Chasser le sanglier à tir, à cheval et avec 60 beagles : l’étonnante pratique de Rémy Rouxel

À la tête d’une meute d’environ 60 beagles, Rémy Rouxel pratique la chasse du sanglier en Bretagne depuis plusieurs décennies. Depuis vingt ans, il mène ses chiens à cheval, au rythme de 80 à 90 battues par saison. Entre l’élevage, la préparation des chiens, les longues journées de chasse et l’utilisation des colliers GPS, cette passion occupe une place considérable dans son quotidien. Pour So Chasse, il raconte son parcours, sa manière de conduire sa meute et les raisons qui l’ont amené à adopter les colliers de suivi Dogze.

LS : Vous possédez aujourd’hui une meute particulièrement importante. Combien de chiens avez-vous et depuis combien de temps chassez-vous avec des beagles ?

Rémy Rouxel : J’ai actuellement une soixantaine de beagles, en comptant les jeunes, puisque j’élève au minimum une dizaine de chiots chaque année. Cela fait maintenant 45 ans que j’ai des beagles. J’ai commencé par chasser le lapin et le renard, puis, il y a environ 35 ans, je me suis mis à créancer mes chiens sur le sanglier. Au début, ce n’était pas évident. Nous n’avions pas beaucoup de sangliers dans notre secteur, en Bretagne, et travailler cette voie avec des beagles demandait de la patience. Mais petit à petit, nous y sommes arrivés. Aujourd’hui, je chasse presque exclusivement le sanglier avec ma meute.

LS : D’où vous vient cette passion pour les chiens courants et pourquoi avoir choisi précisément le beagle ?

RR : Je suis issu d’une famille de chasseurs. Je suis arrivé dans une petite commune bretonne très boisée, où il y avait énormément de lapins à l’époque. C’est ce qui m’a naturellement amené vers la chasse aux chiens courants. Ensuite, il fallait choisir une race. Je me suis tourné vers le beagle parce qu’il correspondait à ce que je recherchais. Et lorsqu’on commence à élever une race pendant quatre ou cinq ans, qu’on apprend à la connaître et qu’on construit ses lignées, il devient difficile d’en changer. Je suis donc resté fidèle au beagle.

LS : Vous chassez aujourd’hui à cheval avec vos chiens. Combien de battues réalisez-vous chaque saison et sur quels territoires ?

RR : Je réalise entre 80 et 90 battues par saison, uniquement en Bretagne, dans un rayon d’environ une heure et quart de route autour de chez moi. Je chasse principalement sur des territoires privés, mais j’ai également conservé ma chasse communale, où je pratique à pied. Ailleurs, je chasse à cheval depuis maintenant vingt ans. Selon les territoires, je ne lâche pas forcément le même nombre de chiens. Sur certaines petites enceintes, je n’en mets qu’une dizaine, tandis que sur d’autres, je peux en engager 45 à 50. Certaines semaines, nous chassons deux ou trois jours, parfois cinq. Depuis une dizaine ou une quinzaine d’années, les meilleures saisons permettent de prélever entre 200 et 300 sangliers par an sur les chasses auxquelles je participe.

LS : À quoi ressemble une journée de chasse avec une telle meute et plusieurs chevaux ?

RR : La journée commence généralement vers 5 h 30. Je sélectionne les chiens en fonction du territoire où nous allons chasser, pendant qu’un ami s’occupe des chevaux. Nous emmenons habituellement quatre chevaux, ce qui nécessite deux véhicules et deux vans. Nous partons vers 7 heures et arrivons sur place autour de 8 heures. Pendant que je prépare les chiens et leurs colliers, deux ou trois personnes s’occupent des chevaux. Après le café et les consignes, nous commençons à chasser vers 9 h 15 ou 9 h 30. Nous chassons jusqu’à midi, puis nous faisons une pause d’une demi-heure. C’est l’occasion de changer certains chiens et surtout de remplacer les chevaux, car il serait trop éprouvant de leur demander de travailler toute la journée. Nous repartons ensuite jusqu’à 15 heures environ. Après la chasse, il faut récupérer les chiens, nettoyer les colliers, s’occuper des chevaux et ranger le matériel. Nous rentrons généralement vers 19 heures, mais il reste encore à nourrir tout le monde. Ce sont de très grosses journées, mais quand on est passionné, on ne compte pas vraiment les heures.

LS : Avec autant de chiens, comment parvenez-vous à garder la maîtrise de votre meute pendant la battue ?

RR : C’est avant tout une question de dressage et d’organisation. Quand je suis à cheval, mes chiens travaillent autour de moi, généralement à 80 mètres de chaque côté. Je veux garder une seule chasse et éviter que la meute se disperse lorsqu’une compagnie de sangliers éclate. Si plusieurs chiens partent sur des animaux différents, je cherche à les rallier sur la voie suivie par le plus grand nombre. Le cheval facilite énormément ce travail. Nous avons aussi des règles très précises sur les territoires où nous intervenons. Les chiens ne doivent pas sortir de la traque. Lorsqu’un sanglier est annoncé mort, ils peuvent aller jusqu’à l’animal. En revanche, lorsqu’il est blessé, je ne les laisse pas poursuivre au-delà de 150 ou 200 mètres. Nous faisons alors intervenir un conducteur avec un chien de sang. C’est une manière de travailler à laquelle je tiens beaucoup.

