Willy Berdeil : une vie de chasse au sanglier derrière ses porcelaines

Willy Berdeil et sa meute de chiens.

À 40 ans, Willy Berdeil consacre une grande partie de sa vie à ses chiens et à la chasse au sanglier. À la tête d’une meute d’une vingtaine de chiens adultes, auxquels s’ajoutent une dizaine de jeunes en roulement, il a construit son expérience au fil des années. De ses débuts avec un anglo-français de petite vénerie à sa rencontre décisive avec les porcelaines, il revient sur son parcours.

LS : Pouvez-vous commencer par nous présenter votre meute ?

WB : Cela fait maintenant deux ans que je fonctionne de cette manière. Aujourd’hui, je tourne en gros avec une vingtaine de chiens adultes et une dizaine de jeunes en roulement. J’ai principalement des porcelaines. Je garde la même philosophie dans ma manière de travailler avec mes chiens, même si je fais évoluer certaines choses au fil du temps.

LS : D’où vient cette passion pour la chasse et les chiens courants ?

WB : Elle vient de très loin. J’ai été élevé avec la chasse. Toute ma jeunesse, j’accompagnais mon père et mon grand-père. Mon grand-père m’a également appris à pêcher, mais mon père m’emmenait surtout à la chasse. J’allais avec lui pour le petit gibier, notamment les grives et les palombes. C’est vraiment mon école de la chasse. J’allais aussi régulièrement au local de chasse du village pour écouter les anciens raconter leurs journées, expliquer ce qu’ils avaient fait et refaire la chasse du matin. J’étais plongé là-dedans depuis tout petit.

LS : À quel âge avez-vous commencé à chasser avec les chiens ?

WB : Vers 13 ou 14 ans, j’ai demandé aux chasseurs du village qui avaient des chiens si je pouvais les accompagner. Ils m’ont accepté et je suis allé avec eux. Cela a été assez rapide puisque, l’année suivante, à 14 ans, mes parents m’ont offert mon premier chien. C’était un anglo-français de petite vénerie. Il y avait un éleveur près de chez nous qui avait un très bon niveau de chiens. C’était aussi un grand ami de mes parents, donc naturellement, j’ai commencé avec un chien provenant de chez lui. Ensuite, j’ai eu deux autres anglo-français de petite vénerie.

©Jérôme MEILLIERE

LS : Comment êtes-vous ensuite arrivé aux porcelaines ?

WB : Il y a eu plusieurs étapes. J’ai notamment eu un briquet de pays qui était vraiment très bon. C’est l’un des chiens qui m’a le plus marqué dans ma vie de chasseur. Puis, en 2002, il y a eu une Coupe de France organisée chez nous. Ce jour-là, j’ai vu chasser une meute de porcelaines et ça a été un véritable coup de foudre. Ils ont fait une très belle chasse devant mes yeux et, depuis ce jour-là, je n’ai plus eu que des porcelaines.

LS : Cette Coupe de France a donc été un véritable tournant pour vous ?

WB : Oui, clairement. Pour moi, cette Coupe de France a été un moment charnière dans ma vie de chasseur à chiens courants. Quand on est jeune, on vit aussi beaucoup dans le rêve. C’est un peu comme un jeune qui joue au rugby et qui voit une grande équipe remporter un titre : il se dit qu’un jour, il aimerait faire la même chose. Ce jour-là, les porcelaines m’ont marqué parce qu’ils ont été performants et que j’ai vu de très belles chasses. Si une autre race avait été victorieuse ce jour-là, peut-être que les choses auraient été différentes. Mais c’est bien cette journée qui m’a fait basculer vers le porcelaine.

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LS : Comment avez-vous évolué ensuite dans votre manière de chasser ?

WB : Au départ, j’ai été formé dans mon village, avec une manière de chasser assez méditerranéenne. On faisait parfois les traces, parfois pas du tout. On choisissait un massif et on lâchait les chiens en différents endroits pour chasser les sangliers, mais aussi les chevreuils et les renards. C’est comme ça que j’ai appris au départ. À cette époque, chez nous, il y avait beaucoup plus de sangliers que de chevreuils, donc le chevreuil ne posait pas vraiment de problème.

LS : Qu’est-ce qui vous a fait changer cette façon de faire ?

