Chasse Vacances » : connaissez-vous ce dispositif qui fait vivre l’économie locale ?

Mis en place en 2010 par la Fédération des chasseurs de Charente-Maritime, le dispositif « Chasse Vacances » permet à des chasseurs venus d’autres départements de pratiquer leur passion pendant leur séjour touristique. Lors du colloque sur l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale, Christophe Bouyer, président de la Fédération départementale des chasseurs de Charente-Maritime, a détaillé ce modèle.

Un dispositif imaginé pour faire venir les chasseurs en vacances

En Charente-Maritime, le dispositif chasse vacances est née en 2010. Les objectifs ? Répondre à la demande de chasseurs venant séjourner dans le département, mais aussi les inciter à pratiquer leur passion pendant leurs vacances. Le fonctionnement repose sur les ACCA, puisque la Charente-Maritime est un département soumis à ce régime. Les associations qui souhaitent participer mettent une partie de leurs territoires et des bracelets à disposition. « La fédération centralise les demandes. Elle s’assure que le chasseur est bien titulaire de son permis de chasser », explique Christophe Bouyer. Le dispositif s’adresse exclusivement à des chasseurs extérieurs au département. Il concerne notamment la chasse du brocard, pratiquée par des visiteurs qui viennent parfois de très loin. Selon le président, cette organisation permet ainsi de transformer la présence touristique de chasseurs en une activité structurée pour les territoires ruraux.

1 500 euros dépensés par chasseur

L’intérêt du dispositif ne se limite toutefois pas au prix du bracelet ou aux recettes directement perçues par les territoires. Christophe Bouyer estime qu’un chasseur venu passer plusieurs jours en Charente-Maritime dépense en moyenne 1 500 euros au cours de son séjour. Hébergement, restauration, carburant, commerces ou encore activités touristiques entrent dans cette estimation. « La chasse d’été se pratique le matin et le soir. En journée, le chasseur, il va à la plage ou il va visiter, mais évidemment, il consomme », souligne-t-il. Les gîtes occupent notamment une place importante dans ce modèle. Pour les petites communes rurales, cette fidélisation constitue une retombée supplémentaire. « Dans nos petites communes, maintenant, régulièrement, les chasseurs de l’extérieur reviennent chaque année et réservent une année sur l’autre des gîtes. Et ça, pour les habitants de nos petites communes, ça a quand même un côté très positif. Certains ont créé des liens assez forts avec les responsables d’ACCA mais aussi avec les producteurs locaux ou encore des propriétaires de gîtes.»

Des commerçants aux producteurs, toute une économie bénéficie des séjours

Pour Christophe Bouyer, les premiers bénéficiaires de cette activité sont les acteurs économiques locaux. Les chasseurs fréquentent les commerces, les artisans, les producteurs et les établissements de restauration pendant leur séjour. Le président de la Fédération cite notamment les produits emblématiques de la Charente-Maritime, comme le pineau et le cognac, que les visiteurs peuvent découvrir au cours de leurs vacances. « Les chasseurs viennent aussi déguster nos produits locaux », rappelle-t-il. Le dispositif accompagne également une problématique propre au territoire : les dégâts causés par le grand gibier dans les vignes. Face à la valeur économique d’un hectare de vigne, la possibilité de développer la chasse du chevreuil sur certains secteurs répond aussi à un enjeu de régulation. Dans le même temps, cette activité peut compléter les pratiques des chasseurs locaux, notamment dans un département où la culture du chien courant est particulièrement ancrée. « Les chasseurs locaux ne sont pas très intéressés par l’affût et l’approche. Donc quelque part, tout le monde s’y retrouve », résume Christophe Bouyer.

Christophe Bouyer a mis en place le dispositif en 2010. ©Jean-Christophe Marmara

De la venaison à l’hébergement, les retombées se diversifient

La venaison constitue en revanche un volet plus complexe. Les chasseurs venus en vacances sont souvent davantage intéressés par le trophée. La gestion de la viande peut donc être plus difficile. Certains territoires disposent néanmoins de chambres froides ou de congélateurs, permettant au chasseur de repartir avec la venaison à l’issue de son séjour. Une organisation locale peut alors se mettre en place avec un boucher ou un traiteur : après le prélèvement, l’animal est découpé, conservé en chambre froide et conditionné sous vide avant le départ du chasseur. « Vous avez mis en lien un boucher, un traiteur, et lorsque vous avez tiré votre chevreuil, vous lui emmenez, il le découpe, il le met en chambre froide, il le met sous vide. Une fois que vous avez terminé votre semaine de vacances, vous partez avec votre chevreuil dans votre véhicule », détaille le président de la Fédération. Cette organisation crée ainsi une nouvelle activité pour les professionnels concernés, même si elle reste dépendante des possibilités de chaque territoire.

Des chasseurs qui viennent désormais en famille

Le profil des visiteurs a également évolué depuis la création du dispositif. Au départ, Christophe Bouyer explique que les chasseurs venaient surtout seuls ou accompagnés d’autres chasseurs. Ils viennent désormais davantage en famille, ce qui élargit mécaniquement les retombées touristiques du séjour. Pendant que le chasseur pratique sa passion le matin et le soir, son conjoint ou sa conjointe peut profiter de la plage, des commerces ou des activités touristiques, tandis que les enfants peuvent eux aussi bénéficier du séjour. Cette évolution renforce le caractère touristique du dispositif : la chasse devient une activité parmi d’autres au sein d’un séjour qui peut mobiliser plusieurs personnes et plusieurs secteurs économiques.

Un modèle qui pourrait être développé dans d’autres départements

Le principe pourrait être reproduit ailleurs, même si son développement suppose de réunir plusieurs conditions. Des départements comme le Tarn-et-Garonne ont également développé des initiatives comparables, mais le président de la Fédération de Charente-Maritime reconnaît que l’ouverture de territoires aux chasseurs extérieurs peut parfois susciter des réserves chez les chasseurs locaux. « Il faut que les chasseurs locaux l’admettent. Oui, c’est peut-être la plus grosse difficulté. Néanmoins, c’est réalisable », estime-t-il. Le modèle semble particulièrement adapté aux territoires où la chasse à l’approche et à l’affût peut compléter les pratiques locales. À plus grande échelle, Christophe Bouyer estime que le potentiel économique pourrait être important. Pour la seule Charente-Maritime, il l’évalue à environ 300 000 euros. « Alors est-ce qu’on peut multiplier par X départements ? Voilà la question », lance-t-il. Une manière de résumer l’enjeu présenté lors du colloque : au-delà du seul prix d’une journée de chasse, faire venir des chasseurs en vacances peut entraîner avec eux une succession de dépenses qui profitent à de nombreux acteurs du territoire.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

Une réponse à « Chasse Vacances » : connaissez-vous ce dispositif qui fait vivre l’économie locale ? »

  1. Dich LE HUONG

    Initiative très intéressante . A développer sur les territoires ayant une forte densité d’animaux.

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