LS : Dans une meute de 60 beagles, certains chiens ont-ils des qualités particulières ? Qu’est-ce qui fait, selon vous, un très bon chien courant ?

RR : Pour moi, la première qualité, c’est le nez. Un bon chien doit être capable de sentir une voie avant les autres. La voix compte également, tout comme sa capacité à travailler avec la meute. J’ai une dizaine de chiens capables de rapprocher un sanglier pendant une demi-heure, parfois trois quarts d’heure, dans une enceinte d’une cinquantaine d’hectares. Évidemment, ce ne sont pas des rapprocheurs comparables à certaines grandes races de chiens courants, mais pour des beagles, c’est déjà un travail intéressant. J’ai aussi connu des chiens particulièrement intelligents. Il y en a un que j’ai gardé à la maison et qui m’a beaucoup marqué. Lorsqu’il trouvait un sanglier, il revenait vers moi comme pour me dire : « Viens, il est là ! » Puis il repartait me guider. Il ne s’est jamais fait blesser par un sanglier. J’ai beaucoup reproduit sur lui et certains de ses descendants sont aujourd’hui remarquables.

LS : Comment gérez-vous le renouvellement de votre meute et que deviennent vos chiens lorsqu’ils ne peuvent plus suivre le rythme ?

RR : J’élève chaque année de nouveaux chiots pour assurer le renouvellement de la meute. Avec le rythme auquel nous chassons, les chiens arrivent généralement en fin de carrière vers six ou sept ans. Cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent plus chasser, mais simplement qu’ils ne peuvent plus suivre des journées aussi exigeantes. J’ai quelqu’un dans le Finistère qui les reprend pour pratiquer une chasse moins intensive. Cela leur permet de continuer à vivre leur passion pendant encore deux ou trois ans. De mon côté, je conserve parfois certains chiens auxquels je suis particulièrement attaché, notamment ceux qui ont marqué mon élevage.

LS : Vous utilisez des colliers GPS depuis une vingtaine d’années. Comment avez-vous vu évoluer ces équipements ?

RR : J’ai commencé avec des colliers Garmin, il y a environ vingt ans. À l’époque, en forêt, nous perdions souvent le signal au bout de 600 ou 800 mètres. J’ai ensuite essayé d’autres marques, notamment Dogtra, mais je n’étais pas entièrement satisfait. Depuis longtemps, je me disais qu’il faudrait inventer des colliers GPS sans antenne extérieure. Avec les chiens transportés ensemble dans les véhicules, les antennes étaient régulièrement abîmées ou mordillées. Puis j’ai rencontré Sébastien et Julien, qui m’ont fait découvrir les colliers Dogze, que j’utilise aujourd’hui. J’ai commencé prudemment avec deux ou trois exemplaires. Quinze jours plus tard, j’en avais déjà cinq ou six. J’ai ensuite revendu mes anciens équipements pour en acheter une quinzaine. Aujourd’hui, j’en possède une trentaine et je pense encore en acheter quelques-uns.

LS : Qu’est-ce qui vous a convaincu d’adopter ces nouveaux colliers et qu’ont-ils changé dans votre manière de chasser ?

RR : D’abord, l’absence d’antenne extérieure, qui évite beaucoup de problèmes pendant le transport. J’ai même fait fabriquer des protections par des amis, avant de transmettre l’idée à Julien. Mais ce que j’apprécie surtout, c’est la possibilité d’envoyer un signal sonore à plusieurs chiens en même temps. J’utilise trois téléphones dédiés à la chasse. Depuis mon cheval, je peux envoyer le bip simultanément aux 25 chiens que j’ai lâchés, par exemple. Lorsqu’ils sont habitués, ils s’arrêtent et reviennent vers moi. Les deux personnes qui m’accompagnent utilisent leurs téléphones pour rappeler individuellement les jeunes chiens qui s’écartent. Après trois ou quatre sorties, beaucoup comprennent très bien le fonctionnement. Cela me permet de travailler avec davantage de sérénité, sans avoir à courir après les chiens.

LS : Cette capacité à rappeler rapidement vos chiens est-elle devenue indispensable pour chasser sur les territoires actuels ?

RR : Oui, complètement. Aujourd’hui, il faut être capable de garder ses chiens sur le territoire où l’on est invité et de ne pas déranger les voisins. Je tiens beaucoup à cela. Quand nous arrivons en limite de propriété, je veux pouvoir arrêter mes chiens. C’est une question de respect envers les propriétaires et les autres chasseurs. Et cela peut même ouvrir des portes. Il m’est arrivé d’être invité sur de nouveaux territoires simplement parce que les voisins avaient constaté que je maîtrisais ma meute et que mes chiens ne venaient pas chasser chez eux. Pour moi, les colliers GPS et le rappel sonore ont donc changé beaucoup de choses. Ils me permettent de chasser plus sereinement, tout en conservant ce qui me passionne depuis toujours : le travail des chiens courants et la chasse du sanglier à cheval.

Nous tenons à préciser que l’usage du cheval à la chasse n’est autorisée qu’à partir du moment où le cavalier ne fait pas usage de sa monture dans le but de pousser les animaux vers les lignes.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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