Moselle : les chasseurs au cœur des solutions face au changement climatique

Inondation au Campus agricole de Courcelles-Chaussy mai 2024

Face aux épisodes de fortes pluies, à l’érosion des terres agricoles et aux coulées de boue, la Fédération départementale des chasseurs de la Moselle participe à un vaste projet territorial conduit autour du Campus agricole de Courcelles-Chaussy. Pour la nouvelle phase 2026-2028 de cette Trame verte et bleue, la FDC57 occupe même un rôle de médiateur stratégique entre agriculteurs, collectivités et acteurs de l’eau et de l’environnement. Une implication qui montre une nouvelle fois que l’action des chasseurs dépasse largement la seule gestion des espèces.

Mai 2024, le campus sous les eaux

À Courcelles-Chaussy, les images du mois de mai 2024 sont restées dans les mémoires. Comme une grande partie de la Moselle, le campus agricole avait été touché par les pluies exceptionnelles qui s’étaient abattues sur le département entre le 16 et le 18 mai. À certains endroits, il était alors tombé en vingt-quatre heures l’équivalent, voire davantage, d’un mois normal de précipitations. Météo-France avait notamment relevé 102,5 mm à Hestroff, 98,5 mm à Porcelette ou encore 85,8 mm à Boulay. Les sols, déjà particulièrement humides après plusieurs mois excédentaires, n’étaient plus capables d’absorber toute cette eau. Courcelles-Chaussy a ensuite officiellement été reconnue en état de catastrophe naturelle pour les « inondations et coulées de boue » survenues entre le 16 et le 21 mai 2024. L’arrêté précise que l’intensité du phénomène était caractérisée par des précipitations ou des débits correspondant à une période de retour supérieure à dix ans. Deux ans plus tard, cet épisode sert désormais de point de départ à une nouvelle réflexion : comment empêcher que l’eau qui ruisselle sur les terres agricoles n’emporte avec elle les sols avant de provoquer, en aval, des coulées de boue ?

Une troisième phase tournée vers le ruissellement

Le Campus de Courcelles-Chaussy ne part pas de zéro. Il travaille depuis 2017 sur un vaste projet de Trame verte et bleue destiné à restaurer les continuités écologiques du territoire. Après une première phase menée de 2017 à 2019 puis une deuxième entre 2022 et 2024, une troisième étape est programmée pour la période 2026-2028. Son intitulé ne laisse guère de doute sur la priorité : « Ruissellement et coulées de boue : des solutions fondées sur la nature ». Le dossier déposé cette année par le campus a reçu un avis favorable du ministère chargé de l’Agriculture. L’enjeu dépasse largement les seules inondations. Lorsque la pluie entraîne la terre arable depuis les parcelles, l’agriculteur perd une partie de son capital sol. Les sédiments se retrouvent ensuite dans les fossés, les cours d’eau et les zones situées en aval, avec des conséquences possibles sur la qualité de l’eau, la biodiversité mais également sur les habitations et les infrastructures. Le projet repose donc sur une logique en trois temps : éviter, réduire puis, lorsque cela devient nécessaire, compenser. Le campus entend notamment travailler sur les pratiques agricoles, les solutions fondées sur la nature et ce que l’on appelle l’« hydraulique douce ».

Haies et végétation pour ralentir l’eau

C’est précisément ici que les aménagements favorables à la faune sauvage rejoignent les problématiques agricoles. Une haie, une bande enherbée, une ripisylve (ensemble des formations végétales se développant sur les berges et les rives des cours d’eau) ou une prairie permanente ne constituent pas seulement des habitats et des corridors pour les animaux. Ces éléments du paysage peuvent également contribuer à ralentir les écoulements superficiels, favoriser l’infiltration et limiter l’entraînement des particules de sol. Cette logique est déjà au cœur du travail mené à Courcelles-Chaussy depuis près de dix ans. Lors de la première phase du projet, des haies ont ainsi été plantées et entretenues sur les parcelles de la ferme. Des plantes mellifères ont été semées, des abris et nichoirs installés et un parcours consacré aux infrastructures agroécologiques créé. La seconde phase s’est davantage concentrée sur l’eau et les milieux humides.