WB : La population de chevreuils a commencé à augmenter énormément chez nous. Le problème, c’est que l’équipe de mon village continuait à chasser de la même manière. Les chiens pouvaient donc partir toute la journée derrière les chevreuils alors que moi, je voulais chasser le sanglier. À un moment donné, des chasseurs du Comminges, qui avaient pris des chiots chez moi, m’ont invité à venir chasser avec eux. Je suis arrivé là-bas avec mes jeunes chiens, qui n’étaient pas du tout créancés comme les leurs. Je n’ai pratiquement pas pu chasser le sanglier du week-end : mes chiens partaient sur les chevreuils.

LS : Et qu’avez-vous découvert en voyant travailler leurs chiens ?

WB : Ils m’ont fait une véritable démonstration avec leurs jeunes chiens. Ils ont fait plusieurs kilomètres de rapproché sur des chevreuils, mais les chiens les refusaient complètement. Pour moi, c’était quelque chose de nouveau. Chez nous, on n’était jamais sortis de notre façon de chasser. On ne savait même pas que ce type de travail pouvait exister. Cela a été une grosse remise en question. À partir de là, je me suis dit que c’était terminé : je voulais chasser le sanglier et créancer mes chiens pour cela. Je devais avoir 20 ans, donc c’était autour de 2006.

LS : Aujourd’hui, à quoi ressemble une journée de chasse avec votre meute ?

WB : Cela dépend des territoires, mais généralement, on se retrouve dans la matinée, souvent entre 10 heures et midi. On fait le pied, puis on fait le bilan de ce qu’on a trouvé. Ensuite, on chasse et, une fois que c’est parti, on ne s’arrête plus de la journée. Ce sont de grosses journées pour les chiens comme pour nous.

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LS : Vous avez une conception très particulière de la meute. Pour vous, est-ce qu’un ou deux chiens doivent forcément sortir du lot ?

WB : Non, absolument pas. Pour moi, l’efficacité d’une meute n’est pas basée sur l’individualité. Elle est basée sur le collectif. Je compare souvent ça à une équipe de rugby : il y a des joueurs qui courent vite, d’autres qui sont plus puissants, mais chacun a son rôle. Pour une meute, c’est pareil.

LS : Qu’est-ce qui est alors important pour avoir une meute efficace ?

WB : L’homogénéité et la vitesse. Il faut que les chiens aient des gabarits assez équivalents et surtout une vitesse qui soit cohérente. C’est comme ça qu’on obtient une meute homogène et, au final, plus efficace. Après, chaque chien a ses qualités. Certains sont très vaillants au ferme, d’autres le sont moins. Certains sont de très bons rapprocheurs, d’autres moins. Certains sont très lanceurs, d’autres moins. Mais c’est justement l’union de toutes ces qualités qui fait la force de la meute. Le collectif est essentiel.

LS : Selon vous, quelle est la première qualité d’un bon chien de chasse ?

WB : L’intelligence, avant tout. Il faut qu’un chien chasse parce qu’il aime chasser. On peut avoir des lignées extraordinaires, mais si le chien ne chasse pas par envie, cela ne sert à rien. Quand on lui demande de chasser, il faut qu’il le fasse avec passion.

LS : Vous considérez donc que l’envie de chasser est plus importante que les qualités physiques ?

WB : Oui. Un chien que l’on force à chasser, c’est comme un enfant que l’on oblige à faire du basket parce que ses parents rêvent qu’il devienne basketteur alors que lui veut faire du tennis. Même s’il est naturellement doué, il finira par abandonner s’il n’aime pas ce qu’il fait. Pour moi, c’est exactement pareil avec un chien. Il faut qu’il ait envie de chasser.

LS : Avec une trentaine de chiens en comptant les jeunes, quel temps représente l’entretien de la meute ?

WB : Une heure tous les soirs, c’est le minimum. Tous les jours, il faut s’en occuper. Et il y a aussi tout ce qui vient en plus. Par exemple, lorsqu’on récupère de la viande, il faut la broyer pour nourrir les chiens. Cela peut prendre une partie de l’après-midi. Avec une meute comme celle-là, il y a du travail toute l’année.

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LS : Vous avez évoqué plusieurs chiens qui vous ont marqué. Y en a-t-il un qui reste particulièrement important dans votre parcours ?

