Chaque année, des chasseurs découvrent sur un oiseau prélevé une petite bague métallique portant quelques lettres et un numéro. L’objet paraît anodin mais peut raconter une histoire vieille de plusieurs années et commencée à plusieurs milliers de kilomètres. En transmettant ces informations, les chasseurs apportent des données précieuses aux scientifiques qui étudient les migrations, la longévité et la dynamique des populations d’oiseaux.
Une petite bague qui peut raconter un très long voyage
Le principe du baguage est aussi simple qu’efficace : un oiseau capturé par un bagueur habilité reçoit une bague métallique portant un numéro individuel permettant de l’identifier s’il est retrouvé ultérieurement. Lors de la pose sont enregistrées différentes informations comme l’espèce, le lieu et la date de baguage et, selon les programmes, l’âge, le sexe ou diverses données biométriques. Des mois ou des années plus tard, si cet oiseau est de nouveau capturé, observé ou retrouvé mort, ces nouvelles informations peuvent être rapprochées de celles recueillies lors de son baguage. On peut alors connaître la distance parcourue, la direction suivie, le temps écoulé depuis le marquage et parfois reconstituer une partie étonnante de son parcours migratoire. La technique est loin d’être nouvelle puisqu’elle est utilisée en France depuis 1911. Le Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux du Muséum national d’Histoire naturelle rappelle qu’elle reste l’une des méthodes les plus éprouvées pour suivre individuellement un grand nombre d’oiseaux et étudier notamment leurs déplacements et leur longévité.
Les chasseurs fournissent une part essentielle des reprises
Une bague ne devient réellement intéressante que si quelqu’un la retrouve et transmet l’information. C’est précisément là que les chasseurs occupent une place importante. En prélevant des oiseaux migrateurs sur une grande partie du territoire et durant plusieurs mois de l’année, ils constituent un réseau particulièrement précieux pour récupérer ces marques. En 2025, près de 380 bagues ont ainsi été signalées à la Fédération nationale des chasseurs par l’intermédiaire de son formulaire dédié. Plus de 30 espèces chassables étaient concernées. La bécasse des bois arrive très largement en tête avec 137 reprises. Et ces seules déclarations donnent une idée des distances parcourues puisque les bagues retrouvées provenaient de 27 pays différents. Derrière chaque numéro se cache donc potentiellement le trajet d’un oiseau venu de Scandinavie, d’Europe centrale, des pays baltes ou de beaucoup plus loin encore.
La bécasse, formidable exemple de l’intérêt du baguage
Que la bécasse arrive en tête des retours n’est d’ailleurs pas complètement surprenant. La France dispose d’un dispositif particulièrement développé pour cette espèce. Le réseau Bécasse animé par l’Office français de la biodiversité s’appuie sur près de 450 bagueurs spécialement formés, répartis sur l’ensemble du territoire. La base française est présentée par l’OFB comme la plus importante au monde consacrée à l’espèce, avec près de 170 000 bécasses baguées et environ 40 000 reprises ou contrôles enregistrés. Ces données contribuent notamment au suivi des effectifs migrateurs et hivernants. Et le travail du monde cynégétique intervient également en amont : des personnels de Fédérations des chasseurs participent eux-mêmes aux opérations de baguage, tandis que certains réseaux nationaux concernant notamment la caille des blés et l’alouette des champs sont coordonnés par des personnels de fédérations. Le chasseur n’est donc pas seulement celui qui retrouve occasionnellement une bague. Le réseau cynégétique participe directement à la production des connaissances.
Des informations qui voyagent elles aussi à travers l’Europe
Les oiseaux ignorant évidemment les frontières administratives, les données doivent pouvoir circuler entre les différents pays concernés. En France, le Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux du Muséum national d’Histoire naturelle joue un rôle central dans la gestion de ces informations. À l’échelle européenne intervient le réseau EURING, qui centralise les données provenant des différents programmes nationaux de baguage. Sa banque de données contient les historiques de reprise de près de trois millions d’oiseaux bagués et permet aux scientifiques de travailler sur les migrations, la dispersion et la dynamique des populations. Une bague récupérée en France sur un oiseau marqué plusieurs années auparavant à l’étranger peut ainsi rejoindre une immense base scientifique internationale.
AVIMARK pour mieux valoriser les données des chasseurs
Cette contribution du monde cynégétique est désormais structurée davantage encore à travers le programme AVIMARK. Lancé en 2025 par la Fédération nationale des chasseurs en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, avec le soutien de l’OFB dans le cadre de l’écocontribution, il vise notamment à améliorer la circulation des informations depuis la pose d’une bague jusqu’à sa récupération et à mieux valoriser le travail des acteurs cynégétiques impliqués dans le baguage. Après une première phase, le programme se poursuit en 2026. L’objectif est double : éviter que des données scientifiques précieuses ne disparaissent faute d’avoir été transmises et améliorer encore les connaissances dont disposent chercheurs et gestionnaires pour suivre les espèces migratrices.
Vous trouvez une bague ? Surtout, ne la jetez pas
La procédure est désormais relativement simple. Lorsqu’un chasseur prélève un oiseau portant une bague métallique numérotée, la Fédération nationale des chasseurs lui demande de la déclarer à l’aide de son formulaire en ligne. Quelques précautions peuvent cependant être utiles : photographier la bague et l’oiseau, relever soigneusement toutes les inscriptions, conserver la bague et indiquer aussi précisément que possible la date, le lieu et les circonstances de la découverte. La FNC recommande également de ne pas déclarer la même bague par plusieurs canaux différents, la gestion des doublons risquant au contraire de ralentir son traitement. Une fois les recherches effectuées, le découvreur ayant laissé ses coordonnées pourra recevoir les informations disponibles sur l’oiseau : son lieu et sa date de baguage, son âge lorsque celui-ci est connu et, parfois, l’histoire étonnante du voyage effectué avant sa rencontre avec le chasseur. Une belle manière de rappeler qu’une minuscule bague de quelques grammes peut représenter plusieurs années de travail scientifique et que, sans celui qui prend quelques minutes pour la signaler, une partie de cette histoire resterait définitivement inconnue.












Laisser un commentaire