La Nied déjà renaturée

Le travail réalisé entre 2022 et 2024 a notamment concerné la Nied française. Une partie du cours d’eau a été renaturée avec entretien de la ripisylve, diversification des écoulements et des habitats, retalutage puis revégétalisation de certaines berges. Des mares ont également été créées ou entretenues et différents aménagements destinés à la faune ont vu le jour, parmi lesquels des nichoirs à martin-pêcheur ainsi que des abris pour amphibiens et reptiles. Des pratiques agricoles telles que la fauche tardive, les couverts végétaux ou le pâturage tournant dynamique ont également été expérimentées. À cela s’ajoutent des inventaires de biodiversité et la constitution d’une banque de données permettant de suivre l’évolution de la faune et de la flore. Autant d’actions qui intéressent directement les chasseurs puisque la restauration des haies, des zones humides et des continuités écologiques bénéficie aussi au petit gibier et, plus largement, à l’ensemble de la faune sauvage.

La FDC57 devient médiateur stratégique

Pour cette troisième phase, la Fédération départementale des chasseurs de la Moselle ne sera pas un simple partenaire parmi d’autres. Le Campus de Courcelles-Chaussy lui attribue le rôle de « médiateur stratégique » du projet. Le premier comité de pilotage doit réunir agriculteurs, collectivités ainsi que les différents acteurs de l’eau et de l’environnement afin de confronter les connaissances techniques mais aussi les contraintes de chacun. La FDC57 participera à son animation aux côtés des étudiants de deuxième année du BTSA Agronomie et cultures durables, qui travaillent actuellement à sa préparation. Ce rôle est particulièrement intéressant. Sur un dossier où peuvent se rencontrer des intérêts agricoles, hydrauliques, environnementaux et fonciers parfois différents, une Fédération départementale des chasseurs se retrouve ainsi au cœur de la concertation.

Agriculteurs, chasseurs, pêcheurs et OFB autour de la même table

Le nombre d’organismes associés donne d’ailleurs une idée de l’ampleur du projet. Aux côtés de la FDC57 figurent notamment les Chambres d’agriculture de la Moselle et du Grand Est, la Fédération de la Moselle pour la pêche et la protection du milieu aquatique, le Conservatoire des espaces naturels de Lorraine, le Groupe d’étude des mammifères de Lorraine ou encore l’Office français de la biodiversité. L’Université de Lorraine apporte son soutien scientifique tandis que l’Epage des Eaux vives des 3 Nied et Haies vives d’Alsace apportent notamment leur expertise technique. La Région Grand Est, la DREAL et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse font partie des partenaires financiers du programme. On est donc bien loin d’une opération menée exclusivement par le monde cynégétique. C’est justement ce qui rend la place occupée par la FDC57 intéressante : les chasseurs travaillent ici au sein d’un collectif particulièrement large consacré à l’avenir du territoire.

Un projet déjà récompensé au niveau national

Cette Trame verte et bleue de Courcelles-Chaussy dispose également d’une reconnaissance qui dépasse largement les frontières mosellanes. Le 26 mars 2025, le projet de restauration des zones humides et de médiation du lycée agricole a été distingué par un jury national dans le cadre du prix des « Solutions fondées sur la nature » du Plan eau. Le ministère de la Transition écologique l’a retenu dans la catégorie « développement socio-économique durable ». La Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt du Grand Est précisait alors que les opérations avaient notamment concerné la renaturation partielle de la Nied française, la création d’une mare, la remise en état de ripisylves et le maintien de prairies semi-naturelles. Le projet distingué représentait environ 245 000 euros de travaux et d’actions, dont 196 088 euros apportés par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Le ministère souhaite à terme labelliser 70 projets emblématiques de ce type dans le cadre de la mesure 30 du Plan eau.

La chasse, bien au-delà de la régulation de la faune

Avec cette nouvelle phase consacrée au ruissellement et aux coulées de boue, le projet change encore d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de restaurer ponctuellement une mare, une haie ou une berge mais de réfléchir à l’organisation du paysage agricole pour le rendre plus résilient face aux épisodes météorologiques extrêmes. Pour les chasseurs mosellans, l’enjeu est également révélateur du rôle; au delà de la gestion de la faune, des Fédérations départementales des chasseurs. Entre restauration des habitats, plantation de haies, connaissance de l’ensemble de la biodiversité, préservation des zones humides et désormais participation à la lutte contre l’érosion et les ruissellements, leur expertise du terrain peut servir des objectifs qui concernent toute la population. À Courcelles-Chaussy, la FDC57 ne se contente donc pas d’être associée au projet. En devenant l’un des acteurs de la médiation entre agriculteurs, collectivités et spécialistes de l’environnement, elle se retrouve au cœur de la recherche de solutions concrètes face aux transformations du climat et de nos paysages ruraux.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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