WB : J’en ai eu beaucoup et certains ont vraiment marqué ma vie. Il y a notamment Pépito, qui était un chien monstrueux. Malheureusement, il est mort très jeune, à trois ans. Mais le chien qui m’a le plus marqué n’était même pas à moi. C’était un porcelaine qui appartenait à un collègue, Alain Maliba. Il s’appelait Clovis. C’était un chien d’une intelligence folle, avec un caractère irréprochable. Il pouvait reprendre des pieds extrêmement difficiles que même des rapprocheurs réputés ne voulaient pas reprendre. Lui était capable de les reprendre avec une facilité déconcertante. C’était un chien exceptionnel. Pour moi, il est devenu une référence. J’ai beaucoup de chiens qui descendent de lui. Depuis que j’ai des porcelaines et que j’ai connu Clovis, chaque fois qu’un chien sort du lot, c’est lui qui me sert de référence. Je cherche toujours à retrouver quelque chose de ce chien. Il m’a tellement marqué que, dans ma tête, il reste l’exemple.

LS : Vous utilisez aujourd’hui des colliers de suivi. Depuis combien de temps ?

WB : C’est ma troisième saison avec des colliers Dogze. Mais je suis aussi quelqu’un qui restera attaché aux systèmes traditionnels. Aujourd’hui, tant que la technologie évolue comme elle le fait et que les conditions sont réunies, je pense que ces nouveaux colliers sont extrêmement intéressants.

LS : Y a-t-il malgré tout des limites à leur utilisation ?

WB : Oui, selon les territoires. Il faut du réseau. Il existe encore des endroits où il n’y en a absolument pas. J’ai par exemple chassé dans l’Allier, dans la forêt de Grosbois, et il n’y avait aucun réseau dans toute la forêt. Pas même de 2G. Il faut donc anticiper et prévoir d’autres solutions. Mais pour moi, aujourd’hui, le rapport qualité-prix est excellent. La distance de repérage est beaucoup moins problématique, on peut consulter les historiques et surtout avoir les chiens en localisation pendant la journée. Personnellement, depuis que je les utilise, lorsque je chasse sur un territoire couvert par le réseau, je n’ai quasiment jamais un moment où je ne sais pas où sont mes chiens.

LS : Vous utilisez également plusieurs systèmes en complément ?

WB : Oui. Par exemple, lorsque je lâche 15 chiens, je peux mettre 15 Garmin et en doubler certains avec les deux systèmes. Le problème du Garmin, c’est que dès qu’on change de vallée ou qu’une colline se met entre nous et les chiens, on peut perdre le signal. À ce moment-là, je bascule sur l’autre système. Comme ma meute reste assez groupée, cela me permet aujourd’hui d’avoir une localisation quasiment permanente.

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LS : Cela vous évite aussi de faire beaucoup de kilomètres pour récupérer les chiens ?

WB : Énormément. Quand les chiens changent de vallée, sans localisation, tu ne sais pas forcément s’ils sont partis en montant ou en descendant. Tu peux faire une demi-heure de route dans une direction et, si tu t’es trompé, refaire une demi-heure dans l’autre. Avec la localisation, tu sais immédiatement où ils sont et dans quelle direction ils sont partis. C’est une vraie sécurité pour les chiens et cela évite beaucoup de déplacements inutiles.

LS : Vos collègues peuvent également suivre la chasse à distance ?

WB : Oui, et c’est quelque chose que je trouve assez incroyable. Certains collègues qui ne peuvent pas être présents suivent la chasse en direct depuis leur travail. Comme l’application donne notamment la vitesse des chiens, ils peuvent voir quand ça part. Il m’arrive de recevoir un message d’un collègue qui me dit que ça y est, les chiens sont partis. Ils suivent réellement la chasse à distance. C’est quelque chose qui n’existait évidemment pas lorsque j’ai commencé.

LS : Justement, lorsque vous avez commencé à chasser, comment faisiez-vous pour retrouver les chiens ?

WB : À l’époque, c’était complètement différent. Au début, je n’avais même pas le permis de conduire et c’était mon grand-père qui m’emmenait. On avait une vieille 4L F6. Combien de fois avons-nous lâché les chiens le samedi et sommes-nous restés jusqu’à minuit ou une heure du matin dans la montagne à essayer d’entendre une cloche ou les chiens ? On cherchait avec les trompes, on tendait l’oreille.

LS : Vous avez donc connu toute l’évolution des moyens de suivi des chiens.

WB : Oui. Après les systèmes traditionnels, il y a eu les premiers moyens de communication, puis les Garmin et la technologie GPS. Cela a déjà révolutionné la chasse. Et aujourd’hui, avec les nouveaux systèmes connectés, on a encore franchi un cap. Cela a complètement changé notre façon de suivre les chiens et de vivre la chasse.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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