formes. Il peut s’agir d’une véritable battue administrative, organisée de jour avec des postés, des traqueurs et des chiens. Mais il peut également s’agir de tirs de destruction réalisés de nuit, généralement depuis des postes fixes ou à l’affût, selon les modalités déterminées par l’arrêté préfectoral. L’administration peut également prévoir, dans le cadre de ces opérations particulières, l’utilisation de moyens techniques qui ne sont pas ceux de la chasse ordinaire. L’arrêté national réglementant les procédés de chasse précise d’ailleurs que ses dispositions ne s’appliquent pas aux opérations conduites sous la direction des lieutenants de louveterie. Dans plusieurs départements, les arrêtés encadrant ce type d’intervention prévoient notamment des tirs nocturnes depuis un poste fixe et peuvent autoriser des équipements de vision thermique pour les lieutenants de louveterie.
À quelques kilomètres, la mairie fait parfaitement la différence
La confusion de France Info apparaît d’autant plus étonnante qu’à Champagney, commune voisine de Plancher-Bas, les autorités locales utilisent précisément les bons termes. Dans une information publiée début septembre, la municipalité annonce que des « tirs de nuit » contre les sangliers auront lieu jusqu’au 1er novembre. Et elle précise, séparément, que de véritables « battues » sont programmées les 6 et 13 septembre. Deux annonces différentes pour deux modes d’intervention différents. Preuve qu’il n’est finalement pas si compliqué de distinguer une battue administrative d’une opération de tir nocturne.
Une imprécision loin d’être anodine
On pourrait considérer qu’il ne s’agit que d’une maladresse de vocabulaire. Dans le domaine de la chasse, elle est pourtant gênante. La sécurité en battue repose précisément sur une organisation stricte, des consignes données avant l’action, la connaissance de la position des différents participants et l’identification formelle de l’animal avant chaque tir. Parler de « battues administratives la nuit » peut donc donner au grand public une représentation complètement erronée de ce qui est réellement organisé sur le terrain, laissant imaginer des chasseurs et des chiens courant dans les bois en pleine obscurité pendant que des tireurs seraient postés autour de l’enceinte. Ce n’est pas sérieux et ce n’est surtout pas ainsi que fonctionnent les opérations nocturnes de régulation conduites par la louveterie. En Haute-Saône, le sujet intéressant est pourtant ailleurs : les dégâts causés par les sangliers ont atteint un niveau suffisant pour que l’administration juge nécessaire d’ordonner des interventions nocturnes supplémentaires. Une réalité qui, elle, méritait sans doute d’être expliquée avec les bons mots.












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