Deux-Sèvres : le sanglier devient ESOD dans plusieurs secteurs

Sanglier

Depuis le 1er juillet, le sanglier bénéficie d’un nouveau statut dans une partie des Deux-Sèvres. Pour la campagne 2026-2027, l’espèce est désormais classée partiellement parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Une décision qui ouvre notamment la voie au piégeage dans plusieurs communes et secteurs sensibles du département, alors que les dégâts agricoles restent au cœur des préoccupations. Dans le même temps, le corbeau freux, que certaines associations écologistes espéraient voir sortir de la liste des ESOD, y a finalement été maintenu.

Le sanglier entre dans le troisième groupe des ESOD

C’est une vraie nouveauté dans les Deux-Sèvres. Le sanglier appartient au troisième groupe des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, aux côtés du lapin de garenne et du pigeon ramier. Contrairement aux espèces du deuxième groupe, dont le classement est fixé pour trois ans par arrêté ministériel, celui du sanglier relève d’un arrêté préfectoral annuel. Et pour la campagne 2026-2027, le préfet des Deux-Sèvres a décidé de franchir le pas : depuis le 30 juin, le sanglier est partiellement classé ESOD dans le département, pour la période allant du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027. L’objectif est clairement affiché : renforcer les possibilités d’intervention là où les populations de sangliers provoquent des dégâts importants ou se réfugient dans des secteurs où la chasse classique est difficile, voire impossible.

Trois communes particulièrement concernées

La Fédération départementale des chasseurs des Deux-Sèvres précise que le dispositif vise notamment les communes où les dégâts indemnisés aux agriculteurs dépassent 4 500 euros pour 1 000 hectares chassables. Trois communes sont directement concernées : L’Absie, Sansais et Saint-Hilaire-la-Palud. Mais l’arrêté va beaucoup plus loin. Le classement s’applique également autour de nombreux secteurs sensibles : dans un périmètre de 150 mètres autour de la LGV Bordeaux-Tours, de la ligne SNCF La Rochelle-Poitiers, des autoroutes A10 et A83, de plusieurs routes nationales et départementales, ainsi qu’autour de carrières et de certains sites industriels. Sont également concernés certaines réserves naturelles, le plan d’eau du Cébron, des réserves de chasse et de faune sauvage, la voie verte reliant Parthenay à Bressuire, certains terrains placés en opposition à la chasse pour convictions personnelles ainsi que des zones urbanisées classées U au cadastre. Autrement dit, le dispositif vise précisément les endroits où le sanglier peut trouver refuge tout en causant des problèmes importants.

Le piégeage devient possible

Le principal effet concret de ce classement concerne le piégeage. Dans les zones prévues par l’arrêté, le propriétaire ou le détenteur du droit de destruction peut désormais demander une autorisation préfectorale pour capturer des sangliers. Mais pas question pour autant d’installer n’importe quel piège. Seuls les dispositifs de catégorie 1, c’est-à-dire les cages-pièges ou filets permettant de capturer l’animal vivant, sont autorisés. Les opérations doivent être supervisées par la Fédération départementale des chasseurs et les piégeurs doivent avoir suivi une formation spécifique. Une fois capturé, le sanglier doit être mis à mort immédiatement après la relève du piège, par balle d’un calibre adapté. Nous ne sommes donc pas ici dans une action de chasse classique, mais bien dans une opération de destruction administrative encadrée. Le classement ESOD ne donne évidemment pas le droit à n’importe quel chasseur de tirer librement des sangliers en dehors des périodes et règles habituelles.

Un outil supplémentaire contre les dégâts

Cette mesure s’inscrit dans une politique beaucoup plus large visant à contenir les populations de sangliers et les dégâts agricoles. Depuis plusieurs années, les possibilités de chasse de l’espèce ont déjà été considérablement élargies. Dans les Deux-Sèvres, le sanglier peut par exemple être chassé au printemps et en été sur autorisation préfectorale, notamment à l’affût, à l’approche ou en battue selon les périodes et les secteurs concernés. Le classement ESOD ajoute désormais un nouvel outil à cette panoplie : le piégeage dans les secteurs où la chasse seule ne permet pas toujours d’obtenir les résultats recherchés. Une évolution qui répond aussi aux objectifs nationaux de réduction des dégâts de grand gibier, après les accords conclus en 2023 entre l’État, le monde agricole et les chasseurs.

Le corbeau freux, lui, reste finalement ESOD

Le dossier réserve aussi une autre surprise. Le corbeau freux était déjà classé ESOD dans les Deux-Sèvres pour la période 2023-2026. Contrairement à ce qu’ont pu laisser entendre certaines publications récentes de nos confrères du service public, il ne fait donc pas son apparition sur la liste. En revanche, son maintien n’était pas acquis. Lors de la consultation publique organisée cet été sur le nouvel arrêté ministériel valable jusqu’en 2029, le projet initial ne retenait plus dans les Deux-Sèvres que le renard roux et la corneille noire. Le corbeau freux devait donc disparaître du classement. Les écologistes de Deux-Sèvres Nature Environnement s’en félicitaient alors et militaient plus largement pour une réduction, voire une suppression, des classements ESOD. L’association avait notamment écrit au préfet pour demander le retrait du corbeau freux, mettant en avant une baisse de ses effectifs régionaux et contestant l’efficacité des destructions sur le niveau des dégâts. La décision définitive du ministère n’a finalement pas suivi cette voie.

Une déconvenue pour les associations écolos

L’arrêté ministériel du 10 août 2026, entré en vigueur le 22 août, maintient finalement dans les Deux-Sèvres trois espèces du deuxième groupe : le renard, la corneille noire et le corbeau freux, sur l’ensemble du département. Pour Deux-Sèvres Nature Environnement, qui espérait obtenir au minimum le déclassement du corbeau freux, c’est donc une déconvenue. L’association avait pourtant multiplié les démarches auprès du préfet et participé aux différentes commissions consacrées aux ESOD. Elle avait même présenté comme une « petite victoire » le retrait de la fouine du projet départemental. Mais sur les corvidés, l’administration a finalement retenu la nécessité de conserver des possibilités de régulation, notamment face aux dégâts sur les semis agricoles. Et pour les exploitants qui peuvent voir plusieurs centaines de corbeaux arriver simultanément sur une parcelle fraîchement semée en maïs ou en tournesol, cette possibilité est loin d’être anecdotique.

Davantage de moyens pour agir sur le terrain

Au final, les Deux-Sèvres disposent désormais d’un dispositif de régulation sensiblement renforcé. Le corbeau freux reste classé ESOD malgré les demandes de retrait formulées par les associations écolo-animalistes, tandis que le sanglier fait son entrée, au moins partiellement, dans le troisième groupe. Pour les chasseurs et les agriculteurs, l’enjeu est très concret : disposer de davantage de moyens pour intervenir là où les méthodes habituelles atteignent leurs limites. Le classement du sanglier ne permettra évidemment pas de résoudre à lui seul le problème des dégâts agricoles. Mais en ouvrant la possibilité du piégeage dans les zones les plus sensibles, il ajoute un outil supplémentaire à ceux dont disposent déjà chasseurs, propriétaires et services de l’État. Et face à une espèce aussi adaptable que le sanglier, personne ne peut sérieusement prétendre que les gestionnaires disposent aujourd’hui de trop de moyens pour tenter de contenir les dégâts.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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